Vendredi 13 juillet 2007
Je me sens coupable.

Coupable d'avoir été énervée pour une broutille quand on m'annonce que ma grand-mère est en phase terminale de cancer.
Coupable de me sentir triste d'être seule quand ma grand-mère souffre.
Coupabe de venir raconter mes pauvres petits malheurs de petite fille gâtée quand ma grand-mère ne s'alimente plus.

Je me sens coupable de pas l'aimer autant que j'ai aimé ma mamie morte il y a bientôt trois ans.
Je me sens coupable de ne pas me sentir aussi proche d'elle que je l'étais de ma 3è grand-mère qui n'était même pas une grand-mère de sang.
Je me sens coupable de ne pas savoir comment être là pour mon père alors que j'avais les bons gestes pour ma mère il y a trois ans.

La culpabilité me ronge car je ne pense pas être capable d'écrire autant qu'à la mort de ma mamie.
La culpabilité me ronge car ça fait un an que ma grand-mère souffre :
la jaunisse.
le pancréas tellement gros qu'il empêche la bile de s'évacuer.
mal au ventre.
Ne plus manger.
Mais vouloir vivre.

La culpabilité me ronge car ma grand-mère était tellement en forme pour son âge que je ne réalise pas qu'elle puisse réellement souffrir.

Coupable de peut-être ne pas avoir été une bonne petite-fille.
Coupable de peut-être ne pas l'avoir assez appelé.
Coupable de ne pas être assez lui rendre visite.
Coupable de me sentir obligée alors que j'allais voir ma mamie et ma 3è grand-mère avec un réel plaisir, à ma demande le plus souvent.

Mais suis-je vraiment coupable ?
Le cancer ne se serait pas envolé si j'en avais fait plus et ça, j'en suis pleinement consciente.

Il y a trois semaines, un cancérologue disait que ce n'était pas un cancer.
Avant-hier, un autre disait que c'était un cancer en phase terminale et que dans ces cas-là, à partir du début de la maladie, on donnait une moyenne de vie de 10 mois.
Ca fait 12 mois que ça a commencé.

Peut-on considérer les médecins qui l'ont traiter l'année dernière comme coupable ?

Personne n'est coupable, à part peut-être le cancer lui-même, bien que l'on ne soit pas sûr que ça soit le nom à donner à sa maladie.

Je ne me sens pas coupable de sa maladie.

Je me sens coupable de ne pas être épanouie quand je vois ces malheurs dans le monde :
mon père perdre sa mère
ma grand-mère se battre pour la vie
ma grand-mère faible, fatiguée, de plus en plus maigre
mon père et son frère sans cesse entre les médecins et les décisions dont on aimerait bien se passer
j'imagine ce que peut ressentir mon cousin, qui a perdu sa mère à Noël dernier et pour qui notre grand-mère est bien plus qu'une mère

Je me sens coupable de penser à ma petite personne d'abord.

Et je repense à cette phrase que mon père m'a dit ce soir, une blague en fait, mais tellement juste.

LA VIE EST UNE MALADIE SEXUELLEMENT TRANSMISSIBLE DONT L'ISSUE EST TOUJOURS FATALE

A partir du moment où l'on prend conscience de la justesse de ces mots, notre vie prend tout à coup une teinte beaucoup plus colorée...
par Sarah publié dans : Autour des mots
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