Vendredi 3 août 2007

Avec mes deux amies hier, nous sommes allées prendre un thé chez Ladurée, quelque part en 1870.

Lorsque nous sommes entrées dans ce salon de thé, un des tout premiers de la sorte, j’ai senti que nous étions ailleurs.
L’ambiance était feutrée, les tables en marbres, les clients discrets, les patrons attentifs.

Au fond du magasin, nous avons pu apercevoir une longue file d’attente de personnes venues de tous les continents et de toutes les époques attendrent patiemment leur tour face à une vitrine alléchante de pâtisseries.

Une jeune femme, souriante et habillée à la mode des années 1870 nous invita à prendre place à une table en rebord de fenêtre.
C’était très étrange.
Nous étions toutes les trois, en robe et bottines, ayant laissé nos chapeaux au vestiaire. Trois femmes sans hommes, trois femmes hors du temps, venues passer du bon temps ensemble dans ce salon de thé à la mode.
Lorsque nous regardions au travers de la fenêtre, l’avenue des Champs Elysées s’érigeait devant nous. Elle était pleine de touristes avec des appareils photos numériques, pleine de jeunes hommes et femmes légèrement vêtus criant dans leur téléphone portable, pleine de voitures polluant l’atmosphère et ne s’arrêtant pas toujours au feu rouge.
Et nous, nous étions là toutes les trois, chez Ladurée en 1870.

Un jeune homme timide vînt nous amener la carte.
La carte était un livre en réalité.

L’introduction nous expliquait comment Ladurée était devenu ce salon à la mode. À vrai dire, Ladurée n’était qu’une petite boulangerie il y a à peine 8 ans, en 1862, située au 16, rue Royale. Et seulement l’année prochaine, en 1871, alors qu’Haussman donnera un nouveau visage à Paris, un incendie permettra de transformer cette boulangerie en pâtisserie.
Le décor de cette dernière sera confiée à un certain Jules Cheret, qui s’inspirera des techniques que l’on peut voir à la chapelle Sixtine ou à l’Opéra Garnier.
C’est sûrement pour ça que l’ambiance chez Ladurée donne cette impression d’être dans un endroit mythique et religieux où absolument tout peut s’y jouer et s’y chanter.
Et j’apprends avec plaisir que c’est une femme, fille d’hôtelier, qui va faire naître le salon de thé.
En effet, les cafés parisiens sont devenus à la mode au début du siècle et cette jeune Jeanne Souchard décida de mélanger les genres : café et pâtisserie.
Ce qui nous permet d’être là, mes deux amies et moi. Le salon de thé est ouvert aux femmes.
Sans cela, nous serions probablement restée dehors, en jean et basket, s’arrêtant chez Häägen-Dazs déguster une glace.
Pourtant, nous avons beau être en 1870 chez Ladurée, cette maison située au 75 de l’avenue des Champs Elysées ne sera ouverte qu’en 1997. Il faudra attendre plus de 100 ans pour que des jeunes Parisiennes se retrouvent à voyager dans le temps.

La suite du livre nous offre le petit-déjeuner. Il est 16h mais le brunch nous tente.
Nous passons cependant le chemin, de peur de choquer ces messieurs qui fument le cigare et nous regardent d’un œil malhabile, quelques tables plus loin.
Nous voilà enfin au vif du sujet : mille feuilles en tout genre, plaisir sucré, dacquoises au praliné, au chocolat, à la nougatine, meringue et sorbets.
Suivis d’une page entière des thés du monde entier, dont les saveurs sont aussi exquises à mes yeux que celle du dernier roman de Yasmina Khadra.

Mon amie Salma prend un lait chaud, mon amie Caroline prend un café, chose que les femmes font peu à cette époque, mais elle s’en moque. Elle est en avance sur son temps. Je me décide pour un thé de Chine, mon préféré.
Et comme nous ne savons que choisir comme pâtisserie et que notre repas quelques mètres plus haut sur l’avenue nous a déjà bien rempli l’estomac, nous manquons à faire défaillir le serveur timide lorsque nous commandons une pâtisserie et trois cuillers.

Cela nous fait bien rire.
Apparemment, il passe trop de temps dans cette maison pour se rendre compte que dehors, nous sommes en 2007.

D’ailleurs, j’ai très envie de découvrir plus que ce que Ladurée peut offrir à mes papilles et je m’offre un petit tour privé de la maison en me rendant aux toilettes.

Je dois aller à l’étage.
Dans les escaliers je croise deux femmes d’âge mur. L’une tient le bras de l’autre afin qu’elle ne glisse pas, sur ces escaliers de moquette. Elles se vous voient et s’appellent « chère amie ». Je souris en pensant à ma grand-mère qui n’était même pas née, en cette fin de XIXè siècle.
Le patron leur souhaite un très bon retour.
Il est poli, souriant, très propre et prend soin de ses meilleurs clients, les seuls qui ont l’accès au premier étage.

Les petites gens comme moi, jeune fille qui ose sortir avec ses amies sans chaperon, n’ont accès à l’étage que pour se rendre aux commodités.
Je jette tout de même un œil furtif à la salle presque vide, ornée de tables dont les nappes reluisent de blancheur, au milieu du silence que le double vitrage nous permet d’oublier le bruit incessant des voitures qui montent et descendent les Champs Elysées au rythme des feux tricolores.

Il me semble y apercevoir un conte, ou du moins quelqu’un de connu. Mais le regard désapprobateur du patron et son geste de la tête m’indiquant avec mépris que les commodités se trouvent de l’autre côté empêchent ma curiosité d’avancer plus dans cette partie de la maison.

Je suis alors ce couloir qui me paraît infini.
La moquette semble être la même à mes pieds et sur les murs. J’ai l’impression d’entendre le bois craquer à chaque pas que je fais.
Des tableaux ornent les murs de part et d’autres du couloir, représentant parfois des scènes qui ne se sont pas encore passées, puisque nous ne sommes qu’en 1870.

J’entends une porte claquer et ça me fait sursauter. J’arrive enfin au bout du couloir où, dans une espèce de vestibule, se trouvent les commodités hommes et les commodités femmes.
Je manque de me tromper car sur la porte en bois à ma droite, se trouve une gravure d’un inconnu aux cheveux longs et frisés, dont on ne peut voir que le profil.
Cet homme de la fin du XIXè siècle ressemble à une femme.
Il n’y a personne. J’entre. Le lavabo est en bois, c’est petit.

Je ressors et sur la porte qui se trouvait sur ma gauche se trouve la même gravure. Mais les femmes étaient mieux représentées à l’époque car je peux constater qu’il s’agit bien d’une femme, et non d’un homme.
Deux femmes sont à l’intérieur. L’une se lave les mains, et l’autre attend, poliment qu’elle ait terminé.
Il n’y a pas un bruit, pas de musique à part celle de l’eau qui coule de son robinet d’or. Aucune femme ne parle, comme si se retrouver en même temps dans cet endroit était une honte.
Toutes les portes sont en bois mais l’ambiance est rose. Aucun doute, il s’agit bien des toilettes des femmes.
De plus, lorsque j’entre dans le cabinet, j’ai l’impression de voir le couloir de l’appartement rue Copernic où mon père a appris à faire du vélo, lorsqu’il était enfant.

Cette maison ressemble à un château.

Alors que je me lave les mains à mon tour, sans faire de bruit, sans frôler ou croiser le regard d’une autre femme, je scrute attentivement le décor et voilà cette femme rousse aux cheveux très courts qui se repoudre le nez alors qu’une autre, blonde et qui me paraît être Américaine essaie vainement d’enlever une tâche de ketchup de son tee-shirt.

