Clara ouvrit les yeux et resta ainsi, immobile, nue, sous les couvertures.
Elle pouvait entendre au doux son de sa respiration qu'il était encore tout endormi.
Elle se leva doucement, faisant attention au moindre bruit afin de ne pas le réveiller. Quelques gouttes de sueur lui collaient encore au front.
Il était allongé sur le ventre, une jambe par dessus la couverture, ce qui permettait à Clara d'admirer son dos et ses fesses.
Il avait un corps d'Apollon.
Elle resta assise sur le lit, fermant les yeux pour revivre un instant les moments torrides qu'ils avaient passés tout au long de la nuit.
Il avait été parfait.
Et Clara avait connu beaucoup d'amants, malgré son jeune âge.
Lui, cet Apollon qui dormait d'un sommeil d'enfant dans son lit, lui avec un corps ferme, avec un tatouage sur le torse, lui avait su lui donner exactement ce qu'elle attendait.
Ses mains allaient là où elle le souhaitait où moment où elle le souhaitait.
Elle le lui rendait avec plaisir.
Et quand il l'attrapait avec sa langue et riait avec elle, elle s'était cru au paradis et avait réussi à lui sucer le cou jusqu'au sang.
Ils avaient fait l'amour peut être trois ou quatre fois.
Et c'était de mieux en mieux à chaque fois.
Clara eut la soudaine envie de faire l'amour avec lui, de le sentir en elle, d'être dans ses bras musclés, de le laisser faire ce qu'il souhaitait de son corps.
Elle avait envie de se livrer à lui.
Elle commença alors à poser ses lèvres, tout doucement, dans le bas de son dos. Elle sentit des frissons lui parcourir le corps, et elle su qu'il lui suffisait de remonter le long de
sa colonne vertébrale avec sa langue, tout en laissant la pointe de ses seins effleurer les endroits que sa langue ne pouvait atteindre pour le réveiller.
Elle sentit son sexe contre ses fesses et elle lui croqua le cou.
Il se retourna à ce moment là.
Elle avait oublié à quel point il était beau.
Il lui sourit alors, promenant ses mains sur ses hanches, s'amusant avec elle, puisqu'elle voulait s'amuser.
Ils firent alors l'amour à nouveau et cette nouvelle journée avait amené une nouvelle saveur à cet homme qui était en elle, dans son lit.
Non seulement il était un amant parfait, mais il s'était levé pour aller lui préparer un petit-déjeuner, malgré le fait qu'il n'était pas chez lui.
Clara attendait patiemment dans son lit, visionnant les images de la veille au soir devant ses yeux.
Ils avaient commencé à discuter sur MSN.
De tout et de rien.
Ils s'étaient connu via un blog. Elle avait pris une identité secrète pour ce blog parce qu'elle y parlait de choses trop intimes pour prendre le risque d'être reconnu un jour.
Ils avaient échangé beaucoup de commentaires sur le blog de l'un et de l'autre.
Elle était avide de ses mots à lui.
Ses commentaires étaient toujours touchants, comme un grand frère parfois, comme un ami souvent, comme un amant à de rares occasions.
Et puis il y avait ce que lui disait sur son blog. Il écrivait tout simplement, sur la vie, sur l'amour, sur la mort. Des sujets qui reviennent souvent mais qu'il traitait d'une manière
particulière.
Elle avait l'impression de se retrouver dans tout ce qu'il écrivait.
Et puis c'était rare de trouver des hommes bloggeurs sensibles. Alors elle avait l'impression de comprendre un peu plus ces hommes qui la faisait souffrir en le lisant lui.
Au bout de très peu de temps, ils s'étaient échangés les adresses emails.
Elle aimait tellement ce qu'il écrivait, et elle appréciait tellement les commentaires qu'il lui laissait qu'elle avait l'impression de le trahir sous ce pseudo qui n'avait presque rien à voir avec
elle.
Elle avait alors décidé de lui dire la vérité, par le moyen d'un court email.
"Bjour !
Ca va te paraître bizarre mais j'ai quelque chose d'important à te dire.
J'aime énormément ton blog et je prends un plaisir immense à te lire à chaque nouveau texte que tu postes. Et comme
tu me lis aussi et me réponds souvent, j'avais besoin de te dire que cette bloggeuse, ce n'est pas moi.
Bien sûr, c'est un autre moi. Un moi que je n'ose montré aux premiers abords, un moi que ma famille et mes amis n'approchent pas.
Mais en vérité, je m'appelle Clara."
Elle s'était arrêté là.
Elle ne savait pas s'il avait envie de connaître son véritable âge, sa véritable situation, connaître son "vrai" blog...
Alors elle avait attendu, se mordant les doigts.
Et quelques heures après seulement, il lui avait répondu, le plus simplement du monde :
"Enchanté de faire ta connaissance Clara".
