Jeudi 2 août 2007
Elle avait attendu ce moment pendant longtemps. Elle ne pensait qu'à ça ces derniers temps.
Mais elle avait cru qu'elle attendrait plus.

Elle s'était imaginée une rencontre à la douceur d'une soirée. Un soir où elle aurait eu le temps de prendre le temps de se faire belle.
De choisir sa manière de s'habiller, de se maquiller, de se coiffer, de mettre ses lunettes ou de ne pas mettre ses lunettes.
Même si de toute façon, elle allait devoir mettre ses lunettes pour voir celui dont elle ne savait rien parmi la foule des gens qui s'attendent,
au pied de Danton.

Et finalement, le moment est arrivé beaucoup plus vite qu'elle ne l'avait pensé.

Elle a peur. Soudainement, elle ne sait pas si c'est ce qu'elle veut.
Oui, bien sûr c'est ce qu'elle veut.
Elle aime tellement leurs échanges, elle aime la façon dont il s'est présenté. Et puis il a l'air attentionné et respectueux,
c'est tout ce qu'elle souhaite.

Pourtant, elle lui a menti.
Elle a dit qu'elle ne pouvait pas se libérer le soir. Elle pourrait décaler mais elle ne le veut pas.
Parce que si quelque chose doit se passer entre eux, elle doit le dire à Stéphane. Et ce soir, elle voit Stéphane. Elle n'ira peut-être pas
dormir chez lui, mais elle ira forcément dîner avec lui. Et elle le lui dira. Encore, à nouveau.
Pour la 4è ou 5è fois en deux ans, elle va dire à Stéphane qu'elle a rencontré quelqu'un. Même s'il ne s'est rien passé.
S'il ne s'est rien passé, elle ira dormir chez lui, et ils feront l'amour. Parce que cette nuit, ils n'ont pas fait l'amour.
Ils se sont contentés de dormir dans les bras l'un de l'autre.
Elle s'est réveillé chez Stéphane, ne pensant qu'à une seule chose : rentrer chez elle et lire ses mails. A-t-il répondu ?

Oui. Il a répondu.
Elle se croyait impatiente, il a l'air d'être encore plus impatient. Mais elle aime bien ça.
Lui, au moins, il montre son intérêt. Et elle aime ça. Ils ne se connaissent pas qu'elle a déjà l'impression d'être une princesse.

Ils doivent se voir aujourd'hui.
Ils n'auront que quelques heures pour faire plus ample connaissance.

Pour la première fois, elle va rencontrer quelqu'un qui lui plait par sa plume. Maintenant, elle a entendu sa voix.
Etrangement, sa voix n'a pas le son de sa plume.
Elle a beau le lire encore et encore, remplissant ainsi ses poumons de l'air frais et pur qui émane de sa plume, elle n'arrive pas à l'imaginer.
Tout ce qu'elle sait de lui, c'est qu'il lui plait.

Ils auraient pu se plaire, avoir 20 ans d'écart et 500 km les séparant, voire un océan.
Elle a déjà été amoureuse d'un homme qui habitait de l'autre côté de l'océan.
Le hasard a fait qu'ils peuvent facilement se donner rendez vous au pied de n'importe quelle statue de Paris.

Et ils vont se donner rendez vous quelque part dans un endroit touristique, un endroi pas du tout romantique, sous un soleil de plomb,
dans un Paris pollué, pour quelques heures seulement. A peine.

Elle a peur.
Oui, bien sûr qu'elle a peur.

Ils vont se voir et il va partir. Pas longtemps, quelques jours seulement. Mais ces dernières expériences amoureuses l'ont trop fait
souffrir pour qu'elle n'ait pas peur.

Elle a peur de décevoir, et elle a peur d'être déçue.
Elle a peur qu'ils ne trouvent rien à se dire.
Elle a peur qu'il ne rappelle pas, comme d'autres.

Il est à peine midi. Elle aurait aimé avoir le temps de respirer, le temps de faire comme toutes les filles et de passer trois heures à la salle de bain.
Mais elle n'est pas comme ça.
Elle va forcément s'embellir un peu, mais ça ne calmera en rien ce qu'il se passe à l'intérieur d'elle.

D'ailleurs, elle ne sait pas ce qu'il se passe en son for intérieur.
A la fois parce qu'elle va plonger dans un océan d'inconnu en plein milieu de Paris, à la fois parce qu'il y a Stéphane.

A chaque fois qu'elle a su que Stéphane et elle, ça s'arrêterait, elle a émis un doute.
Stéphane, c'est Stéphane.
Stéphane, elle l'aime d'une certaine manière et elle se hait de lui faire du mal, même s'il lui répète tous les jours qu'elle ne lui fait pas de mal parce qu'elle ne lui ment pas.
Elle partage tant de choses avec Stéphane que c'est toujours délicat pour elle de passer à autre chose.

Même si cette autre chose, qui flotte et brille telle une perle au milieu de cet océan d'inconnu l'attire, elle veut
être honnête. Elle veut être honnête dès le début pour ne pas souffrir et pour ne pas faire souffrir.

Alors elle sera honnête et d'une manière ou d'une autre, elle le lui dira.

Parce que s'il est celui dont elle rêve depuis à peine quelques jours, elle lui doit de s'ouvrir à lui sans tabou.
par Sarah publié dans : Rêves
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Dimanche 29 juillet 2007
A LIVRE OUVERT

Aux marchés aux livres, Parc Georges Brassens.
Chloé se promène parmi tous ces livres. Elle cherche, feuillette, lit les 4è de couverture, repose le livre, discute avec les gens autour d’elle de leurs avis respectifs.
Elle se sent bien là, au milieu de ces odeurs d’arbres et de printemps.
Soudainement, elle l’aperçoit un peu plus loin. Elle sait qu’il l’a vu. Il se dirige vers elle.

« - Salut Chloé !
- Salut
- Qu’est ce que tu fais ici ?
- Bah tu vois je cherche des livres…
- C’est étrange, je ne t’ai jamais vu ici et pourtant je viens tous les samedis.
- C’est toi qui m’a parlé de ce marché aux livres, je ne connaissais pas, j’ai eu envie de venir et de trouver la perle rare.
- La perle rare ? Mais c’est trop dur à trouver ça !
- Oui, je suis entièrement d’accord avec toi. Souvent, quand tu choisis un livre, même si tu l’as déjà feuilleté et que la 4è de couverture te promet une merveille, même si pendant les cent premières pages tu es subjugué, tu peux vite être déçu. Alors tu abandonnes, tu laisses le livre avec un marque-page en plein milieu, juste pour savoir où tu t’en étais arrêté et tu vas l’oublier sur une étagère. Mais il va rester là, dans un coin de ton étagère et un jour, il va ressurgir, au milieu de tous ces livres. Tu vas le reprendre, tu vas l’ouvrir là où tu t’en étais arrêté et peut-être tu vas recommencer à nouveau. Ou pas. Peut-être que tu vas le reposer pour toujours parce que tu sauras que quoi qu’il arrive, ce livre-là n’est pas ta perle rare. »

Chloé avait parlé d’une seule traite, sans vraiment réfléchir à ce qu’elle disait, mais en plongeant ses yeux directement dans les siens, pour le laisser lire.

Après tout, c’est ce qui les avait rapproché : lire.

Il ne répondit pas tout de suite. Elle était persuadée qu’il avait compris le sens caché de ses mots.
Il lui demanda alors :

« - Tu as lu quelque chose de bien récemment ?
- Non. Je ne trouve que ce qui semble être bien mais j’en sors toujours déçue. Et parfois, les livres sont vraiment très bien, mais ils sont tellement durs que j’en souffre presque. »

A nouveau, elle était persuadée qu’il avait compris le fil de sa pensée et elle espérait qu’il allait aller dans son sens.