Voilà ce que c’est d’être dans les toilettes d’un château de 1870 en 2007.

Lorsque je descends, mes amies attendent toujours que les boissons soient servies. Je leur relate mon expérience inouïe à l’étage et Caroline se promet d’aller voir par elle-même un peu plus tard.

Nous discutons comme à notre habitude. Nous parlons des dernières peintures vues au Louvre et je promets à mon amie Salma que nous irons voir l’exposition dont elle me parle avant qu’elle ne prenne le bateau pour rejoindre les Indes.
Je leur raconte également aussi doucement que possible pour que les hommes aux cigares ne m’entendent pas que j’ai rendez-vous seulement quelques minutes plus tard avec un jeune homme qui me fait la cour.
On va se promener au Jardin des Tuileries.

J’ai très peur, leur dis-je, mais j’ai encore plus peur de ne pas être à l’heure car nous ne sommes toujours pas servies.
Après quelques minutes d’impatience et des fous rires que nous ne pûmes retenir, arriva enfin le lait chaud, le café et le thé.
Seulement quelques instants plus tard trôna en plein milieu de notre nappe très blanche un carré au chocolat très noir, et trois cuillers brillante d’argenterie posées à côté.

Nous ne prîmes malheureusement pas le temps nécessaire de déguster car il me fallait rejoindre ce jeune homme et je ne voulais pas le faire attendre.

Nous avons donc payé, ravie d’avoir découvert cette maison et cette époque.

Et nous sommes sorties sur l’avenue, pleine de monde, pleine de touristes et pleine de voitures, avenue qui n’est pas aussi belle qu’on le dit aujourd’hui.
Une fois dehors, nous étions de retour en 2007, énervées et déçues par l’attente que nous avons dû subir et je suis partie en courant leur promettant que je les appellerai le lendemain pour tout leur raconter.

Je me suis retrouvée à 17h précise au pied de Charles de Gaulle qui, me dis-je, est né seulement 20 ans plus tard, en 1890.
par Sarah publié dans : En dehors de tout
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Mardi 31 juillet 2007
Avec lui, c’est ma plus grande histoire d’amour.
Je l’ai aimé aussi loin que je peux m’en souvenir. Il faut dire, j’ai toujours été du genre croqueuse…
Il m’a souvent remonté le moral. Il m’a toujours accompagné devant les bons films, au cinéma ou à la maison.
J’aime même l’avoir avec moi au petit-déjeuner quand je suis encore en pyjama toute décoiffée et tout démaquillée devant MTV.

J’ai eu une longue histoire avec lui.
Et si j’écris ceci aujourd’hui c’est pour que la rupture en soit un peu plus facile.

Il y a deux ans déjà, je me suis dit qu’il fallait que j’arrête. C’était trop et j’étais devenu accro. Je le sentais vraiment, comme une drogue. Mais je sentais que je pouvais me passer de lui et j’ai voulu me le prouver à moi même et aux autres.
Alors entre mi octobre et Noël, j’ai refusé de le voir et de le côtoyer. Et j’ai réussi !!! Mais ce n’était que pour mieux le retrouver ce fameux soir du 24 décembre…
Cependant, je savais que je pouvais vivre sans lui. Et je l’avais décidé moi même. Donc si je retombais dans la dépendance, j’avais confiance en moi pour faire ce qu’il fallait pour en sortir.

Et notre histoire a eu 4 mois de passion et de folie. De la folie furieuse même.
Je suis partie loin de chez moi, et j’ai passé des temps merveilleux, mais il était là, toujours avec moi. Et je n’ai pu me passer de lui et je suis tombée dans la dépendance réelle.
Il me le fallait tous les jours.
Dès que je ne me sentais pas bien j’avais besoin de lui, et si je passais du bon temps, je voulais le partager avec lui. Et puis il y a eu tous ces autres moments où j’avais tout simplement envie de lui.

Et aujourd’hui, je suis de retour à Paris.
Et mon corps, ma tête, mon âme, mon reflet dans le miroir ne me dit qu’une seule chose : « c’est fini »
Alors j’arrête. Ca fait 5 jours que j’ai arrêté. Et je vais au cinéma et je regarde des films sans lui. Je petit-déjeune sans lui… Et lorsque je ne me sens pas bien parce que je suis en manque, je fais une crise.
Une vraie crise où j’ai envie de courir très vite, de crier très fort, de frapper durement dans les murs. Et où je sens qu’il sera le seul capable de me calmer.
Alors à partir de maintenant, c’est décidé, si je sens que j’ai envie de lui, que je passe devant toutes ces choses qui me font penser à lui, j’écris.
J’écris sur l’amour, sur les garçons, sur le ciel bleu, sur l’amitié, sur le soleil, sur les enfants. J’écris quelque chose de joyeux qui va me faire sourire.
Et surtout, pas un mot sur le chocolat.
par Sarah publié dans : En dehors de tout
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Mercredi 18 juillet 2007

Ce blog a été crée dans le but d'écrire, écrire et écrire.
Mais si j'ai crée ce blog là, un blog secret pour tous les gens que je connais dans la vie de tous les jours, c'est parce que j'avais des choses à écrire sur ma vie personnelle.
Et je ne voulais pas que ma famille et mes amis proches lisent ça.

J'ai aujourd'hui ce sentiment que j'ai crée ce blog à cause de "Stéphane".
J'écris autre chose, c'est sûr. Il n'est pas ma muse principale. Mais ma relation avec lui est d'une telle complexité que je savais qu'un jour, il sortirait de ma vie, d'une manière ou d'une autre.
Et qu'advient-il de mon blog dans ce cas là ?

J'ai rencontré quelqu'un.
J'en ai des papillons dans le ventre, des étoiles qui brillent dans les yeux.
Je ne pense qu'à lui.
Je n'arrive pas à me concentrer.
J'ai qu'une hâte c'est que l'horloge indique l'heure de partir le retrouver.
Je n'arrive plus à lire.
Je n'arrive plus vraiment à écrire quoi que ce soit.

Alors, mon blog par amour des mots, que deviendra-t-il ?

Je me laisse le temps des vacances pour réfléchir.

Je ne pars qu'à la fin de la semaine, mais je vous quitte dès aujourd'hui.

Et samedi, je retrouve la plage, la mer, le sable fin, le soleil.
Je vais marcher pieds nus dans le sable fin, je vais m'abreuver de lectures. Je vais bien sûr me faire bronzer et je vais goûter avec plaisir
l'eau salée de la mer.
Et puis je pars quelques jours en Espagne, faire la fête.
Bah oui, on est jeune, il faut bien en profiter!

Je vous reviendrai au 1er août si tout va bien et j'espère avoir pleins de belles choses à vous raconter !

Bonnes vacances à tous !
Et bon courage pour ceux qui bossent !
par Sarah publié dans : En dehors de tout
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Lundi 16 juillet 2007
Mégane introduisit la clé dans la serrure et laissa la porte de l’appartement s’ouvrir.
Elle resta, immobile, sur le seuil, la clé toujours dans la main comme si elle allait de nouveau ouvrir la porte.
Elle avait fait le geste machinalement, sans réfléchir à sa main qui avait tourné la clé deux fois, sans entendre le « clic » sourd qui indique que le loquet s’est ouvert et que la voie est libre.
La porte s’était ouverte en grand mais Mégane semblait ne s’en être pas rendue compte. Elle était complètement perdue dans ses pensées. Des pensées très floues. Elle n’aurait absolument pas su dire à quoi elle pensait. Elle ne voyait que du brouillard.
Mais ses yeux la trahissaient au moins sur un point : elle était triste, très triste. Il semblait que dans ses yeux si verts, qui ont pourtant toujours pétillé la vie, quelque chose s’était éteint. Ou du moins, la flamme que tout le monde y avait toujours vu n’était plus qu’une simple braise. Une braise que quelqu’un essayait par tous les moyens de laisser en vie, dans l’espoir qu’un jour, la flamme se ravive.