De là, s'en est suivi une longue correspondance, ponctuée par quelques textes de leur plume respective qu'ils postaient sur leurs blogs, aux yeux de tous, mais simplement pour l'autre.
C'était devenu un jeu même.
Clara était devenu accro à lui. A ses mots. Et ce n'était que lui qui faisait vivre ce blog secret qu'elle détestait parfois, et qu'elle voulait de temps à autre abandonner.
Et puis comme chaque relation, cela a évolué.
Dans le dernier mail qu'il lui avait envoyé, il lui avait demandé si elle avait une adresse msn.
Il était 18h.
Elle lui avait répondu tout de suite.
Quelques secondes après, une fenêtre était apparue sur son écran : un jeune homme voulait devenir son "ami".
Elle accepta tout de suite.
Et ainsi commença la conversation.
De tout et de rien.
Même pas de mots, pas de livres. Juste de la vie en général. Ils avaient fini par savoir qui ce cachait réellement derrière les mots et les pseudos.
Clara n'avait pas vu l'heure passé. Il était 21h30. Son estomac criait famine et elle ne s'en était même pas rendu compte.
"Je t'invite au resto" était alors apparu sur la fenêtre de conversation quand Clara avait dit qu'elle avait faim et qu'elle allait devoir le quitter,
à regret, pour manger.
" - ?
- Tu ne veux pas ?
- Là, maintenant ?
- Oui, pourquoi pas ? On habite à côté de Paris tous les deux, non ? on peut se retrouver facilement.
- ... oui, mais comment je te reconnaitrai ?
- Moi je te reconnaitrai. Où est ce que c'est plus facile pour toi ?
- J'ai la ligne 10 à côté de chez moi, donc est ce que Odéon ça te va ?
- Ah oui, bien sûr, St germain des près, quartier littéraire ! J'adore !
- Je pense pouvoir y être dans 1h maxi...
- Alors à tout à l'heure!"
Clara avait voulu continuer la discussion mais il était Hors ligne... Alors elle allait vraiment le rencontrer pour la première fois ?
Elle n'avait jamais vu de photo, jamais entendu le son de sa voix... et comment la reconnaitrait-il ?
Elle se dépâcha, hésita à se changer et à se maquiller : se faire belle ou être naturelle ?
Et pourquoi pas les deux ?
Elle resta en jean mais enfila des belles chaussures qui lui torturaient les pieds et se maquilla légèrement, tout en attachant ses longs cheveux raides en queue de cheval,
qu'elle cacha sous un casquette qu'elle aimait particulièrement.
Une heure plus tard, elle attendait parmi une foule d'autres gens, au pied de la statut de Danton. Elle se demandait s'il était déjà là. Elle se demandait combien parmi eux
attendait un inconnu venu de la toile d'araignée la plus fréquentée au monde.
Elle scrutait les visages de tous les hommes qui sortaient de la bouche de métro mais étaient souvent déçue quand elle voyait qu'ils étaient déjà accompagnés ou bien qu'ils
avaient repérés ceux et celles qui l'attendait.
Elle était arrivée un peu en avance, comme à son habitude, mais elle s'impatientait.
Il était parfait ce mec jusque là, ils avaient la même passion, il s'entendait tellement bien, et il connaissait son plus grand secret : le blog.
Alors il n'allait pas arriver en retard, n'est ce pas ?
Et puis elle entendit derrière elle : "excusez moi ?"
Elle se retourna.
"Clara ?"
Voilà.
Le visage d'ange, les yeux bleus, la barbe de quelques jours, le sourire tombeur, le charme qui émanait de lui, tout collait avec ce qu'elle savait de lui.
Il l'emmena manger au Procope, ils se promenèrent dans les rues de St Germain des près pour finir le long de la Seine, partageant à la fois une glace et une cigarette.
Elle n'était jamais contre lui.
Il n'avait jamais montré aucun signe comme quoi il cherchait autre chose que cette amitié qui était née entre eux.
Jusqu'à ce qu'elle ait eu froid.
Il avait été gallant tout la soirée : il lui avait tenu la porte, il lui avait servi à boire au restaurant, il l'avait invité bien sûr. Il lui demandait sans cesse ce qu'elle voulait faire.
Elle se sentait bien avec lui.
Et quand tout naturellement il lui posa sa veste sur ses épaules pour qu'elle n'ait plus froid, elle le regarda droit dans les yeux :
" tu veux bien me raccompagner chez moi?"
Elle était venu en métro mais lui était venu en voiture.
Elle lui indiqua simplement : tu suis la Seine et puis on arrivera chez moi.
C'était elle qui avait fait les premiers pas.
Elle avait senti sa main frôler sa cuisse lorsqu'il conduisait. Alors elle avait posé sa main gauche sur sa main droite, qui ne lâchait plus le levier de vitesse.