« - Chloé, j’espère que tu vas la trouver ta perle rare. Mais je ne suis pas sûre que ça soit ici et aujourd’hui. »

Voilà, Chloé avait compris. Elle était fixée.
Il lui fit une bise furtive pour lui dire au revoir, avec un sourire gêné et partit.

Elle le regarda s’éloigner.
Ce n’était pas lui sa perle rare.
Et il avait raison, elle devait arrêter de la chercher partout. Des livres, il y en aura toujours. Elle n’en manquera jamais. Il y en a de toutes les tailles et de toutes les couleurs.

Un jour, elle trouvera la perle rare.
Le livre qui sera tous les soirs sur sa table de chevet, livre qu’elle aimera ouvert ou fermé, livre dont elle pourra caresser la couverture. Livre qu’elle finira par connaître par cœur, et malgré cela, elle sera toujours ravie de l’avoir près d’elle.
Le livre qui l’accompagnera toute sa vie durant.
par Sarah publié dans : Rêves
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Samedi 28 juillet 2007
Clara ouvrit les yeux et resta ainsi, immobile, nue, sous les couvertures.
Elle pouvait entendre au doux son de sa respiration qu'il était encore tout endormi.
Elle se leva doucement, faisant attention au moindre bruit afin de ne pas le réveiller. Quelques gouttes de sueur lui collaient encore au front.
Il était allongé sur le ventre, une jambe par dessus la couverture, ce qui permettait à Clara d'admirer son dos et ses fesses.
Il avait un corps d'Apollon.

Elle resta assise sur le lit, fermant les yeux pour revivre un instant les moments torrides qu'ils avaient passés tout au long de la nuit.
Il avait été parfait.
Et Clara avait connu beaucoup d'amants, malgré son jeune âge.

Lui, cet Apollon qui dormait d'un sommeil d'enfant dans son lit, lui avec un corps ferme, avec un tatouage sur le torse, lui avait su lui donner exactement ce qu'elle attendait.
Ses mains allaient là où elle le souhaitait où moment où elle le souhaitait.
Elle le lui rendait avec plaisir.
Et quand il l'attrapait avec sa langue et riait avec elle, elle s'était cru au paradis et avait réussi à lui sucer le cou jusqu'au sang.

Ils avaient fait l'amour peut être trois ou quatre fois.
Et c'était de mieux en mieux à chaque fois.

Clara eut la soudaine envie de faire l'amour avec lui, de le sentir en elle, d'être dans ses bras musclés, de le laisser faire ce qu'il souhaitait de son corps.
Elle avait envie de se livrer à lui.

Elle commença alors à poser ses lèvres, tout doucement, dans le bas de son dos. Elle sentit des frissons lui parcourir le corps, et elle su qu'il lui suffisait de remonter le long de
sa colonne vertébrale avec sa langue, tout en laissant la pointe de ses seins effleurer les endroits que sa langue ne pouvait atteindre pour le réveiller.
Elle sentit son sexe contre ses fesses et elle lui croqua le cou.

Il se retourna à ce moment là.
Elle avait oublié à quel point il était beau.

Il lui sourit alors, promenant ses mains sur ses hanches, s'amusant avec elle, puisqu'elle voulait s'amuser.

Ils firent alors l'amour à nouveau et cette nouvelle journée avait amené une nouvelle saveur à cet homme qui était en elle, dans son lit.

Non seulement il était un amant parfait, mais il s'était levé pour aller lui préparer un petit-déjeuner, malgré le fait qu'il n'était pas chez lui.

Clara attendait patiemment dans son lit, visionnant les images de la veille au soir devant ses yeux.

Ils avaient commencé à discuter sur MSN.
De tout et de rien.
Ils s'étaient connu via un blog. Elle avait pris une identité secrète pour ce blog parce qu'elle y parlait de choses trop intimes pour prendre le risque d'être reconnu un jour.
Ils avaient échangé beaucoup de commentaires sur le blog de l'un et de l'autre.
Elle était avide de ses mots à lui.
Ses commentaires étaient toujours touchants, comme un grand frère parfois, comme un ami souvent, comme un amant à de rares occasions.
Et puis il y avait ce que lui disait sur son blog. Il écrivait tout simplement, sur la vie, sur l'amour, sur la mort. Des sujets qui reviennent souvent mais qu'il traitait d'une manière
particulière.
Elle avait l'impression de se retrouver dans tout ce qu'il écrivait.
Et puis c'était rare de trouver des hommes bloggeurs sensibles. Alors elle avait l'impression de comprendre un peu plus ces hommes qui la faisait souffrir en le lisant lui.

Au bout de très peu de temps, ils s'étaient échangés les adresses emails.
Elle aimait tellement ce qu'il écrivait, et elle appréciait tellement les commentaires qu'il lui laissait qu'elle avait l'impression de le trahir sous ce pseudo qui n'avait presque rien à voir avec elle.
Elle avait alors décidé de lui dire la vérité, par le moyen d'un court email.

"Bjour !
Ca va te paraître bizarre mais j'ai quelque chose d'important à te dire.
J'aime énormément ton blog et je prends un plaisir immense à te lire à chaque nouveau texte que tu postes. Et comme
tu me lis aussi et me réponds souvent, j'avais besoin de te dire que cette bloggeuse, ce n'est pas moi.

Bien sûr, c'est un autre moi. Un moi que je n'ose montré aux premiers abords, un moi que ma famille et mes amis n'approchent pas.
Mais en vérité, je m'appelle Clara."

Elle s'était arrêté là.
Elle ne savait pas s'il avait envie de connaître son véritable âge, sa véritable situation, connaître son "vrai" blog...
Alors elle avait attendu, se mordant les doigts.

Et quelques heures après seulement, il lui avait répondu, le plus simplement du monde :
"Enchanté de faire ta connaissance Clara".

De là, s'en est suivi une longue correspondance, ponctuée par quelques textes de leur plume respective qu'ils postaient sur leurs blogs, aux yeux de tous, mais simplement pour l'autre.
C'était devenu un jeu même.

Clara était devenu accro à lui. A ses mots. Et ce n'était que lui qui faisait vivre ce blog secret qu'elle détestait parfois, et qu'elle voulait de temps à autre abandonner.

Et puis comme chaque relation, cela a évolué.
Dans le dernier mail qu'il lui avait envoyé, il lui avait demandé si elle avait une adresse msn.

Il était 18h.
Elle lui avait répondu tout de suite.
Quelques secondes après, une fenêtre était apparue sur son écran : un jeune homme voulait devenir son "ami".

Elle accepta tout de suite.
Et ainsi commença la conversation.
De tout et de rien.
Même pas de mots, pas de livres. Juste de la vie en général. Ils avaient fini par savoir qui ce cachait réellement derrière les mots et les pseudos.

Clara n'avait pas vu l'heure passé. Il était 21h30. Son estomac criait famine et elle ne s'en était même pas rendu compte.

"Je t'invite au resto" était alors apparu sur la fenêtre de conversation quand Clara avait dit qu'elle avait faim et qu'elle allait devoir le quitter,
à regret, pour manger.

" - ?
- Tu ne veux pas ?
- Là, maintenant ?
- Oui, pourquoi pas ? On habite à côté de Paris tous les deux, non ? on peut se retrouver facilement.
- ... oui, mais comment je te reconnaitrai ?
- Moi je te reconnaitrai. Où est ce que c'est plus facile pour toi ?
- J'ai la ligne 10 à côté de chez moi, donc est ce que Odéon ça te va ?
- Ah oui, bien sûr, St germain des près, quartier littéraire ! J'adore !
- Je pense pouvoir y être dans 1h maxi...
- Alors à tout à l'heure!"