Mégane sursauta quand la porte claqua d’un coup sec devant elle. Elle se rendit compte alors qu’elle était là, sur le seuil de la porte depuis cinq bonnes minutes sans avoir bougé d’un centimètre. Elle reprit ses esprits et ouvrit de nouveau la porte, cette fois consciemment, en pensant au fait que la clé était en train de tourner dans la serrure.
Elle passa alors le seuil et referma la porte tout doucement, comme si quelqu’un dormait dans la pièce d’à côté et qu’il ne fallait pas le réveiller, ne pas le sortir brusquement de son sommeil comme Mégane avait été sorti brusquement de ses pensées.
Pourtant l’appartement était vide. Mégane vivait seule. Personne ne l’attendait.

Ses pensées floues revinrent alors au galop, et cette fois elle pouvait y apercevoir, au loin, quelqu’un. Et Mégane restait là, adossée à la porte, la clé toujours dans la main, le manteau sur le dos et ayant laissé son sac à main tomber par terre, le regard fixé dans le vide, sans aucune flamme, sans aucune bulle qui n’y pétillait, à essayer de rendre l’image nette.

Il y avait sur le mur en face d’elle, tout du long, des photos de sa famille, de tous les gens qu’elle aime, depuis leur tendre enfance jusqu’à aujourd’hui. Regarder ces photos l’aurait sûrement aidé à dégager le brouillard qui envahissait ses pensées, mais à part un bruit sourd provenant de l’extérieur, rien n’aurait pu la faire bouger, rien n’aurait pu l’aider à avoir la tête ailleurs.
Elle sentait pourtant que ces pensées étaient lourdes pour elle. Et quelque part, elle aurait aimé que ce poids se libère et qu’elle se sente légère à nouveau avec des yeux qui pétillent, comme on lui a toujours dit tout au long de sa vie.
Mais elle se rendait également compte que si ces pensées arrêtaient de la hanter, alors ça voudrait dire qu’elle avait oublié, ça voudrait dire qu’elle aurait renié sa vie entière, ça voudrait dire qu’elle pouvait tomber dans la folie.
Donc elle ne voulait pas oublier, jamais. Elle ne pouvait pas de toute façon. C’était tout simplement impossible.

Mégane posa alors ses clefs sur la petite table qui se trouvait à côté de la porte d’entrée, enleva son manteau qu’elle posa avec un léger soupir sur une chaise et se mit à regarder les photos sur le mur en face d’elle. Sur ses lèvres un sourire se dessinait. Un sourire triste et dur.
Toute sa famille était présente sur les photos. Et sur la plupart d’entre elles, Isabelle était là. Mégane s’arrêta sur la photo d’elle et Isabemme où elle sont juste toutes les deux, ensemble et souriantes. Elle a toujours adoré cette photo.
Elle a été prise il y a tellement longtemps ! Mégane ne se souvient même plus de l’âge qu’elles avaient quand elles ont décidé sur un coup de tête de prendre le volant de la voiture et de passer la journée à la mer.
Mégane avait le sentiment d’avoir vu cette photo tout au long de sa vie. Et elle savait qu’elle avait également toujours trôné dans un petit cadre sur la table de nuit d’Isabelle.
C’était au printemps, un jour où elles avaient eu envie de se retrouver juste toutes les deux, de se parler de tout et de rien comme elles le faisaient si souvent avant. Mégane avait appelé Isabelle et lui avait dit qu’elle voulait passer la journée avec elle, peu importe ce qu’elles feraient et où elles le feraient. Le seul but était d’être toutes les deux, parce que c’était aussi important pour Mégane que pour Isabelle.
Et à ce moment-là de leur vie, et comme beaucoup d’autres avant et après, elles avaient chacune de leur côté le sentiment de se perdre. Tout simplement parce qu’elles avaient chacune leur vie, chacune leur métier, chacune leur appartement, chacune leur famille, chacune leurs amis.
Et qu’elles n’avaient pas toujours le temps de se retrouver. Alors que pendant les vingt premières années de leur vie, elles se retrouvaient tous les soirs dans la même chambre à se raconter leur journée chacune leur tour avant d’aller se coucher.
Et même 20 ou 30 ans plus tard, ça leur manquait.
C’est pour ça qu’une fois de temps en temps, l’une ou l’autre décidait de passer du temps avec l’autre. Que ce soit une journée shopping, un simple restaurant, se retrouver pour rester avachies devant la télé, peu leur importait.
Mais ce jour-là, Mégane avait eu envie de folie. Elle était arrivée en voiture devant l’immeuble d’Isabelle et elle lui a dit « monte, on roule en direction de la mer, on revient ce soir ».
Elles ont pris le volant chacune leur tour, elles se sont arrêtées sur une aire d’autoroute pour manger un sandwich et 3h après, elles étaient sur une plage de galet, sous un ciel gris, devant une mer pas très bleue.
Mais elles étaient toutes les deux, respirant la fraîcheur de l’air marin, et elles étaient heureuses.
Mégane avait, comme toujours, son appareil photo sur elle. Elle n’était pas photographe, elle ne se voulait pas artiste, mais elle aimait prendre en photo les petites choses de la vie, autant qu’elle le pouvait. Et ce jour-là, la seule chose intéressante à immortaliser était deux sœurs jumelles, complètement seules sur une grande plage, souriant et riant d’être ensemble.
La photo était prise en autoportrait par Isabelle, qui avait simplement tendu son bras. Elle n’était pas très bien cadrée, c’est vrai. Mais on y voyait clairement les yeux de Mégane pétiller et le sourire de sa soeur ensoleiller la plage toute grise.
Une simple journée où elles n’ont rien fait d’autres que s’asseoir en face de la mer, grelottant de froid, parler de ce dont elles se parlent tous les jours : le travail, les hommes, la vie en général.
Rien qu’une photo qui représente leur amour aussi simple et pur soit-il.


Elle caressa la photo du bout du doigt et continua même quand le téléphone se mit à sonner. Elle laissa le répondeur se déclencher. C’était toujours cette voix automatique qui annonce simplement que nous sommes bien au numéro suivant. Même si Mégane avait ce téléphone depuis des années, elle avait toujours repoussé à plus tard le moment d’enregistrer une annonce personnalisée. Elle s’était toujours dit « demain ».
Et malgré le fait que les évènements récents lui avaient fait prendre conscience qu’un jour il n’y aurait plus de plus tard, elle se demandait encore si elle allait vivre, ou si elle allait plutôt se laisser aller. « Car la vie continue quand même » se surprit-elle à penser en entendant le bip sonore.
« Allô maman, c’est Clara. Je voulais juste savoir si tu étais bien rentré. Appelle-moi quand tu seras là. Je t’embrasse ».