Elle regardait Paris défiler devant ses yeux, à travers la vitre fermée et ne disait rien.
Et voilà.
Ils étaient arrivés chez elle.
Il avait été un vrai gentleman.
C'est elle qui l'avait embrassé.
Et voilà la suite.
Une nuit torride.
Un amant extraordinaire.
Mais qu'advientrait-il de demain ?
Au moment où elle se posait cette question, il entra dans la chambre, un plateau de petit-déjeuner complet et équilibré au bout des bras.
"Voilà mademoiselle Clara. Un bon petit-déjeuner pour bien commencer la journée !"
Décidement, il était plein de bonne surprise ce jeune bloggeur...
Elle mangea sans rien dire, les yeux dans le vague, sentant quelque chose se nouer dans son estomac.
" - Qu'est ce que tu fais là ?
- Je prends mon petit-déjeuner ! répondit-il d'un air moqueur
- Non je veux dire là, chez moi.
- ... Qu'est ce que tu entends par là ? C'est toi qui m'a invité me semble-t-il
- Bien sûr. Mais là, on vient de passer une nuit magique pour moi. Une soirée extraordinaire. Et tu sais très bien ce que je cherche.
Tu connais mieux que personne mes secrets parce que tu lis mes secrets. Tu connais Sarah, et tu connais Clara. Tu lis mes deux blogs,
tu sais ce que j'aime manger au petit-déjeuner, j'ai eu l'impression que tu connaissais mon corps comme si ça faisait 10 ans qu'on était ensemble.
Tu me connais, n 'est ce pas ? Alors tu sais que je cherche une relation stable, non ?
- Oui, Clara. Je le sais.
- Et... ?
- Et quoi ?
- Et bien tu sais que je ne pourrai me contenter de cette nuit. Tu es un très bon ami et tu me connais trop pour que je joue le jeu de la fille qui ne veut pas s'attacher.
je veux m'attacher. Je veux vivre un couple. Je veux partager plein de choses, des projets, marcher main dans la main, affronter les obsacles ensemble.
Personne ne sait de quoi demain sera fait. Personne ne sait si ça marchera à vie. Personne ne sait si c'est toi qui me donnera des enfants ou si c'est toi avec qui j'achèterais une maison
à Montmartre. Mais soit tu me dis que aujourd'hui, tu veux bien me dire tout ça, même si peut-être demain tu auras changé d'avis.
Soit tu me dis maintenant que ce n'était que pour la nuit, que c'est arrivé, que c'était sympa mais qu'on s'arrête là et tu pars. Mais tu sais très bien que je ne veux pas attendre
ou me poser des questions. Je ne t'en voudrais pas que tu ne veuilles pas. Je t'en voudrais juste de ne pas me le dire et de ne jamais me rappeler.
Donc, est-ce que tu vas me rappeler demain pour essayer de construire quelque chose ? Est-ce que le jour où tu comprendras que pour toi ça ne marchera pas, tu me le diras tout
de suite ?
- Clara... je...
- Tu ne sais pas quoi dire ? Tu es comme tous les autres au final"
Des larmes lui étaient monté aux yeux.
Elle n'aurait peut-être pas dû lui dire tout ça, se dévoiler autant. Elle sait que ça fait peur aux hommes. Mais elle n'en peut plus de ces hommes là.
Elle ne pu empêcher une larme de rouler le long de sa joue.
Il tendit sa main vers son visage et lui essuya.
" - Pourquoi tu pleures ?
- Parce que je suis en colère.
- Contre qui ?
- Les hommes.
- Est ce que ça veut dire que tu ne veux pas de moi ?
- Quoi ?
- Ecoute Clara, je ne sais pas si ça pourra marcher entre toi et moi à vie. Je ne te promets rien, pas de mariage, pas de maison, pas d'enfants.
Mais toi et moi, c'est sûr, on partage déjà quelque chose. Et je t'aime beaucoup et je tiens à toi. Alors oui, je veux bien essayer de te rendre heureuse.
- Tu dois me promettre une seule chose.
- Laquelle ?
- Dès que tu ne veux plus de moi, dès que tu as des doutes, dès que tu as envie d'aller voir ailleurs, dès que tu as peur... il faut me le dire.
- D'accord... si jamais je n'y arrive pas, est-ce que je peux te l'écrire ?"
Clara lui sourit.
Elle vit des étoiles dans ses yeux.
Elle était sûre qu'elle allait pouvoir être heureuse avec lui.
Jamais elle n'aura pensé rencontre quelqu'un sur Internet. Mais voilà, finalement, ce jeune homme à la plume si convaincante qui lui a laissé des commentaires
sympathiques, c'était lui l'homme de sa vie.
Et tant pis si ce n'était qu'un fantasme.
J'écris certes sur moi, mais ce n'est pas nécessairement qqchose qui s'est rééllement passée!