Clara avait voulu continuer la discussion mais il était Hors ligne... Alors elle allait vraiment le rencontrer pour la première fois ?
Elle n'avait jamais vu de photo, jamais entendu le son de sa voix... et comment la reconnaitrait-il ?

Elle se dépâcha, hésita à se changer et à se maquiller : se faire belle ou être naturelle ?
Et pourquoi pas les deux ?
Elle resta en jean mais enfila des belles chaussures qui lui torturaient les pieds et se maquilla légèrement, tout en attachant ses longs cheveux raides en queue de cheval,
qu'elle cacha sous un casquette qu'elle aimait particulièrement.

Une heure plus tard, elle attendait parmi une foule d'autres gens, au pied de la statut de Danton. Elle se demandait s'il était déjà là. Elle se demandait combien parmi eux
attendait un inconnu venu de la toile d'araignée la plus fréquentée au monde.

Elle scrutait les visages de tous les hommes qui sortaient de la bouche de métro mais étaient souvent déçue quand elle voyait qu'ils étaient déjà accompagnés ou bien qu'ils
avaient repérés ceux et celles qui l'attendait.

Elle était arrivée un peu en avance, comme à son habitude, mais elle s'impatientait.
Il était parfait ce mec jusque là, ils avaient la même passion, il s'entendait tellement bien, et il connaissait son plus grand secret : le blog.
Alors il n'allait pas arriver en retard, n'est ce pas ?

Et puis elle entendit derrière elle : "excusez moi ?"
Elle se retourna.
"Clara ?"

Voilà.
Le visage d'ange, les yeux bleus, la barbe de quelques jours, le sourire tombeur, le charme qui émanait de lui, tout collait avec ce qu'elle savait de lui.

Il l'emmena manger au Procope, ils se promenèrent dans les rues de St Germain des près pour finir le long de la Seine, partageant à la fois une glace et une cigarette.
Elle n'était jamais contre lui.
Il n'avait jamais montré aucun signe comme quoi il cherchait autre chose que cette amitié qui était née entre eux.

Jusqu'à ce qu'elle ait eu froid.
Il avait été gallant tout la soirée : il lui avait tenu la porte, il lui avait servi à boire au restaurant, il l'avait invité bien sûr. Il lui demandait sans cesse ce qu'elle voulait faire.
Elle se sentait bien avec lui.
Et quand tout naturellement il lui posa sa veste sur ses épaules pour qu'elle n'ait plus froid, elle le regarda droit dans les yeux :
" tu veux bien me raccompagner chez moi?"

Elle était venu en métro mais lui était venu en voiture.

Elle lui indiqua simplement : tu suis la Seine et puis on arrivera chez moi.

C'était elle qui avait fait les premiers pas.
Elle avait senti sa main frôler sa cuisse lorsqu'il conduisait. Alors elle avait posé sa main gauche sur sa main droite, qui ne lâchait plus le levier de vitesse.
Elle regardait Paris défiler devant ses yeux, à travers la vitre fermée et ne disait rien.

Et voilà.
Ils étaient arrivés chez elle.
Il avait été un vrai gentleman.
C'est elle qui l'avait embrassé.

Et voilà la suite.
Une nuit torride.
Un amant extraordinaire.
Mais qu'advientrait-il de demain ?

Au moment où elle se posait cette question, il entra dans la chambre, un plateau de petit-déjeuner complet et équilibré au bout des bras.

"Voilà mademoiselle Clara. Un bon petit-déjeuner pour bien commencer la journée !"

Décidement, il était plein de bonne surprise ce jeune bloggeur...

Elle mangea sans rien dire, les yeux dans le vague, sentant quelque chose se nouer dans son estomac.

" - Qu'est ce que tu fais là ?
- Je prends mon petit-déjeuner ! répondit-il d'un air moqueur
- Non je veux dire là, chez moi.
- ... Qu'est ce que tu entends par là ? C'est toi qui m'a invité me semble-t-il
- Bien sûr. Mais là, on vient de passer une nuit magique pour moi. Une soirée extraordinaire. Et tu sais très bien ce que je cherche.
Tu connais mieux que personne mes secrets parce que tu lis mes secrets. Tu connais Sarah, et tu connais Clara. Tu lis mes deux blogs,
tu sais ce que j'aime manger au petit-déjeuner, j'ai eu l'impression que tu connaissais mon corps comme si ça faisait 10 ans qu'on était ensemble.
Tu me connais, n 'est ce pas ? Alors tu sais que je cherche une relation stable, non ?
- Oui, Clara. Je le sais.
- Et... ?
- Et quoi ?
- Et bien tu sais que je ne pourrai me contenter de cette nuit. Tu es un très bon ami et tu me connais trop pour que je joue le jeu de la fille qui ne veut pas s'attacher.
je veux m'attacher. Je veux vivre un couple. Je veux partager plein de choses, des projets, marcher main dans la main, affronter les obsacles ensemble.
Personne ne sait de quoi demain sera fait. Personne ne sait si ça marchera à vie. Personne ne sait si c'est toi qui me donnera des enfants ou si c'est toi avec qui j'achèterais une maison
à Montmartre. Mais soit tu me dis que aujourd'hui, tu veux bien me dire tout ça, même si peut-être demain tu auras changé d'avis.
Soit tu me dis maintenant que ce n'était que pour la nuit, que c'est arrivé, que c'était sympa mais qu'on s'arrête là et tu pars. Mais tu sais très bien que je ne veux pas attendre
ou me poser des questions. Je ne t'en voudrais pas que tu ne veuilles pas. Je t'en voudrais juste de ne pas me le dire et de ne jamais me rappeler.
Donc, est-ce que tu vas me rappeler demain pour essayer de construire quelque chose ? Est-ce que le jour où tu comprendras que pour toi ça ne marchera pas, tu me le diras tout
de suite ?
- Clara... je...
- Tu ne sais pas quoi dire ? Tu es comme tous les autres au final"

Des larmes lui étaient monté aux yeux.
Elle n'aurait peut-être pas dû lui dire tout ça, se dévoiler autant. Elle sait que ça fait peur aux hommes. Mais elle n'en peut plus de ces hommes là.
Elle ne pu empêcher une larme de rouler le long de sa joue.

Il tendit sa main vers son visage et lui essuya.
" - Pourquoi tu pleures ?
- Parce que je suis en colère.
- Contre qui ?
- Les hommes.
- Est ce que ça veut dire que tu ne veux pas de moi ?
- Quoi ?
- Ecoute Clara, je ne sais pas si ça pourra marcher entre toi et moi à vie. Je ne te promets rien, pas de mariage, pas de maison, pas d'enfants.
Mais toi et moi, c'est sûr, on partage déjà quelque chose. Et je t'aime beaucoup et je tiens à toi. Alors oui, je veux bien essayer de te rendre heureuse.
- Tu dois me promettre une seule chose.
- Laquelle ?
- Dès que tu ne veux plus de moi, dès que tu as des doutes, dès que tu as envie d'aller voir ailleurs, dès que tu as peur... il faut me le dire.
- D'accord... si jamais je n'y arrive pas, est-ce que je peux te l'écrire ?"

Clara lui sourit.
Elle vit des étoiles dans ses yeux.
Elle était sûre qu'elle allait pouvoir être heureuse avec lui.

Jamais elle n'aura pensé rencontre quelqu'un sur Internet. Mais voilà, finalement, ce jeune homme à la plume si convaincante qui lui a laissé des commentaires
sympathiques, c'était lui l'homme de sa vie.