Mégane ne prit pas la peine de décrocher pour répondre et de rappeler dans l’immédiat. Le téléphone retentit alors à nouveau. Cette fois, elle décrocha.
« - Allô maman ?
- Oui Thomas.
- Ca va ?
- Non
- Tu veux que je vienne ce soir ? Les enfants ont envie de te voir et de te tenir compagnie, et moi aussi. On n’a pas envie que tu restes seule.
- Vous êtes bien gentils, mais à 86 ans il va bien falloir que j’apprenne à être toute seule »
Une larme coulait doucement sur sa joue quand elle a prononcé ses mots. Seule, elle ne l’avait jamais été. Et la solitude, elle l’avait en horreur. Isabelle avait toujours été là dans ces moments de panique où le fait de rester un peu trop longtemps toute seule rendait Mégane folle. Elle pouvait toujours l’appeler, ou la voir, ne serait-ce que lui parler 30 secondes. Même si Isabelle était occupée, elle répondait toujours au téléphone pour Mégane, pour ne pas la laisser seule, quitte à la rappeler quelques instants plus tard.
- Maman…, rétorqua Thomas à la fois pour lui reprocher ce qu’elle était en train de dire et à la fois pour la sortir, à nouveau, de ses pensées
- Si j’ai besoin de vous, je t’appellerai. C’est promis. »

Et elle ne laisse pas le choix à son fils, et raccrocha.

Elle retourna devant la photo. C’était un peu le seul moyen pour elle de sentir à nouveau la présence d’Isabelle. Parce que Isabelle est et restera toujours la personne que Mégane aime plus que n’importe qui sur Terre. Parce que pour Mégane, Isabelle est et restera toujours sacrée.
Pourtant, ces photos étaient principalement des photos de ses enfants, de la naissance de Pauline, son aînée. La naissance des jumeaux, Clara et Thomas. Les premiers anniversaires, les vacances à la campagne, à la montagne, à la mer. Une photo de la famille entière réunie avec les cousins, cousines, grands-parents et arrières petits-enfants.
Isabelle y était bien sûr souvent présente, mais la photo mal cadrée de ces deux jeunes femmes souriant au bord de la mer était la seule des deux sœurs jumelles, tout simplement, rien qu’elles deux.

À force de rester nostalgique devant toutes ces photos, Mégane se dit qu’elle avait eu de la chance, elle avait donné naissance à des jumeaux, comme elle le souhaitait. Elle voulait un garçon et une fille, des faux jumeaux pour qu’ils connaissent la joie de la gémellité comme elle l’avait connu avec sa sœur.
Ainsi, ils avaient un frère et une sœur du même âge, avec qui ils pouvaient tout partager, un frère et une sœur qui pouvaient vivre et surmonter les épreuves ensemble, même si un jour il allait falloir les séparer. Un frère et une sœur qui ne se ressemblerait pas comme deux gouttes d’eau mais qui aurait chacun leur propre personnalité, ainsi pas de problème d’identité comme la plupart des vrais jumeaux.
Juste des faux jumeaux, avec seulement les bons côtés de la gémellité.
Et Mégane avait réussi. Elle avait réussi à donner naissance à des faux jumeaux qui s’entendaient à merveille et se soutenait l’un l’autre (parfois au détriment de leur grande sœur), comme elle et Isabelle.

Mégane se dirigea vers la cuisine pour aller se préparer un thé. Elle marchait tout doucement car même si elle était en bonne santé pour son âge, elle avait quand même 86 ans et les évènements récents l’avaient fatiguée.
Elle avait vraiment le sentiment que l’appartement était vide, qu’il y avait un manque. Pourtant ça faisait quelques années déjà que Mégane habitait seule, malgré le fait qu’elle détestait ça. Son mari était mort quelques années auparavant. Mais elle s’était fait une raison et invitait souvent du monde pour combler le manque. Et si elle avait trop peur de la solitude, elle appelait Isabelle.
Isabelle qui n’avait jamais habité dans cet appartement. Mais le fait qu’elle ne soit plus là rendait la vie de Mégane vide. Et son appartement aussi.

Elle faisait chaque geste très lentement, parce qu’elle trouvait la bouilloire trop lourde, parce qu’elle avait peur de renverser de l’eau chaude et de se brûler, et aussi car elle tremblait et avait peur de casser la tasse en la faisant tomber sur le carrelage de la cuisine.
Elle posa alors la tasse rapidement sur la table, prit une chaise et s’assit. Elle était restée trop longtemps debout, ses jambes étaient lourdes, ses pieds lui faisaient mal. « Je suis trop vieille pour de telles émotions » pensa-t-elle.
Elle laissa le thé refroidir et se laissa éclater en sanglot.

Elle était seule dans sa cuisine, dans son appartement qu’elle trouvait froid alors qu’elle y en était partie tellement vite qu’elle avait laissée traîner plein de journaux partout, son sac à main était resté par terre dans l’entrée, son manteau sur la chaise, son lit défait dans la chambre, la vaisselle encore sale dans l’évier…
Et malgré cette vie, l’appartement lui semblait vraiment vide et froid.

Elle continua de pleurer, ça lui faisait du bien.
En essayant de ravaler ses larmes, elle se leva pour aller chercher du papier et un stylo. Et, toujours assise seule devant sa tasse de thé, elle se mit à écrire. Les larmes coulaient le long de ses joues et atterrissaient parfois sur la feuille de papier, mais ça lui était égal. Elle écrivait juste pour se défouler.

« Isa, ma sœur, ma petite sœur, ma grande sœur, ma jumelle. Tu n’es plus là. Pourquoi tu n’es plus là ? Tu as toujours été là, avec moi, dans le ventre de maman et puis tout au long de notre vie.
Tu as toujours été là pour moi, en tant que jumelle, si j’étais malade ou si je me sentais trop seule. Tu t’es toujours si bien occupée de moi. Pourquoi tu n’es plus là ? Pourquoi tu es partie ??
Comment je peux vivre maintenant sans ma sœur jumelle ?
C’est drôle, nous sommes nées ensemble, le même jour à cinq minutes d’écart. On a vécu ensemble, sans pour autant empiéter sur la vie de l’autre. On a vécu ensemble parce que sans être forcément ensemble, en construisant chacune notre vie, notre carrière et notre famille, on l’a fait côté à côte.
Nous sommes jumelles. On naît ensemble. Mais on ne meurt pas ensemble… »

Et puis elle s’arrêta là.
Elle continua de pleurer sans cesse, sans pouvoir s’arrêter, parce qu’elle était seule, toute seule, sans sa petite sœur jumelle.

Alors elle se leva, alla s’essuyer le visage dans la salle de bain et en se regardant dans le miroir se dit que vraiment, elle n’était plus la jeune fille qu’elle était. Elle était ridée, bien sûr, partout. Elle avait 86 ans ! Et sa sœur jumelle venait de mourir. Et en se regardant dans le miroir, elle ne voyait plus Mégane qui avait juste vieilli, elle voyait une vieille femme, une très vieille femme dont le regard laisse transparaître juste de la solitude qui fait pitié à tout le monde, mais que personne n’aide pourtant.
Le fait d’avoir enterré sa sœur aujourd’hui lui avait donné 10 ans d’un coup. Elle voyait ses 86 ans dans le miroir, ce qu’elle n’avait encore jamais vu jusque-là.
Evidemment, elle était beaucoup plus fragile, son souffle était difficile quand il fallait monter les escaliers, elle voyait bien ses rides, elle avait mal au dos et aux jambes, elle était fatiguée rapidement.
Mais avant la mort d’Isabelle, il restait à Mégane cette envie de croquer la vie jusqu’à la fin de ses jours.

Ce n’était pourtant pas la première mort qu’elle avait vécue. Il y a d’abord eu ses grands-parents quand elle avait 20 ans. Et puis ses parents quand elle avait 50 ans. Et puis son mari, il y a quelques années.
Et toutes ces morts furent difficiles. Mais à chaque fois, Isabelle était là, à ses côtés, pendant les maladies, et pour les enterrements, et les jours d’après, elle était toujours là.

