Camille traversait le hall de l’hôtel afin d’aller dire bonjour à tous ses collègues.
Elle faisait le même chemin tous les soirs et elle finissait par détester cette ronde que ses prédécesseurs s’étaient amusés à appeler « la ronde du bonjour ».
Mais elle le faisait quand même car même si elle en avait marre de ce boulot, même si ça ne lui apportait plus rien, même si le fait de travailler la nuit ne lui faisait que du mal et même si elle
avait un poste à responsabilité qu’elle avait toujours rêvée d’avoir et qu’elle rêvait maintenant de fuir, elle était sérieuse et effectuait toutes les tâches qui lui incombaient.
Elle commençait par la cuisine.
Elle détestait cet endroit plus que la cafeteria moisie du sous-sol, sans lumière qui n’offrait que des plats sans goûts et du café qui ressemblait à l’eau des égouts.
Elle détestait la cuisine car tout le monde courait partout, tout le monde criait, tout le monde avait chaud, tout le monde transpirait.
Et elle arrivait parmi eux, juste pour leur dire « bonjour » alors qu’elle ne connaissait même pas le prénom de la plupart d’entre eux et que ça lui importait peu.
Les cris et cette ambiance typique de cuisine était ponctuée de quelques plats dont on ne pouvait que sentir l’odeur, de tables de room-service prêtes à être montées en chambres où les couleurs
faisaient frétiller ses papilles.
Voilà pourquoi elle détestait cet endroit plus que la cafét moisie où au moins, c’était vide et calme.
Après, il fallait passer par le restaurant.
Ca la dérangeait moins, elle retrouvait les clients, qui se fichaient pas mal d’elle à vrai dire, qui passait par là comme un fantôme, faisant un signe de la main ou de la tête pour dire bonjour à
ses collègues qui tout sourire devant, criaient derrière à peine quelques secondes auparavant.
Elle regardait rapidement chaque table, et rendait un sourire au client si leurs regards se croisaient, mais ça arrivait très rarement.
En général, ils étaient plongés dans leur assiette, dans leur conversation ou dans leur vin et oubliaient presque le sommelier qui attendait l’accord du chef de table pour servir les dames dont le
verre vide attendait goulûment qu’on lui versât son vin.
Après sa visite furtive au travers du restaurant illuminé de bougies et de mets délicats, elle allait rapidement ouvrir la porte du bar et passait simplement sa tête pour dire bonjour, à
nouveau.
« Salut Camille, ça va ? »
La musique emplissait le bar, la fumée de cigare et l’odeur de whisky se voulant plus fort que le son des notes provenant du piano présent uniquement pour le plaisir des clients qui à cette
heure-là, avait bien d’autres soucis que de s’oublier dans la musique.
Voilà, Camille avait fait le tour, ayant déjà dit bonjour aux gouvernantes avant même d’avoir pris son poste car leur bureau était juste à côté de la porte d’entrée de service. Elle avait, bien
sûr, déjà dit bonjour à ses collègues de la réception puisqu’elle était allée poser ses affaires, vérifier l’état de l’hôtel, prendre les consignes… Et en même temps, elle avait fait un signe de
tête au concierge qui se tenait droit et accueillant derrière sa loge de l’autre côté du hall.
Camille n’avait plus qu’à aller fermer les portes des salles de réunions qui étaient restées ouvertes, et dire bonjour à Sid qui l’accompagnerait toute la nuit durant et qui se trouvait à l’air
frais de la rue piétonne, prêt à accueillir les clients qui arrivaient gaiement à l’hôtel par cette belle nuit de printemps.
Comme tous les jours, Camille avait mal à la tête.
Comme tous les jours, Camille en avait marre et se demandait si elle n’allait pas être malade le lendemain soir.
Comme tous les jours, la conscience de Camille ne le lui permettait pas.
Comme tous les jours, elle continuait son chemin en essayant de ne pas trop réfléchir.
Elle croisa un ou deux clients dans le hall, qu’elle salua avec son plus beau sourire et se rendit à son poste.
Elle passa à côté de la porte des toilettes clients et bouscula alors quelqu’un.
Elle ne s’était même pas rendu compte que la porte s’était ouverte et qu’un jeune homme en était sorti.
Elle ne pensait qu’à sa tête de plus en plus lourde, qu’à ce boulot de moins en moins épanouissant.
Elle reprit tout de suite ses esprits et s’excusa le plus poliment possible.
Sauf qu’en levant les yeux vers cette personne, son cœur s’arrêta net.
Elle avait rêvé de cet homme la nuit passée.
Elle avait rêvé qu’elle grimpait dans son lit, qu’il la prenait dans ses bras, qu’il l’embrassait tendrement.
Elle avait rêvé qu’elle lui avait dit toute la vérité.
Elle avait rêvé qu’il l’avait emmenée à la nage sur une île mystérieuse en Inde.
Elle avait rêvé qu’il chantait pour elle.
Elle avait rêvé qu’il était amoureux d’elle.
Elle vit ces images défilées devant ses yeux à toute vitesse et lui, Gaspard W., était là, debout, droit, souriant, devant elle, les yeux brillants.
Attendait-il une autre excuse ?
Après tout, c’était une star maintenant. Et elle, elle était responsable de cet hôtel. Elle devait agir avec lui en toute discrétion, lui montrer qu’elle le reconnaissait tout en restant calme, lui
sourire et le traiter comme n’importe quel client.
C’est-à-dire avec du respect, le sourire, de l’attention et de la disponibilité.