Et tant pis si ce n'était qu'un fantasme.
par Sarah publié dans : Rêves
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Jeudi 26 juillet 2007

J’ai rêvé que je lisais ce que tu as écrit.
J’ai rêvé que je me baignais dans la profondeur de tes yeux bleus.
J’ai rêvé que j’étais celle vers qui tu te tournais pour les décisions importantes.
J’ai rêvé que tu me faisais danser dans un bal, partageant avec moi une cigarette.
J’ai rêvé que nous achetions une maison à Montmartre.
J’ai rêvé que nous avions cette bibliothèque pleine de livres du sol au plafond, des écrivains du monde entier, de Victor Hugo à Amélie Nothomb, des écrivains classiques, des contemporains, des anglo-saxons, des sud-américains, des italiens, des asiatiques, des danois, des australiens.
J’ai rêvé que tu avais un bébé dans chaque bras : nos jumeaux.
J’ai rêvé que tu étais mon Humphrey Bogart quand la seule chose que j’ai de toi sont des souvenirs de regards échangés.

Le souvenir de cette toute première fois.
La toute première fois où Humphrey va dire à Lauren qu’il trouve qu’elle a des yeux magnifiques.

Le souvenir de cette dernière fois. Où Lauren Baccall trouve que Humphrey a la voix d’un tombeur venu du ciel.

J’ai rêvé que tu étais mon Humphrey et que j’étais ta Lauren.
J’ai rêvé…
par Sarah publié dans : Rêves
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Mardi 10 juillet 2007
Le soir de Noël, Sarah se rendit chez ses parents.
Elle retrouvait toujours avec plaisir cette maison où elle avait passé son adolescence, cette maison pleine de souvenirs et de rires.
Elle savait que ça serait leur dernier Noël sous la véranda, en face du jardin tout blanc, à côté de la cheminée où le feu ne crépite qu’en ce soir merveilleux.
Elle savait qu’ils se retrouveraient en famille pour la dernière fois autour de cette table en verre, avec un sapin gigantesque sous lequel reposaient quelques 50 cadeaux.

Ses parents avaient vendu la maison.
Ils avaient besoin d’argent et les enfants étaient maintenant tous indépendants. Elle, dans son appartement, seule, au milieu de ses livres et de ses écrits. Sa jumelle, dans son appartement bleu et blanc, brillant et impressionnant dans le XVè arrondissement, avec son petit copain. Son frère, depuis toujours, sous les toits, dans un studio, juste à côté de là où Louis XIV avait établi ses quartiers. Sa grande sœur, à 500 kilomètres, entre ses pinceaux et ses crayons, avec ses amis et son petit ami, en colocation.
Les quatre enfants d’une famille heureuse et unie tous indépendants, tous ayant un travail, tous se retrouvant avec plaisir au coin du feu et au milieu de tous ses paquets cadeaux pour boire du champagne, déguster avec délice le repas de Noël, craquer sur les bûches et les truffes en chocolat, s’embrassant pour chaque cadeau ouverts et offerts.

Tout le monde avait des cadeaux pour tout le monde.
C’était comme ça depuis des années.
Les chats noirs se mouvant sous le sapin, jouant avec la guirlande électrique, jouant à cache-chache entre les gros et les petits paquets.

Sarah était heureuse mais ne pouvait s’empêcher d’avoir un pincement au cœur.
Elle était ravie de retrouver ses parents, ravie de retrouver ses frères et sœurs. Ravie de faire plaisir, ravie de recevoir des cadeaux, ravie de savoir qu’elle allait bien manger. Ravie que chacun se soit fait beau. Ravie de savoir qu’elle allait voir le sourire chez son père, sa mère, sa jumelle, son frère, sa grande sœur.
Ravie de pouvoir jouer avec les chats.
Ravie de se réchauffer près du feu.
Ravie d’être dans cette maison, au chaud alors qu’il neige dehors. Ravie de voir cette neige.
Elle était ravie.

Mais elle savait ce qu’elle aurait voulu pour Noël.
Et c’était impossible.
Bien sûr, elle savait que tous les livres, les jeux, les blagues, les photos qu’elle allaient recevoir lui ferait plaisir.
Bien sûr, elle savait qu’elle oublierait sûrement un peu le temps de cette soirée.
Mais ce qu’elle voulait vraiment, personne ne pouvait le lui offrir.

Il était 19h quand son frère arriva.
Il avait les mains vides, une chemise blanche sous une veste noire et ne s’était pas rasé. C’était lui le père Noël de la famille, avec toujours trois cadeaux pour tout le monde. Il avait pris soin de se glisser par la cheminée quelques jours auparavant, avant de devoir rendre la clé, pendant que personne n’était là, pour déposer sa montagne de cadeaux sous le sapin.

La famille réunie, son père armé de son appareil photo, sa mère de ses plus bijoux, sa jumelle de ses meilleures pitreries, sa grande sœur de ses sourires, son frère de son plaisir d’offrir et Sarah de sa bonne humeur, ils s’installèrent dans le salon attenant à la véranda, versèrent le champagne et trinquèrent à un joyeux Noël en famille, le dernier dans cette maison.

Et le rituel de leur Noël commença.
Chez Sarah, pas de Jésus, pas de crèche. Chez Sarah, pas de religion. Chez Sarah, seulement la famille et le bonheur d’être ensemble.
Depuis que tous les enfants étaient partis, il était difficile pour eux de se retrouver juste à six. « A nous six, et joyeux Noël ! »
À vrai dire, pour Sarah, être dans cette maison une dernière fois, juste tous les six, était déjà un superbe cadeau.

Chacun bu sa gorgée de champagne après avoir entendu toutes les coupes se cogner légèrement, sans se croiser et en se regardant dans les yeux, la distribution de cadeaux commença.

Le frère de Sarah et Sarah elle-même étaient les elfes du Père Noël cette année. Le père de Sarah mitraillant de photos, demandant à qui recevait d’attendre avant de déchirer le papier pour qu’il prenne la photo parfaite, parfois simplement prenant les photos au naturel.

La frère de Sarah prenait un paquet sous le sapin, le donnait chaleureusement à son destinataire et on n’ouvrait pas d’autres paquets avant que celui-ci ne soit ouvert et que l’accolade chaleureuse et les baisers de remerciements soient effectués.
Au tour de Sarah de choisir un paquet.
Et ainsi de suite pendant plus d’une heure.

Cette année, ils avaient fait tous fait un pari : combien de paquets y a-t-il sous le sapin ?
Tout le monde avait déposé ces paquets la veille au soir.
Le sol n’avait encore jamais été aussi noir de paquets de toutes les couleurs, plein d’étoiles, de bonshommes de neige, de rouge, de vert, de pères noël rouges et de guirlande dorée.
Papa avait dit : 54.
Mais le frère de Sarah avait surenchéri pour 66.
Maman n’avait pas visé aussi et s’était arrêtée à 50.
Sarah et ses sœurs, elles, étaient toutes d’accord sur 60.

Personne ne gagna.
Il y avait 72 paquets sous le sapin.

Bien sûr, Sarah aimait recevoir des cadeaux comme tout le monde, mais ce qu’elle aimait le plus à Noël, c’était le partage.
Le sourire et l’étonnement de sa jumelle quand elle vit qu’elle avait reçu une nuit gratuite dans un palace parisien, à partager avec son petit ami.
Les yeux de sa mère briller à chaque fois qu’elle voyait un de ses enfants sourire, surtout lorsqu’elle voyait ses quatre enfants s’embrasser et s’aimer sans ne jamais se détester.
Le flash de l’appareil photo de son père.
L’originalité de sa grande sœur qui sans avoir beaucoup d’argent trouvait toujours des cadeaux exceptionnels.
L’excentricité de son frère qui lui, n’hésitait pas à casser sa tirelire pour faire plaisir à tous et plus d’une fois.