Et maintenant que sa soeur n’était plus là, qui allait la soutenir ?

Mégane se dirigea vers le salon, prit le téléphone, s’assit sur le coin de canapé et composa le numéro de sa fille Clara. Après l’enterrement, elle avait soutenu à tout le monde qu’elle préférait rentrer chez elle et rester seule. Comme si le fait d’être seule allait l’aider à être encore près d’Isabelle. Et même si la famille entière savait que Mégane détestait être seule, tout le monde savait aussi qu’elle n’aurait eu envie d’être qu’avec sa jumelle.
Et il fallait bien respecter sa décision. Mais Clara et Thomas l’avaient appelé, ils s’inquiétaient. Et Pauline, son aînée, l’avait raccompagnée en voiture jusque chez elle, et avait attendu qu’elle soit bien rentrée dans l’immeuble avant de redémarrer la voiture, exactement comme Mégane a fait tout au long de sa vie avec ses enfants.

Clara décrocha le téléphone rapidement, elle devait sûrement attendre que sa mère la rappelle. Pauline l’avait appelé pour lui dire qu’elle l’avait bien raccompagnée, et Clara se rongeait les ongles que sa mère ne la rappelât pas.
Elle fut soulagée quand elle entendit sa mère lui demander de venir, avec ses enfants. Et elle lui demanda d’appeler Thomas aussi, et de venir avec les enfants aussi. Ainsi que Pauline, et les enfants bien sûr.

Puisque Isabelle, sa sœur jumelle, la personne la plus importante était morte, il fallait qu’elle s’entoure du plus de monde possible. Elle se dit qu’Isabelle lui aurait dit que c’était la meilleure chose à faire, s’entourer de toute sa petite famille
Ainsi, peut-être se sentirait-elle moins seule. Même si « Isa » resterait toujours à flotter dans son esprit, avec tout le monde, elle arriverait peut-être à passer la fin de la journée avec un peu plus qu’une braise dans les yeux.

30 minutes plus tard, Pauline sonna à la porte. Elle était avec ses 4 enfants. Ils étaient tous grands déjà. Le plus grand avait même déjà un enfant, qui avait à peine 1 an et qui était resté avec sa mère.
Pauline avait toujours un peu souffert de la complicité de Clara et Thomas et en voulait un peu à sa mère parce qu’elle avait toujours montré une préférence pour les jumeaux (qu’elle refusait qu’on appelle les jumeaux d’ailleurs) juste parce qu’ils étaient jumeaux, comme elle. Mégane s’en mordait les doigts car elle aimait Pauline comme la prunelle de ses yeux, mais c’est vrai, elle ne pouvait s’empêcher d’être un peu plus proche de Clara et Thomas.
C’est pour ça que Pauline a fait 4 enfants, pour combler un peu ce manque d’amour. Et pas de jumeaux.
Quatre beaux enfants qui sont tous grands et déjà dans la vie active. Un marié avec un enfant. Deux en concubinage et un en fin d’études.
Mégane adorait ses petits-enfants et ses petits-enfants l’adoraient.

Elle était contente de les voir ce soir-là, plus que n’importe quel soir. Les petits-enfants, aussi grands soient-ils, c’est la vie.
Et ce soir là, Mégane avait besoin de vie. Elle avait besoin de savoir qu’elle pouvait vivre sans Isabelle.
Parce que jusque là, elle n’arrivait toujours pas à savoir comment elle allait faire. Même si elle avait 86 ans et qu’elle avait déjà vécu toute sa vie. Elle savait qui lui restait encore quelques années et puis peu importe que ça arrive à 86 ans, à 56 ans ou à 26 ans, perdre sa sœur jumelle c’est dur.

Dix minutes plus tard, Clara et Thomas arrivèrent avec leurs deux enfants respectifs. Ils avaient à peu près le même âge ces quatre-là. Pas de jumeaux non plus, mais trois d’entre eux étaient très liés parce qu’ils avait presque le même âge et aussi parce que leurs parents étaient jumeaux et voulaient que leurs enfants puissent avoir un semblant de ce que eux ont vécu durant leur enfance et leur adolescence.
Les enfants de Mégane sont venus sans leurs maris et femmes respectifs parce qu’ils savaient que même si leur mère aimait beaucoup ses gendres et belle-fille, elle avait besoin dans ces moments-là d’être avec la famille unie de sang.

Tout le monde alla s’asseoir dans le salon, un peu empilé les uns sur les autres. Mégane s’assit sur le coin du canapé et poussa un soupir. Elle avait tout son petit monde autour d’elle, ces trois enfants et ses huit petits-enfants. Et elle était fière de ça.
Son mari n’était plus là pour voir ça. Mais Isabelle non plus n’était plus là.

Mégane se mit alors à parler
« Vous savez mes enfants, quand on est jumeaux, on naît ensemble. On vit son enfance et son adolescence ensemble. Et puis vient la séparation quand il faut suivre chacun son chemin, ses études, sa carrière. Trouver son propre mari et fonder sa propre famille. On a beau être jumelles, on est différentes. Mais on s’aime plus que tout au monde et on se soutient tout au long de cette vie. Toute séparation est dure. Et je n’avais jamais pensé que la dernière séparation serait la plus dure.
Parce qu’on naît ensemble mais on ne meurt pas ensemble.
Isa n’est plus là et je sais que vous en êtes tous très triste parce que vous aussi vous avez perdu quelqu’un. Elle avait beau être ma jumelle, elle était mère aussi et grand-mère, et tante et grande tante. La vie d’Isabelle s’est arrêtée mais la mienne continue. Tout comme sa vie n’a jamais été la même que la mienne.
La mort de ma sœur jumelle est la pire chose que j’ai à vivre. Mais j’ai à vivre et vous êtes tous là pour m’aider. »

Mégane demanda à ses enfants d’aller chercher à boire et ils se mirent tous à discuter d’Isabelle, à regarder les albums photos et à se remémorer les bons, et parfois mauvais, souvenirs.
C’était une soirée très nostalgique, et ça faisait du mal à Mégane, tout en lui faisant du bien. Parler de sa jumelle était un bon moyen pour la laisser en vie.

Et d’ailleurs, tout le monde remarqua alors que dans le courant de la soirée, les yeux de Mégane pétillaient. Ils ne pétillaient pas comme avant, il n’y avait pas de bulles de champagne. Mais il y avait une petite flamme qui se battait pour vivre et en être heureuse.

Vers minuit, Mégane tombait de fatigue. Elle avait 86 ans, elle avait enterré sa sœur jumelle aujourd’hui et elle avait reçu du monde chez elle toute la soirée. Tout le monde est parti en l’embrassant fort, en lui faisant promettre d’appeler si ça n’allait pas, même si c’était au milieu de la nuit.
Et le dernier à lui dire au revoir, c’était Bruno.
Bruno, c’était le petit dernier, le fils de Clara. Il avait 18 ans déjà, mais Mégane le préférait à tous. Parce que c’était le petit dernier, un peu comme elle. Même si elle avait toujours eu Isabelle, elle était née après elle et a toujours été considérée comme la petite dernière. Et comme Bruno, elle était la dernière de la lignée.
Bruno parfois souffrait un peu du fait qu’il soit le dernier car il était beaucoup moins proche de ces cousins et cousines dont la plus jeune avait déjà 22 ans. Ils auraient pu très bien s’entendre, quatre ans n’est pas une très grande différence. Mais l’aînée de Clara avait déjà 24 ans et puis c’était une fille. Et les enfants de Thomas sont également des filles de 22 et 25 ans. L’âge et le sexe les rapprochant déjà, elles avaient, involontairement, mis le petit dernier à l’écart. Et d’ailleurs, tout le monde l’appelait « le petit dernier ».

