Ce matin, m'a mère est venu me voir et m'a dit :
"tu sais, je ne pense pas que ce soit une bonne idée que tu retournes voir "Stéphane". C'est peut-être égoïste et je ne t'empêcherai jamais de le faire,
mais j'avais besoin de te le dire. Il fallait que ça sorte. Discussion closed."
Mes soeurs m'avaient dit toutes les deux "tu sais, je crois qu'elle s'en doute".
J'étais mal après ça, j'avais l'impression d'enfoncer un couteau dans le coeur de ma mère. Je crois que tu ne peux pas comprendre. Je sais que tu es proche
de tes parents car ils sont ta seule famille. Mais tu avais compris pourquoi je lui avais dit la première fois parce que tu sais quelle relation j'entretiens avec elle.
J'ai laissé la discussion là mais je l'ai reprise plus tard pour lui dire que je me sentais coupable. Que si j'arrivais aussi bien à oublier Bruno, ce n'était pas grâce à
toi mais grâce à ma psy.
Ca l'a rassuré.
Elle m'a dit à nouveau que tu lui avais vraiment fait beaucoup de mal et que tu ne t'en étais jamais rendu compte. Elle t'en veut, elle ne te fait plus confiance.
Mais ça, je ne te le dirai jamais.
Je lui ai expliqué ta manière d'être quand je suis revenue vers toi, à quel point tu as été présent comme un ami, à quel point tu n'as pas cherché quoi que ce soit
de plus que ce que moi j'étais venu chercher.
Je lui ai dit, et je crois qu'elle m'a cru, que si tu me faisais du mal un jour, ce n'était pas voulu. Car tu n'aimes pas me faire du mal.
Au même moment, tu m'envoyais des textos pour savoir où et quand on allait se retrouver quelques heures plus tard.
J'étais dégoûtée.
Autant une heure auparavant je n'attendais que ça, autant après ces mots cinglants dans la bouche de ma mère, je n'avais plus envie de te voir.
Je n'avais surtout pas envie qu'on aille chez moi.
Pourtant, j'étais ravie que tu me le proposes.
Ravie que tu penses à ce que je t'avais demandé, des choses simples et futiles. Mais quand j'ai attendu 6 mois pour que tu répares mes rollers et que j'attends
toujours pour avoir des planches installées sur mon mur, je suis ravie que tu sois venue aussi rapidement pour réparer ma connexion Internet
et m'avoir amené des cartons tout neuf pour le déménagement de ma soeur.
Mais à ce moment-là, j'aurai préféré aller chez toi.
Sûrement pour me fuir un peu.
Car pour rassurer ma mère je lui ai dit, et en prononcant ces mots je me suis rendue compte que c'était la vérité :
"tu sais, même si je dis le contraire, je n'ai pas envie d'être avec lui. Je veux être en couple. Je veux être heureuse, et avoir la même chose que mes soeurs.
Mais je sais que ce n'est pas avec lui que je serai heureuse ainsi. Lui me le repète encore, mais je ne sais pas si c'est car il est incapable de constuire
ou si c'est à cause de vous.
Alors oui, il me fait quand même du bien et ça m'aide à traverser toutes les étapes dures qui me sont arrivées récemment, mais je n'ai pas encore
la force d'arrêter.
J'ai beau dire que je veux être avec lui, c'est faux. Je veux être avec lui parce qu'il est là."
Quelqu'un d'autre serait là à ta place, ce serait avec lui que je voudrais être.
Et c'est la raison pour laquelle j'étais de mauvaise humeur à table hier.
Parce que je voulais te dire tout ce que je t'écris aujourd'hui. Et que je savais que même si je te l'écrirai, je ne te le dirai jamais, tu ne le lirai
jamais et tu ne le sauras jamais.
Un jour, à nouveau, je vais te "quitter".
Vais-je revenir? Je n'en sais rien.
Mais tu vois, hier soir, dans ce petit restaurant italien, au milieu des feux d'artifice, sur une terrasse qui grouillait de plantes vertes,
je t'écoutais parler de ton tour du monde, de ton boulot et de pleins de choses et d'autres et j'avais l'impression que ça serait la dernière fois.
La dernière fois que je te ferais des allusions pour qu'on passe plus de temps ensemble.
La dernière fois que je te dirai "dans ton vocabulaire, il y a plus de chance pour qu'on fasse le tour du monde que pour que l'on soit ensemble"
La dernière fois que tu m'as répondu "c'est juste"
La dernière fois que tu m'as dit que ma mère avait raison, quand la seule chose que j'ai réussi à te dire est la première phrase
de ma conversation avec elle.
Et puis tu ne conçois le tour du monde qu'à la voile. Je ne sais pas pourquoi je ne le savais pas.
Je le savais en fait.
Mais notre tour du monde, je ne l'imaginais certes pas en avion, mais je l'imaginais en avion, en bateau, en train, en voiture, en autostop, à vélo,
à pied, à dos d'âne ou de rickshaw.
Alors si on n'a pas même pas la même vision du tour du monde, c'était bel et bien la dernière fois que je t'en parlais.
Et puis j'ai eu ce sentiment étrange, agréable et très dérangeant que lorsque nous faisions l'amour cette nuit,
c'était la dernière fois.
Tu as plongé tes yeux dans les miens, tes mains sur mon visage, tu m'as embrassée tendrement, fougueusement,
et j'ai senti dans ton regard, tes caresses, et ta façon de me faire l'amour, comme si tu ne voulais que jamais ça s'arrête,
que tout ça, c'était la dernière fois.
Malgré les "on peut se voir cette semaine ?"
Et puis tu es parti ce matin, alors que j'étais à moitié nue et à moitié endormie sur mon lit, tu étais assis, le regard légèrement
dans le vague, un peu triste.
Tu as posé ta main sur moi, me caressant par la même occasion, tu t'es levé et m'a embrassé une fois, deux fois, trois fois.
Juste trois petits smacks.
Tu as laissé ta main tendu vers moi alors que tu te dirigeais vers la porte.
Ta main tendu que mes doigts ont tenue jusqu'à ce que tu t'éloignes.
Comme lorsqu'un amoureux reste sur le quai, essayant de garder aussi longtemps que possible le parfum de sa tendre qui part
dans un train, loin. Ne sachant quand il la reverra.
Etait-ce un aurevoir ?
Etait-ce la dernière fois que nous faisions l'amour ?
Etait-ce notre dernier baiser ?
Suis-je prête à te laisser, l'as-tu senti ?
Ton odeur est ancrée sur mon oreiller, dans mes draps. Je ne peux pas encore monter dans le train et te laisser sur le quai,
à nouveau.
J'ai encore besoin de toi et non, cette lettre n'est pas un aurevoir.
Cette lettre est simplement le début d'une guerre contre moi-même, d'une guerre contre toi, d'une guerre contre nous.
Une guerre dont je peux déjà écrire la dernière bataille.