Et puis bien sûr, après les cadeaux, le champagne et les cacahuètes, le repas de Noël.
Exceptionnellement, c’était sa grande sœur qui avait tout préparé. Elle était fine cuisinière et artiste. Ce qui se mariait très bien et donnait un goût coloré à la table dressée spécialement avec les plus belles assiettes et les plus beaux couverts.

Au son de leurs rires, à la lumière de la guirlande qui clignote, en compagnie des chats qui leur tournaient autour pour manger un bout de dinde ou de chocolat, la famille de Sarah passait un merveilleux Noël.

Sarah avait oublié le temps de cette soirée qu’elle ne pouvait pas avoir ce dont elle avait le plus envie, et le plus besoin.
Ses frères et sœurs étaient bien sûr au courant.
Ils savaient eux, qu’elle était amoureuse d’un homme avec qui elle ne pouvait pas être.

Mais ils ne comprenaient pas pourquoi, et Sarah était elle aussi incapable de l’expliquer, pourquoi lui refusait de braver cet obstacle.

Leur amour était impossible mais il n’était pas marié, n’avait pas d’enfant, habitait la ville d’à côté. Leur amour était impossible mais elle passait plusieurs nuits chez lui, dans ses bras, à recevoir ses douces caresses et ses baisers tendres.
Leur amour était impossible mais elle allait souvent dîner avec lui, partageait des films, des livres et des grandes discussions avec lui.

Dans les faits, leur amour était là. Et il lui rendait.
Elle ne savait pas pourquoi il ne voulait pas.
Elle le savait mais ne le comprenait pas et ne l’expliquait pas.

« Sarah ? »
Elle sursauta.

Tout le monde s’était levé pour débarrasser la table afin de passer au dessert. Le dessert, le moment préféré de Sarah, même si elle avait déjà le ventre plein.
Elle était plongée dans ses pensées et n’avait même pas remarqué que ce moment précieux à ses papilles arrivait.

Elle se leva pour aider, un petit sourire gêné en direction de sa jumelle qui savait très bien à quoi elle pensait.

Finalement, le dessert lui fit se replonger de plus belles dans les souvenirs des nombreuses fois où elle s’était retrouvée au restaurant avec lui, croquant avec délice dans un dessert, se laissant transporter par son regard plein de tendresse.
Elle savait qu’il aimait la regarder manger ses desserts. Elle savait que c’était ainsi qu’il la trouvait la plus adorable.
Elle savait qu’il avait envie de la croquer quand elle croquait dans ses profiteroles en chocolat.

La jumelle se Sarah lui fit un coup de coude et lui murmura « arrête ! »
Sarah se contenta de répondre par un sourire et effectivement, d’oublier.

Elle croqua dans la bûche en chocolat sans penser à lui.
Elle continua de rire aux blagues de son père et de profiter de ce doux moment en famille.
Elle en profita pour voler une ou deux truffes en chocolat une fois que tous les estomacs étaient remplis, les tasses de thé vidées et que chacun s’était éparpillé aux quatre coins de la maison.
Son père travaillait déjà toutes les photos sur son ordinateur.
Sa mère commençait, elle à ranger.
Ses deux sœurs étaient devant la télé, en train de regarder un film qui avait été offert.
Son frère s’attelait à comprendre comment fonctionnait un des cadeaux qu’il avait reçu.

Sarah décida d’aider sa mère.

Elle était dans la cuisine, au milieu d’un tas d’assiettes, de verres et de couverts.

Elle attrapa une truffe en chocolat et décidé de boire un dernier verre de champagne quand elle vit qu’il en restait encore un peu dans la bouteille.
Elle ne buvait jamais mais adorait le champagne et avait envie de se faire plaisir jusqu’au bout.

Sa grande sœur avait mis de la musique sur la chaîne familiale et même si tout le monde était dans son coin et que le feu s’était éteint il y avait encore une grande sensation de vie et de chaleur dans la maison.

Elle était encore dans la cuisine, debout, dans ses pensées, sa coupe de champagne à la main quand la musique s’arrêta et qu’elle entendit sa mère l’appeler.

Elle reprit ses pensées et se dirigea vers le son de la voix de sa mère.
Elle passa à côté de la table où il ne restait plus que les bougies et les tasses de thé, afin que les chats ne volent pas un bout de dinde ou de foie gras, et dû également marcher au travers d’un cimetière de papier cadeau.

Elle s’arrêta d’un seul coup, senti sa coupe de champagne lui glisser des mains et entendit le bruit du verre se casser à ses pieds.

Que faisait-il là ?
Elle ne savait pas si elle devait se jeter dans ses bras ou avoir peur.

Elle chercha sa jumelle des yeux pour lui demander des explications.
Elle regarda furtivement en direction de ses parents. Etaient-ils fâchés, surpris, souriant ?
Sarah était resté immobile et n’avait pas fait attention aux chats qui avaient rappliqués pour lécher le champagne qui pétillait encore un peu sur le sol.
Elle avait une tonne de questions à poser à tout le monde et elle ne savait pas quoi dire, pas quoi faire.

Elle avait bien vu que ses frères et sœurs étaient tous les trois dans le même coin, un peu reculés et regardaient la scène avec attention.
Elle voyait que ses parents étaient là, à côté de lui.
Mais elle n’arrivait pas à lire sur leurs visages.

Comme elle ne bougeait pas et ne parlait pas, elle le vit se rapprocher d’elle.
Il était là, juste devant elle, dans sa maison familiale, à côté de toute sa famille.
Il lui prit le visage entre les mains et elle se sentit fondre.
Il lui dit « tu es belle » et elle entendait « j’adore te voir en jupe ». Effectivement, pour l’occasion elle s’était faite spécialement belle et avait enfilé une jupe avec des chaussures à talons, ainsi qu’un petit haut noir que sa mère lui avait offert pour le noël précédent.

Elle le regarda avec des yeux interrogateurs.
« Mais… qu’est ce que tu fais là ? » marmonna-t-elle.

Pour simple réponse, il déposa un doux baiser sur ses lèvres.
Elle senti sa langue chercher la sienne discrètement et ses bras la serrer contre lui.

Elle ouvrit les yeux pour regarder ses parents.
Elle crue les voir se serrer l’un contre l’autre, souriant.

Il lui dit « joyeux Noël ».

Est ce que ça voulait dire qu’il avait changé d’avis ? avait-il tout dit lui-même à ses parents ? Les avait-il appelés ? Voulait-il faire de leur amour impossible une réelle relation ?
Etait-il d’accord pour construire avec elle ?
Qui l’avait fait venir jusqu’ici ? Que pensaient ses parents ? Ses frères et sœurs étaient-ils dans le coup ?

Elle ne pouvait cesser de se poser toutes ces questions. Des questions qui fusaient dans sa tête tellement vite qu’elle n’avait pas le temps de les poser.
Elle était resté dans ses bras un instant et senti le chat se frotter doucement contre sa jambe, comme si lui aussi voulait participer à ce doux moment de tendresse, être là pour le plus cadeau de Noël.

Il miaula, de plus en plus fort.
Elle se dit que peut-être le champagne lui avait monté à la tête.

Elle savoura ce moment en fermant les yeux.
Mais le chat continuait de miauler, de plus en plus belle et de se frotter contre sa jambe.

Elle ouvrit les yeux.
Elle était allongée dans son lit d’adolescente, dans la chambre au 3è étage de la maison.
Le chat était sur son lit, réclamant à manger.

par Sarah publié dans : Rêves
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Samedi 7 juillet 2007

Camille traversait le hall de l’hôtel afin d’aller dire bonjour à tous ses collègues.
Elle faisait le même chemin tous les soirs et elle finissait par détester cette ronde que ses prédécesseurs s’étaient amusés à appeler « la ronde du bonjour ».
Mais elle le faisait quand même car même si elle en avait marre de ce boulot, même si ça ne lui apportait plus rien, même si le fait de travailler la nuit ne lui faisait que du mal et même si elle avait un poste à responsabilité qu’elle avait toujours rêvée d’avoir et qu’elle rêvait maintenant de fuir, elle était sérieuse et effectuait toutes les tâches qui lui incombaient.