Mégane adorait ce garçon. Il était beau disait-elle sans cesse, il allait avoir du succès avec les filles. C’était le petit dernier, comme elle, et elle l’adorait. Et elle ne pouvait s’empêcher de l’appeler « le petit dernier », comme tout le monde, parce qu’elle trouvait ça mignon. Mais elle ne se doutait pas que son petit-fils pouvait en souffrir un peu. Même si elle avait vécu la même chose.

Ce jeune homme aimait beaucoup sa grand-mère et il voulait l’aider dans cette dure épreuve.
En partant, il demanda à sa grand-mère si un jour elle pourrait lui raconter toute son histoire avec Isabelle.

Mégane sourit tendrement face à son petit-fils, elle lui caressa la joue et lui dit
« Et pourquoi tu ne viendras pas me tenir compagnie demain ? On ira déjeuner au restaurant et on ira se promener au parc. Comme ça, je pourrais te raconter toute mon histoire avec ta grande-tante. »



par Sarah publié dans : En dehors de tout
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Lundi 9 juillet 2007

Mai 1997

Maman, j’ai mal à la tête.
Prends un doliprane, ça ira mieux après.

Deux jours plus tard :

Maman, j’ai mal à la tête.
Prends un doliprane et va dormir un peu, ça passera.

Le lendemain :

Maman, j’ai mal à la tête.
Hum… Tu as souvent mal à la tête en ce moment. Ça va ? Au collège, tout se passe bien ?
Ouais…
Bon, on va aller voir un médecin.

Chez le médecin généraliste :
Décrivez-moi vos symptômes mademoiselle.
J’ai mal à la tête. J’ai comme une barre sur le front.
Et vous avez des nausées ?
Non.
Alors ce ne sont pas des migraines. Normalement, les symptômes des migraines sont les suivants : on a mal soit à l’hémisphère gauche, soit à l’hémisphère droit (dit-il en faisant un geste de la main au-dessus de son crâne) et on a des nausées. Vous n’avez pas des migraines.
Ça doit être du stress. Je vous prescris du Magné B6.

Mai 1998

Maman, j’ai mal à la tête.
Encore ?
Oui, c’est tous les jours en ce moment. Tu peux pas imaginer maman, c’est horrible au lycée. Je suis obligée de rester en cours et j’ai trop mal à la tête. Je voudrais lever la main ne serait-ce que pour aller dans le couloir et reposer mes yeux et être dans le silence mais je n’ose pas.
Mais pourquoi tu ne vas pas à l’infirmerie du lycée ? Et tu prends des médicaments ? Du doliprane, ou du nurofen ?
Oui maman, mais ça ne me fait rien.
Bon, on va t’emmener voir un médecin.
Mais on est déjà aller voir un médecin maman !
Tu dis que tu as mal aux yeux ?
Oui.
On va aller voir un opthtalmo, je connais un très bon ophtalmo. Il va pouvoir t’aider.

Chez l’ophtalmo :
Vous avez mal à la tête ? Décrivez moi vos symptômes mademoiselle.
J’ai comme une barre sur le front et ça me fait très mal aux yeux. C’est pour ça qu’on se demande si le problème ne vient pas de là.
Vous supportez mal la lumière ?
Oui, très mal.
Bon, mettez votre menton là, regardez la lumière. Suivez mon doigt. Mettez ces lunettes, lisez les lettres sur le tableau au fond de la pièce. Très bien. Mademoiselle, vos maux de tête ne viennent absolument pas de vos yeux. Ils sont en pleine forme, vous avez une vue parfaite !

Mai 1999

Maman ?
Qu’est ce qu’il y a ? Tu as mal à la tête ?
Oui.
Ca ne s’est pas bien passé au lycée aujourd’hui ?
Si, très bien.
Va te reposer un peu. On prendra rendez-vous chez un médecin plus tard.
Quel médecin ?
On va retourner voir un généraliste pour avoir un deuxième avis.
D’accord.

Chez le médecin généraliste :
Décrivez-moi vos symptômes mademoiselle.
J’ai une barre au front, et j’ai très mal aux yeux. Et j’ai souvent très mal aussi aux muscles du cou.
Très bien. Vous avez des nausées ?
Non.
Vous faites du sport ?
Pas en dehors du lycée non.
Très bien, alors je vous suggère d’aller faire des radios des vertèbres pour voir si ça ne vient pas de là, et faites un peu de sport aussi. De la natation, c’est bien. Ca fait travailler les muscles dont vous me parlez, et le fait de faire des exercices dans l’eau est plus facile. On se sent plus léger dans l’eau, l’effort paraît moins grand et est tout aussi efficace !
Très bien, merci docteur.

Les radios montrent que tout va bien au niveau des vertèbres. C’est peut-être musculaire.

Un mois plus tard

Maman, j’ai mal à la tête, j’ai mal à la tête, j’ai mal à la tête.
Calme-toi !
Mais j’ai mal, maman ! J’ai très mal. J’ai même envie de vomir.
Ah oui ? Mais ça ne te fait pas ça d’habitude.
Non, mais là j’ai vraiment mal et j’ai envie de vomir, je voudrais que ça passe. J’en ai marre !
Je sais, on va aller voir un médecin. Un médecin chinois.
D’accord…

Le lendemain, sur le chemin pour aller voir le fameux médecin, les nausées ont repris.

Chez le médecin chinois :
Racontez-moi ce qu’il vous arrive.
Ça fait 2 ans que j’ai ces maux de tête. Ce ne sont pas des migraines. J’ai toujours une barre frontale, j’ai mal aux yeux, j’ai les muscles du cou toujours très crispés. Je suis allée voir deux médecins et un ophtalmo, ça ne vient pas de mes yeux. Apparemment, c’est du stress.
Très bien, allongez-vous, je vais voir ce que je peux faire.

La consultation était différente, plus chère, non remboursée par la sécu. Il n’y a pas eu de verdict et pas de suite non plus.

Mai 2000

Maman ? J’ai mal à la tête, encore…
Bon, je connais ce médecin. C’est un acuponcteur, il va peut-être pouvoir t’aider.

Chez l’acuponcteur :
Bien, vous êtes déjà allé chez un acuponcteur ?
Non. Je suis allée voir un ophtalmo, deux généralistes et un médecin chinois, ça n’a jamais marché.
Alors je vous explique. C’est le même principe que les massages chinois, sauf qu’on fait ça avec des aiguilles. C’est-à-dire qu’on utilise les mêmes points que la médecine chinoise, mais au lieu de les masser, on met des aiguilles.
Ça fait mal ?
On sent en général un léger picotement au moment où je mets l’aiguille, mais après, vous ne sentez rien.
Très bien. Alors les symptômes sont : j’ai une barre frontale, j’ai très mal aux yeux, j’ai les yeux très fatigués, je ne supporte pas la lumière. J’ai les muscles du cou toujours très crispés. J’ai toujours besoin qu’on me fasse des massages pour que ça aille mieux. En général, un massage, un médicament et une bonne nuit de sommeil, c’est le meilleur remède que j’ai trouvé jusque-là !
Très bien, commençons. Mettez-vous en sous-vêtements et allongez-vous là.