Elle commençait par la cuisine.
Elle détestait cet endroit plus que la cafeteria moisie du sous-sol, sans lumière qui n’offrait que des plats sans goûts et du café qui ressemblait à l’eau des égouts.
Elle détestait la cuisine car tout le monde courait partout, tout le monde criait, tout le monde avait chaud, tout le monde transpirait.
Et elle arrivait parmi eux, juste pour leur dire « bonjour » alors qu’elle ne connaissait même pas le prénom de la plupart d’entre eux et que ça lui importait peu.
Les cris et cette ambiance typique de cuisine était ponctuée de quelques plats dont on ne pouvait que sentir l’odeur, de tables de room-service prêtes à être montées en chambres où les couleurs faisaient frétiller ses papilles.
Voilà pourquoi elle détestait cet endroit plus que la cafét moisie où au moins, c’était vide et calme.

Après, il fallait passer par le restaurant.
Ca la dérangeait moins, elle retrouvait les clients, qui se fichaient pas mal d’elle à vrai dire, qui passait par là comme un fantôme, faisant un signe de la main ou de la tête pour dire bonjour à ses collègues qui tout sourire devant, criaient derrière à peine quelques secondes auparavant.
Elle regardait rapidement chaque table, et rendait un sourire au client si leurs regards se croisaient, mais ça arrivait très rarement.
En général, ils étaient plongés dans leur assiette, dans leur conversation ou dans leur vin et oubliaient presque le sommelier qui attendait l’accord du chef de table pour servir les dames dont le verre vide attendait goulûment qu’on lui versât son vin.

Après sa visite furtive au travers du restaurant illuminé de bougies et de mets délicats, elle allait rapidement ouvrir la porte du bar et passait simplement sa tête pour dire bonjour, à nouveau.
« Salut Camille, ça va ? »
La musique emplissait le bar, la fumée de cigare et l’odeur de whisky se voulant plus fort que le son des notes provenant du piano présent uniquement pour le plaisir des clients qui à cette heure-là, avait bien d’autres soucis que de s’oublier dans la musique.

Voilà, Camille avait fait le tour, ayant déjà dit bonjour aux gouvernantes avant même d’avoir pris son poste car leur bureau était juste à côté de la porte d’entrée de service. Elle avait, bien sûr, déjà dit bonjour à ses collègues de la réception puisqu’elle était allée poser ses affaires, vérifier l’état de l’hôtel, prendre les consignes… Et en même temps, elle avait fait un signe de tête au concierge qui se tenait droit et accueillant derrière sa loge de l’autre côté du hall.

Camille n’avait plus qu’à aller fermer les portes des salles de réunions qui étaient restées ouvertes, et dire bonjour à Sid qui l’accompagnerait toute la nuit durant et qui se trouvait à l’air frais de la rue piétonne, prêt à accueillir les clients qui arrivaient gaiement à l’hôtel par cette belle nuit de printemps.
Comme tous les jours, Camille avait mal à la tête.
Comme tous les jours, Camille en avait marre et se demandait si elle n’allait pas être malade le lendemain soir.
Comme tous les jours, la conscience de Camille ne le lui permettait pas.

Comme tous les jours, elle continuait son chemin en essayant de ne pas trop réfléchir.

Elle croisa un ou deux clients dans le hall, qu’elle salua avec son plus beau sourire et se rendit à son poste.

Elle passa à côté de la porte des toilettes clients et bouscula alors quelqu’un.
Elle ne s’était même pas rendu compte que la porte s’était ouverte et qu’un jeune homme en était sorti.
Elle ne pensait qu’à sa tête de plus en plus lourde, qu’à ce boulot de moins en moins épanouissant.

Elle reprit tout de suite ses esprits et s’excusa le plus poliment possible.
Sauf qu’en levant les yeux vers cette personne, son cœur s’arrêta net.
Elle avait rêvé de cet homme la nuit passée.

Elle avait rêvé qu’elle grimpait dans son lit, qu’il la prenait dans ses bras, qu’il l’embrassait tendrement.
Elle avait rêvé qu’elle lui avait dit toute la vérité.
Elle avait rêvé qu’il l’avait emmenée à la nage sur une île mystérieuse en Inde.
Elle avait rêvé qu’il chantait pour elle.
Elle avait rêvé qu’il était amoureux d’elle.

Elle vit ces images défilées devant ses yeux à toute vitesse et lui, Gaspard W., était là, debout, droit, souriant, devant elle, les yeux brillants.
Attendait-il une autre excuse ?
Après tout, c’était une star maintenant. Et elle, elle était responsable de cet hôtel. Elle devait agir avec lui en toute discrétion, lui montrer qu’elle le reconnaissait tout en restant calme, lui sourire et le traiter comme n’importe quel client.
C’est-à-dire avec du respect, le sourire, de l’attention et de la disponibilité.

Camille reprit ses esprits à nouveau :
« -Veuillez m’excuser à nouveau, je ne vous avais pas vu. Ravie de vous avoir parmi nous.
- Je vous en prie mademoiselle »

Et Gaspard W. continua son chemin.
Pour Camille, ces quelques secondes lui parurent une éternité. Elle avait l’impression que Gaspard W. était telle une statue, devant elle, les yeux fixés à l’intérieur des siens, perçant son âme jusqu’au bout de ses rêves.

Elle continua également son chemin en sens inverse, toute émoustillée par une rencontre si inattendue.
Elle se retourna une dernière fois.
Il s’était retourné aussi, il lui avait souri. C’était un sourire amusé. Il avait l’air sûr de lui. Et elle venait de se dévoiler toute entière, toute transparente, devant Gaspard W.
Un homme de son âge, à vrai dire.
Un homme connu tout simplement.
Un homme qui chante et qui danse et qui parcourt les scènes de la France pour chanter des chansons que Camille n’aime pas.
Mais lui, Gaspard W., lui et son sourire, lui et son charme, lui et ses lunettes, lui et ses cheveux, lui et son style, lui et son corps frêle et fin qui devient habité d’un démon envoûtant quand il chante et qu’il danse, lui, elle l’aimait.

Elle respira profondément avant de retrouver ses collègues :

« -Vous savez que Gaspard W. est dans l’hôtel ?
- C’est qui lui ? demanda Bernard
- C’est un chanteur français ! répondit Annabelle. J’adore ce qu’il fait ! Oui, je crois qu’il ne fait que dîner au restaurant. »

Camille continua son travail en ne pensant qu’à ce moment où elle l’a bousculé, ce moment où il la regardait et où ses yeux lui chantaient « I will alaways love you ».
Elle se faisait des idées, elle se faisaient des films.
Mais elle avait senti ça.
Et elle voulait le garder car c’est tout ce qu’il y avait de bien dans cet hôtel. Non pas rencontrer des stars, car il n’était de loin pas le premier qu’elle croisait dans les couloirs. Et elle en avait vu d’autres bien plus connus et plus appréciés, mais il était une étincelle, une étoile dans son cœur à elle.

Elle essaya de paraître normale aux yeux de Bernard et Annabelle, ce qui ne lui fut pas très difficile car au fond, ils n’étaient pas grands amis et ne se connaissaient pas si bien que ça.

Quelques heures plus tard, Bernard et Annabelle rentrèrent chez eux, le concierge aussi.
La cuisine s’était vidée de ses toques blanches et de ses mets préparés avec soin entre les cris.
Au restaurant, il ne restait plus qu’une table.

Camille n’avait pas pu voir si c’était celle de Gaspard W. Elle n’avait pu le demander à personne, elle avait autre chose à faire et elle ne voulait pas paraître celle qui attend la star que seule la moitié de l’hôtel connaît.

Elle savait qu’elle avait rêvé de lui. Elle savait qu’elle s’était imaginé un conte de fée en quelques secondes.
Elle savait qu’elle n’avait aucun espoir de le revoir. Elle savait qu’il ne fallait pas qu’elle le cherche.
Elle savait qu’elle devait se contenter d’un rêve.
Ca lui ferait déjà passer la nuit plus facilement que les précédentes et les prochaines à venir.

Il était 1h du matin. Le restaurant de l’hôtel avait éteint ses lumières.
Il ne restait plus que Camille et son fidèle compagnon de nuit, Sid, et le staff du bar.
Camille avait presque oublié les secondes magiques qu’elle avait vécu quelques heures plus tôt.

Elle avait beaucoup de travail, l’hôtel était complet, le téléphone n’arrêtait pas de sonner. Il fallait s’occuper de tout et de tout le monde.
A 1h du matin, elle n’en pouvait plus.
Elle avait envie de crier, de pleurer, de courir de rage en dehors de ce foutu hôtel, et par la porte d’entrée principale ! en jetant son uniforme par terre.
Elle avait envie de tout abandonner. Elle était furieuse. Ses collègues lui avaient laissé plus de travail que d’habitude, les clients étaient mécontents, le téléphone sonnait sans cesse.

A 1h du matin, elle sentit la présence de quelqu’un devant elle, de l’autre côté de la réception. Elle était au téléphone, très concentrée sur l’écran de son ordinateur, faisant tous les efforts du monde pour comprendre son interlocuteur qui parlait un anglais très imparfait à l’autre bout du monde alors que la connexion était très mauvaise.
Elle leva les yeux quand elle senti cette personne arriver simplement pour montrer à ce client qu’elle est là pour lui, qu’elle l’a vu, qu’elle allait s’occuper de lui quelques instants plus tard.

Elle leva donc les yeux de son ordinateur rapidement et le voilà, lui, Gaspard W. dont elle avait rêvé la nuit passée, qu’elle avait bousculée quelques heurs auparavant, à qui elle avait raconté son rêve avec ses yeux.

Elle ne lâcha pas le téléphone mais elle n’écoutait plus son interlocuteur.
Elle était restée bouche bée, ce qui était le contraire de l’attitude correcte à avoir en face d’un client, qui plus est de quelqu’un de connu qui vient dans un hôtel pour se reposer et être loin des fans qui se jettent sur eux sans raison aucune.

« Ello, ello ?? »
disait la voix dans le combiné.

« Yes, sir, excuse but i couldn’t hear you for a few minutes… »

Elle vit Gaspard W. sourire de malice en entendant ce mensonge si simple et très souvent utilisé.
Elle lui rendit son sourire avec ses yeux tout aussi plein de malice.

Elle réussit à terminer son coup de téléphone et avec un grand sourire dit à Gaspard W. :

« What can I do for you sir ? »

Gaspard W. rit alors de bon cœur et lui dit :

« Vous pouvez commencer à me parler français ! »

Camille devint toute rouge et se confondit en excuse alors qu’elle faisait cette erreur au moins 10 fois par jour.
Elle parlait tout le temps anglais et quand par hasard un client français se présentait devant elle, c’était tout naturel de rester dans cette langue qu’elle maîtrisait si bien et grâce à laquelle elle arrivait le mieux à exprimer ses sentiments.

« - Il vous reste des chambres pour ce soir ?
- Malheureusement non. Nous sommes complet ce soir, mais je peux vous indiquer un autre hôtel à seulement 10 minutes à pied. Je peux les appeler si vous…
- Ce n’est pas la peine, interrompit-il. »

Ils restèrent silencieux quelques instants.
Camille était gênée.
Gaspard W. se tenait devant elle, la fixant dans les yeux. Camille avait l’impression qu’il voulait quelque chose sans savoir quoi, ou sans oser le demander.
Elle avait envie qu’il passe sa main par dessus la réception pour prendre la sienne.

Son cœur battait et elle se sentait devenir rouge. Et lui, il restait blanc, rose plutôt, calme, serein, frêle toujours.

« - Est ce que je peux boire un verre ici ? demanda-t-il en désignant le canapé dans la hall de l’hôtel, juste en face de la réception.
- Oui, bien sûr. Que désirez-vous ?
- Un coca, je crois que j’ai déjà un peu trop bu pour ce soir…
- Très bien, mon collègue vous apporte ça tout de suite »

Camille appela ses collègues du bar.

Gaspard W. resta sur le canapé à siroter son coca, les yeux dans le vide. Regardant à droite à gauche, devant lui, derrière lui, autour de lui.
Camille avait l’impression que ses mains tremblaient un peu.
Il avait toujours cet air d’avoir envie de quelque chose sans savoir vraiment quoi.

Elle partit dans le « back office » faire ce qu’elle avait à faire.
Sid la rejoignit quelques minutes plus tard. Il connaissait Gaspard W. et détestait sa musique et il commencèrent alors à en parler.

« - Moi non plus je n’aime pas ce qu’il fait, dit Camille, mais il y a quelque chose chez lui…
- Tu le trouves beau ? demanda Sid d’un air un peu dégoûté
- Non. Pas du tout. Je trouve qu’il dégage quelque chose. En vrai je veux dire. J’ai vu certains de ses clips vidéos et oui, quand il danse y a un truc. »

Sid partit faire son travail et Camille resta assise, pensive, sans rien faire.
Elle dû rester ainsi plus de 10 minutes quand elle entendit un petit « excusez-moi ? » d’une voix toute douce.

Elle se leva à toute vitesse en disant « oui ? » pour montrer au client qui cherchait quelqu’un qu’elle était là.

C’était à nouveau Gaspard W.
Il était 2h du matin.
Le bar avait fermé ses portes.
Il était resté une heure à siroter son coca.

Si Camille n’avait pas eu ces émotions pour lui, elle aurait trouvé ça bizarre et lui aurait demandé de partir.

« - Vous savez où je peux sortir à cette heure-là ? »

Camille avait l’habitude de cette question et même en pleine semaine, elle connaissait tous les bars du quartier qui étaient encore ouverts.
Et il y en avait peu !
« - Et si vous veniez avec moi ? »

Ce n’était pas la première fois que Camille se faisait draguer par un client mais là, c’était différent.
Elle n’eut pas le temps de répondre que son téléphone sonna.

Elle du s’absenter quelques instants.
Quand elle revint, il était assis à la même place où il avait siroté son coca d’un air absent pendant une heure.
Il était au téléphone et ne la vit pas.

Elle resta dans un coin discrètement et elle l’observa.
Il avait le style d’une star. Il avait l’apparence d’une star. Il parlait fort au téléphone. Il convenait d’un rendez-vous apparemment.
Il était habillé comme une star.
Mais quand Camille chercha plus profondément, elle vit dans ses yeux, derrière ses lunettes, et sur les traits de son visage, sous son chapeau, quelqu’un de vrai.
Quelqu’un de sensible.
Quelqu’un d’amoureux.

Il raccrocha et lorsqu’il s’aperçut que Camille le scrutait avec attention, ses yeux se mirent à s’écarquiller, comme pour la laisser le transpercer.
Ses lèvres esquissèrent un sourire hors du commun. Un sourire vrai. Un sourire d’homme. Un sourire de prince charmant presque.