Les séances ont duré à peu près un mois. Les maux de tête n’ont pas disparu et n’ont pas diminué. Mais c’était un peu comme une séance de psy de salon.
Les aiguilles enfoncées un peu partout dans le corps, l’acuponcteur et la jeune fille discutaient de ces choses du passé lointain et du passé récent qui peut-être, auraient éventuellement pu être les causes des maux de tête.

Mai 2001

Maman, j’ai mal à la tête.
C’est souvent en ce moment ?
Oui, tous les jours presque.
Ca va à la fac ?
Bof, j’aime bien les cours mais j’ai pas beaucoup d’amis. J’aime pas trop les gens qu’il y a là-bas.
Bon, mais tu as des copains quand même ? Tes copains du lycée.
Oui, mais j’ai quand même mal à la tête. Pour la première fois de ma vie aujourd’hui, je suis sortie de cours à cause de ça. J’ai toujours voulu faire ça au lycée, mais je n’ai jamais pu. Là, c’était pendant un amphi, la prof criait dons son micro, ça résonnait trop dans ma tête. C’était trop dur.
Tu as toujours mal aux yeux ?
Oui.
Tu devrais peut-être retourner voir un opthalmo.
Mais je suis déjà allé voir un ophtalmo maman ! Il a dit que ça ne venait pas de là.
Un deuxième avis ne peut pas faire de mal.

Chez l’opthalmo :
Pourquoi venez-vous me voir mademoiselle ?
En fait je viens vous voir pour des maux de tête. Je suis déjà allé voir un ophtalmo, deux généralistes, un acuponcteur, j’ai même fait appel à la médecine chinoise et j’ai toujours mal à la tête.
Ce sont des migraines ?
Non, les médecins m’ont tous dit que ce n’étaient pas des migraines mais des céphalées. Et en fait, j’ai très mal aux yeux quand j’ai mal à la tête. J’ai les yeux très fatigués et je ne supporte pas la lumière. Alors je me demandais si ça ne venait pas de là. Je suis déjà allé voir un ophtalmo quand j’avais à peu près 15 ans, mais il n’a rien trouvé.
Très bien.
Bon, mettez votre menton là, regardez la lumière. Suivez mon doigt. Mettez ces lunettes, lisez les lettres sur le tableau au fond de la pièce. Très bien. Mademoiselle, vos maux de tête ne viennent absolument pas de vos yeux. Par contre, vous êtes myope !
Ah bon ?
Oui, peut-être que vous avez ces maux de tête car vos yeux travaillent trop pour pouvoir voir ce qu’il y a au loin.
Mais… quand j’avais 15 ans et mal à la tête tous les jours, ma vue était parfaite…
C’est 30 euros s’il vous plaît.


Mai 2002

Maman, j’ai mal à la tête.
Ma pauvre, je sais que tu as mal à la tête. Les médicaments ne te font rien ?
Non. J’ai besoin d’un massage, et de dormir.
Alors va dormir.
Mais il est 16h !
Tu veux aller voir un médecin ?
Je suis déjà aller voir une tonne de médecin maman. Peut-être que c’est une tumeur au cerveau. Ou un cancer du crâne ! Ou alors je vais devenir aveugle. Peut-être que ça fait des années qu’il y a trop de sang dans mon cerveau…
Calme-toi !
On peut pas aller voir un spécialiste, faire un scanner, un IRM, quelque chose comme ça ?
Non, je ne pense pas que ce soit si grave.

Mai 2003

Maman, j’ai mal à la tête.
Encore ? Tu as mal à la tête souvent en ce moment ?
Oui, presque tous les jours.
Et même le week-end, ou quand tu es en vacances ?
C’est dur à dire. Tu sais, depuis le temps que j’ai ces maux de tête, je n’ai jamais rien trouvé de régulier. On m’a demandé si ça arrivait pendant mes règles, on m’a demandé si c’était plus fréquent quand il faisait chaud, si ça disparaissait quand j’étais en vacances… C’est tout et rien à la fois ! On m’a suggéré de porter mes lunettes pour que mes yeux travaillent moins, ça ne change rien. On m’a dit de faire du sport… et quand je m’y mets, j’ai quand même mal à la tête. Je mets du froid sur mon front, du chaud sur mon cou, je dors, ça ne passe pas. Je ne peux plus rien faire quand j’ai mal à la tête ! C’est comme si j’étais devenu complètement invalide maman…
Calme-toi !. On va retourner voir le médecin chinois, tu en penses quoi ?
Peu importe, je veux juste que ça passe.

Chez le médecin chinois :
Alors, racontez-moi ce qu’il vous arrive.
Je suis déjà venu vous voir il y a longtemps pour des maux de tête, une fois. En plus, je suis allée voir deux ophtalmos, deux généralistes, un acuponcteur et ça n’a jamais rien fait…
Rappelez-moi ce qu’il vous arrive exactement.
J’ai des douleurs, c’est comme une barre frontale. J’ai les yeux très fatigués, je ne supporte pas la lumière. J’ai les muscles du cou crispés.
Et le bruit ? Vous supportez le bruit.
Pas très bien, non. Mais je supporte plus le bruit que la lumière.
Très bien, commençons. Je vous explique un peu les bases de la médecine chinoise, même si vous n’y comprendrez rien.
Ah bon ?
Oui, « La médecine chinoise constitue un système de soins enraciné dans la philosophie taoïste née il y a environ cinq mille ans. On considère l’homme comme un petit univers et donc on le considère de façon globale : le corps, l’esprit et le psychique. Il y a deux composantes : le Yin et le Yang. Ce sont deux forces opposées et complémentaires qui ne peuvent vivre l’une sans l’autre. Ils doivent tout le temps être en équilibre (…) Tout ça forme un tout animé par une énergie qu’on appelle le « Qi » qui circule dans des trajets précis, les méridiens. » Vous avez compris ?
Non.
C’est normal. Commençons.
Aïe, ça fait mal !
Oui, ça veut dire qu’on traite le mal. À mon avis, ça vient du foie.
C’est vrai que quand je mange, j’ai moins mal. Mais dès que j’ai fini de manger, le mal revient.
C’est normal, ça vient du foie, donc quand vous mangez, votre foie est tout content et il s’agite !
Ah… Vous savez, parfois j’ai tellement mal que je pleure !
Bon, revenez me voir dans deux semaines. On a besoin de temps pour traiter ça.

Les séances ont duré 8 mois, 60 euros non remboursés par la sécu une fois tous les 15 jours. Mais ce fut plutôt efficace. Les maux de tête n’ont pas disparu mais ont diminué.
C’était un peu comme chez l’acuponcteur, mais en plus approfondi. Les massages faisaient très mal. On aurait également pu associer ces séances à une thérapie de psy de salon. À force de parler de tout, de rien, de l’enfance, des envies, des peurs, des joies, des peines, une relation de confiance s’est établie. C’était toujours agréable de rester une heure allongée à se faire torturer quelques points inattendus et qu’on ne savait pas existant. Tout comme chez l’acuponcteur, le passé a refait surface et le médecin ne travaillait plus que sur les maux de tête, mais sur ces douleurs passées comme étant peut-être la cause du mal d’aujourd’hui.



Mai 2004

Allô Maman ? J’ai mal à la tête.
Ca ne se passe pas bien ton stage en Angleterre ?
Si, très bien. Mais j’ai mal à la tête maman. Ma tête ne tient plus toute seule sur mes épaules.
Mais si ! Ressaisis-toi, prends des médicaments, va faire un peu de sport.
Peut-être que les médecins anglais ont une technique autre ?
Je ne pense pas, mais tu peux toujours aller en voir un si tu veux.