Elle se dirigea vers lui :

« - J’accepterais volontiers votre proposition mais je ne peux pas quitter mon poste. Je suis en train de travailler, vous comprenez ?
- Vous finissez à quelle heure ?
- 8h. »

Gaspard W. regarda alors sa montre, il n’était même pas 3h.
Elle anticipa :

« - Vous ne pouvez pas rester ici si vous ne consommez pas, je suis désolée. »

Gaspard W. se leva d’un bond. Il était beaucoup plus grand que Camille, et très mince. A première vue, elle n’aimait pas les garçons comme ça mais il dégageait quelque chose d’autre.

Il lui caressa la joue et lui dit :

« à demain matin alors, »

et il l’embrassa tendrement sur la joue.

Camille se sentit fondre. Tout simplement. Elle aurait voulu s’étaler par terre. Elle aurait voulu le rattraper par le bras et l’embrasser fougueusement.
Elle aurait voulu lui dire « reste avec moi, chante et danse »
Mais il était déjà parti.
La fin de la nuit fut une atrocité pour Camille.
Il ne se passait plus rien. Tout le monde dormait, tout le monde était rentré, tout allait bien.
Elle n’avait plus rien à faire qu’à penser à cet homme magique.
Un homme ?
On aurait dit un garçon. Ils avaient le même âge, ça elle le savait.
Il était frêle et timide mais en même temps tellement sûr de lui !

Elle passa la nuit à se torturer l’esprit en se demandant ce que voulait dire ce « A demain matin »

Elle le su bien assez vite.

A 8h30, elle était dans la rue, fatiguée, accueillant la fraîcheur du matin sur son visage durci par la dure nuit qu’elle venait de passer.
Elle ne travaillait pas le soir même et elle avait envie de plonger dans ce vent frais. Elle avait envie de sentir l’odeur de la mer, elle avait envie de marcher dans du sable fin.
Elle avait envie de ciel bleu et de soleil.
Elle ne voulait pas voir Paris. Elle ne voulait pas rentrer chez elle.
Elle voulait s’oublier.

« Acceptez-vous toujours ma proposition ? »

Camille sursauta.
Gaspard W. était là. Il avait surgi de nul part. Il était habillé différemment de la veille, beaucoup plus simplement. Il avait l’air frais comme le vent. Il avait sûrement du rentrer chez lui et dormir. Il sentait l’eau de cologne, le savon, l’après-rasage, pourtant il n’était pas rasé.
Ses dents étaient blanches.
Il portait une chemise blanche avec un jean. Elle pouvait apercevoir le haut de son torse.
Elle l’observa, plissant les yeux, avec l’envie de les fermer complètement et de se laisser transporter par lui, Gaspard W.

Il attendit patiemment qu’elle lui réponde :

« Non, boire un verre je n’accepte pas. Mais j’irai bien volontiers à la mer… »

Gaspard W. haussa les sourcils. Il avait l’air bien surpris mais il avait l’air d’être d’accord puisqu’il lui demanda à quelle mer elle souhaitait aller.

« Je m’en fous. La mer, le sable, la plage, du vent. Ailleurs quoi. »

Il la conduisit en Normandie, tout simplement. Ils n’échangèrent pas un mot dans la voiture, Camille avait fermé les yeux quelques secondes et s’était endormie.

Elle se fit réveiller par le doux baiser de lèvres tendres sur les siennes.
Elle sentit son cœur battre à toute vitesse. Elle se laissa embrasser et regarda autour d’elle : elle ne voyait que la mer et le ciel bleu et le sable pas très blanc à vrai dire.
Ils étaient à l’intérieur de la voiture mais elle pouvait voir le vent.
La fenêtre de la voiture était ouverte et le celui-ci s’amusait avec les cheveux très noirs de Gaspard. Camille lui rendit son baiser, et elle le fit fougueusement.
Elle vivait son rêve à nouveau.

Quand leur étreinte se termina, ils ne dirent mot.
Camille sortit de la voiture au bout de longues minutes de silence. Elle alla marcher pieds nus sur le sable.
Gaspard était sorti de la voiture aussi mais il ne la suivait pas, il la regardait, tendrement.

Elle s’amusait avec le sable, avec le vent. Elle était heureuse et avait envie de se jeter à la mer.
Ce qu’elle fit.
Gaspard la rejoignit à ce moment-là, tout habillé il se jeta à l’eau et attrapa Camille qui se laissait noyer et se laisser laver par l’eau de mer et les algues qui lui chatouillaient les pieds.

Gaspard W. garda Camille tout près de lui et la regarda avidement, comme s’il ne voulait pas perdre une seconde d’elle :

« - Je m’appelle Camille au fait.
- Je sais.
- Comment ?
- C’était écrit sur ton badge ! Moi, je m’appelle Gaspard.
- Je sais.
- Je sais que tu sais. »


Ils nagèrent encore un peu dans le bonheur et puis allèrent s’allonger sur le sable, main dans la main.

« - Tu as réalisé ton rêve toi, Gaspard ? Celui d’être chanteur ?
- En quelque sorte oui.
- Pourquoi en quelque sorte ? C’est parce que tu n’es pas une star internationale ?
- Non, ce n’est pas pour ça. Je n’ai pas besoin d’être Michaël Jackson et de rater ma vie.
- Alors c’est quoi ?
- Et toi, tu as réalisé ton rêve Camille ?
- Non, moi je voudrais écrire des livres tout le temps, je voudrais vivre à Paris avec la mer à portée de main, dans une maison de verre au milieu des bois, avec un chien de couleur sable. Je voudrais être mère de jumeaux, je voudrais être une femme qui aime son mari et que son mari aime. Je voudrais être libre. Je voudrais aimer mon boulot, je voudrais aimer ma vie. Je voudrais m’aimer. Voilà mon rêve. Je n’en ai pas réalisé la moitié.
- Alors tu peux me comprendre.
- Ah oui ? Mais toi tu es connu, tu as ce que tu voulais, tu chantes, tu danses, des milliers de gens t’aiment. Tu peux partir à la mer quand tu veux, tu peux t’acheter une maison
- C’est vrai. Mais les gens ne m’aiment pas pour qui je suis car ils ne me connaissent pas. Et partir à la mer seul et acheter une maison seul juste parce que j’en ai les moyens, ça ne m’intéresse pas.
- C’est quoi ton rêve alors ?
- Mon rêve, c’est que tu m’aimes comme tu m’as aimé pendant cette seconde où tu as posé les yeux sur moi la première fois. »

Camille ne répondit pas à cela.
C’était trop beau pour y croire. Un homme ne rêve pas de conte de fée. Un homme rêve de filles et d’argent, pas de princesse et de royaume très lointain.

Camille se leva et prit Gaspard par la main.

« vient, on va marcher ».

Ils marchèrent le long de la plage en silence, croisant seulement une âme ou deux qui couraient avec leur chien sur la plage.

Il était midi passé, le soleil tapait fort, Camille avait faim.

« J’ai rêvé de toi l’autre nuit. Et puis le soir même je t’ai bousculé. Je n’aime pas tes chansons. Mais je t’aime toi. Alors je peux réaliser ton rêve. Moi j’ai besoin et envie de vivre dans un conte de fée. J’ai besoin d’amour, j’ai besoin de magie, j’ai besoin de la mer et de la forêt et du soleil, mais j’ai besoin de Paris aussi. J’ai besoin de livres, j’ai besoin d’écrire. Mais j’ai besoin de mes amis aussi. J’ai besoin de voyager. J’ai besoin qu’on m’aime. J’ai besoin que tu m’aimes comme tu m’as aimé dans mon rêve. »

Quelques mois plus tard, Gaspard W. sortit une chanson inattendue qui fit tout de suite un carton, ça s’appelait : « le monde de Camille ».
par Sarah publié dans : Rêves
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