Chez le médecin anglais :
J’ai des maux de tête constants depuis des années. J’ai une barre frontale, j’ai mal aux yeux, j’ai les yeux très fatigués, je ne supporte pas la lumière, j’ai les muscles du cou très crispés, j’ai l’impression que ma tête ne tient pas toute seule…
Je crois que je ne peux rien faire pour vous mademoiselle, mais je vous donne l’adresse d’un spécialiste aux Etats-Unis si vous voulez. Il est très reconnu dans sa spécialité.
C’est quoi sa spécialité ?
La neurochirurgie !
???
Oui, vous pouvez aller le voir aux Etats-Unis, il vous auscultera, fera un diagnostic, éventuellement fera une intervention et tout ira mieux !
J’ai besoin d’une intervention ?
Peut-être pas.
Alors je vais aux Etats-Unis pour peut-être ne pas avoir une intervention chirurgicale ?
Oui mademoiselle.
Très bien, merci docteur, Au revoir !

Mai 2005

Maman, j’ai mal à la tête ! J’en ai marre, je vais voir qui comme médecin maintenant ? Certains généralistes m’avaient suggéré d’aller voir un kiné.
Tu n’as qu’à retourner voir un généraliste pour qu’il te donne le nom de quelqu’un.

Finalement, ce fut un ostéopathe.

Chez l’ostéopathe :
Bonjour mademoiselle, vous êtes déjà allé voir un ostéopathe ?
Non, j’ai vu des généralistes, des ophtalmo, un acuponcteur et un médecin chinois !
Et ça fait combien de temps que vous avez ces maux de tête ?
8 ans.
Ah quand même. Et vous faites quoi dans la vie ?
Je travaille dans l’hôtellerie.
Ah, alors c’est peut-être une question de posture ou de mode de vie.
La posture, peut-être, mais j’ai le droit de m’asseoir. Et le mode de vie, ça m’étonnerait, parce que depuis que j’ai ces maux de tête j’ai vécu au collège, au lycée, à la fac, dans une école d’hôtellerie, chez mes parents et seule en Angleterre. Mon mode de vie a changé tellement de fois et les maux de tête ont toujours été là.
Bon, alors je vais vous débloquer certains nœuds et puis je vous conseille d’aller voir un orthoptiste.
C’est quoi un orthoptiste ?
C’est quelqu’un qui étudie les défauts de la motilité de l’œil et de la vision binoculaire et less traite par la rééducation.
Très bien. Donc je vais voir cet orthoptiste et je continue les séances chez vous ?
Tout à fait.

Chez l’orthoptiste :
Vous venez me voir pourquoi ?
Des maux de tête. Ce sont des céphalées en fait, m’a expliqué un médecin un jour. J’ai une barre frontale et j’ai toujours très mal aux yeux. C’est ma mère qui m’a dit d’aller voir un généraliste qui m’a dit d’aller voir un ostéopathe qui m’a dit d’aller voir un orthoptiste.
D’accord, alors on va vérifier si vous avez un problème de convergence et si oui, on le traitera par rééducation. Vous savez comment ça marche ?
Non, pas du tout.
Alors en fait on a ces petites machines dans lesquelles il y a des images et on vous fait regarder les images et dire si le lion est en dehors de la cage ou dans la cage, ça vous dit quelque chose ?
Vaguement oui. C’est quoi la convergence ?
C’est la vergence positive d’un système optique centré. Ça s’oppose à la divergence.
D’accord.
Bon, commençons le diagnostic. Mettez votre menton là et dites-moi si vos voyez le lion dans la cage.

Les séances chez l’ostéo ont duré six mois et n’ont rien donné.

Les séances chez l’orthoptiste ont duré un mois et demi et d’après lui, le problème de convergence a été réglé.
Mais les maux de tête sont restés, parfois plus fort que jamais, parfois très légers.

Entre temps, le prontalgine est arrivé. Un médicament à la codéine très efficace.

Mai 2006

J’ai mal à la tête !!!! J’ai tellement mal à la tête… J’ai tout essayé… Je suis sûre que ça vient des yeux, j’ai tellement mal aux yeux. Je vais retourner voir cet opthalmo que j’ai vu quand j’avais 15 ans, on ne sait jamais.

Chez l’opthalmo :
Bonjour monsieur, je viens vous voir parce que j’ai des maux de tête.
Des migraines ?
Non, des céphalées.
Les céphalées sont des migraines mademoiselle. Il y a plusieurs types de céphalées et les migraines en font partie.
Ah bon ? On m’a toujours dit l’inverse… Je me demande si ça ne vient pas des yeux parce que j’ai très mal aux yeux. Je porte des lunettes pour la myopie mais ça ne m’aide pas. D’ailleurs, ça me gêne de mettre mes lunettes quand j’ai mal à la tête.
Bon, mettez votre menton là, regardez la lumière. Suivez mon doigt. Mettez ces lunettes, lisez les lettres sur le tableau au fond de la pièce. Très bien. Mademoiselle, vos maux de tête ne viennent absolument pas de vos yeux. Par contre, votre myopie s’est aggravée, vous avez besoin de nouveaux verres.
D’accord. Mais je ne comprends pas ? Pourquoi j’ai ces maux de tête ? C’est grave ?
Je ne peux malheureusement pas vous aider. Ça fait 80 euros s’il vous plaît.
Pendant que la jeune fille rédige son chèque, le docteur remarque que la jeune fille ne cesse de faire des mouvements de la nuque, comme si elle avait besoin de faire craquer ses muscles.
Pourquoi vous faites des mouvements de cou tout le temps ?
Ah, j’ai souvent mal aux muscles du cou. Surtout quand j’ai mal à la tête.
C’est peut-être alors une question de posture. Vous vous tenez mal, donc vous avez mal au cou, donc vous avez mal à la tête, et non l’inverse.
Oui, ça paraît très logique. Et ça se soigne comment ?
Il faut simplement faire attention à se tenir droit et se faire masser.
Ah c’est aussi simple que ça ? Se tenir droit ? Et se faire masser ?
Oui.
Merci docteur.

Mai 2007

J’ai mal à la tête.
Encore ?
Oui, ça fait trois jours de suite.
Mais qu’est ce qui te donne mal à la tête ? Le stress ?
Je ne sais pas. Les éléments déclencheurs sont : trop dormir, et j’adore dormir, la chaleur, et je suis frileuse, trop de fumée de cigarette, et j’aime bien fumer de temps en temps, un excès de sucre et de chocolat, et je suis très gourmande. Aller au cinéma, et j’adore le grand écran ! Mais là, je ne comprends pas pourquoi j’ai tout le temps mal à la tête.
Ton mode de vie peut-être ?
Mon mode de vie a changé plusieurs fois en 9 ans et ça fait 9 ans que j’ai mal à la tête ! J’ai peut-être une mauvaise alimentation, je dors trop, et je ne fais pas beaucoup de sport. Peut-être que tout ça pourrait me soulager, mais je doute que ça en soit la cause.
Et en ce moment, tu fais quoi pour essayer de savoir d’où ça vient ou de les faire cesser ?
Une psychothérapie. Et si ça ne marche pas, il me reste le kiné, le scanner, les spécialistes, l’irm, et aussi l’hypnotiseur et les sorciers d’Afrique… Après il faudra tester les médecines douces, les médecines parallèles, que sais-je encore ?. Pfff… j’ai mal à la tête.
Tu pourrais essayer la thérapie par le rire sinon. Et puisque tu écris bien, tu peux toujours essayer d’écrire l’histoire drôle d’une jeune fille qui a mal à la tête.

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