Camille reprit ses esprits à nouveau :
« -Veuillez m’excuser à nouveau, je ne vous avais pas vu. Ravie de vous avoir parmi nous.
- Je vous en prie mademoiselle »
Et Gaspard W. continua son chemin.
Pour Camille, ces quelques secondes lui parurent une éternité. Elle avait l’impression que Gaspard W. était telle une statue, devant elle, les yeux fixés à l’intérieur des siens, perçant son âme
jusqu’au bout de ses rêves.
Elle continua également son chemin en sens inverse, toute émoustillée par une rencontre si inattendue.
Elle se retourna une dernière fois.
Il s’était retourné aussi, il lui avait souri. C’était un sourire amusé. Il avait l’air sûr de lui. Et elle venait de se dévoiler toute entière, toute transparente, devant Gaspard W.
Un homme de son âge, à vrai dire.
Un homme connu tout simplement.
Un homme qui chante et qui danse et qui parcourt les scènes de la France pour chanter des chansons que Camille n’aime pas.
Mais lui, Gaspard W., lui et son sourire, lui et son charme, lui et ses lunettes, lui et ses cheveux, lui et son style, lui et son corps frêle et fin qui devient habité d’un démon envoûtant quand
il chante et qu’il danse, lui, elle l’aimait.
Elle respira profondément avant de retrouver ses collègues :
« -Vous savez que Gaspard W. est dans l’hôtel ?
- C’est qui lui ? demanda Bernard
- C’est un chanteur français ! répondit Annabelle. J’adore ce qu’il fait ! Oui, je crois qu’il ne fait que dîner au restaurant. »
Camille continua son travail en ne pensant qu’à ce moment où elle l’a bousculé, ce moment où il la regardait et où ses yeux lui chantaient « I will alaways love you ».
Elle se faisait des idées, elle se faisaient des films.
Mais elle avait senti ça.
Et elle voulait le garder car c’est tout ce qu’il y avait de bien dans cet hôtel. Non pas rencontrer des stars, car il n’était de loin pas le premier qu’elle croisait dans les couloirs. Et elle en
avait vu d’autres bien plus connus et plus appréciés, mais il était une étincelle, une étoile dans son cœur à elle.
Elle essaya de paraître normale aux yeux de Bernard et Annabelle, ce qui ne lui fut pas très difficile car au fond, ils n’étaient pas grands amis et ne se connaissaient pas si bien que ça.
Quelques heures plus tard, Bernard et Annabelle rentrèrent chez eux, le concierge aussi.
La cuisine s’était vidée de ses toques blanches et de ses mets préparés avec soin entre les cris.
Au restaurant, il ne restait plus qu’une table.
Camille n’avait pas pu voir si c’était celle de Gaspard W. Elle n’avait pu le demander à personne, elle avait autre chose à faire et elle ne voulait pas paraître celle qui attend la star que seule
la moitié de l’hôtel connaît.
Elle savait qu’elle avait rêvé de lui. Elle savait qu’elle s’était imaginé un conte de fée en quelques secondes.
Elle savait qu’elle n’avait aucun espoir de le revoir. Elle savait qu’il ne fallait pas qu’elle le cherche.
Elle savait qu’elle devait se contenter d’un rêve.
Ca lui ferait déjà passer la nuit plus facilement que les précédentes et les prochaines à venir.
Il était 1h du matin. Le restaurant de l’hôtel avait éteint ses lumières.
Il ne restait plus que Camille et son fidèle compagnon de nuit, Sid, et le staff du bar.
Camille avait presque oublié les secondes magiques qu’elle avait vécu quelques heures plus tôt.
Elle avait beaucoup de travail, l’hôtel était complet, le téléphone n’arrêtait pas de sonner. Il fallait s’occuper de tout et de tout le monde.
A 1h du matin, elle n’en pouvait plus.
Elle avait envie de crier, de pleurer, de courir de rage en dehors de ce foutu hôtel, et par la porte d’entrée principale ! en jetant son uniforme par terre.
Elle avait envie de tout abandonner. Elle était furieuse. Ses collègues lui avaient laissé plus de travail que d’habitude, les clients étaient mécontents, le téléphone sonnait sans cesse.
A 1h du matin, elle sentit la présence de quelqu’un devant elle, de l’autre côté de la réception. Elle était au téléphone, très concentrée sur l’écran de son ordinateur, faisant tous les efforts du
monde pour comprendre son interlocuteur qui parlait un anglais très imparfait à l’autre bout du monde alors que la connexion était très mauvaise.
Elle leva les yeux quand elle senti cette personne arriver simplement pour montrer à ce client qu’elle est là pour lui, qu’elle l’a vu, qu’elle allait s’occuper de lui quelques instants plus
tard.
Elle leva donc les yeux de son ordinateur rapidement et le voilà, lui, Gaspard W. dont elle avait rêvé la nuit passée, qu’elle avait bousculée quelques heurs auparavant, à qui elle avait raconté
son rêve avec ses yeux.
Elle ne lâcha pas le téléphone mais elle n’écoutait plus son interlocuteur.
Elle était restée bouche bée, ce qui était le contraire de l’attitude correcte à avoir en face d’un client, qui plus est de quelqu’un de connu qui vient dans un hôtel pour se reposer et être loin
des fans qui se jettent sur eux sans raison aucune.
« Ello, ello ?? »
disait la voix dans le combiné.
« Yes, sir, excuse but i couldn’t hear you for a few minutes… »
Elle vit Gaspard W. sourire de malice en entendant ce mensonge si simple et très souvent utilisé.
Elle lui rendit son sourire avec ses yeux tout aussi plein de malice.
Elle réussit à terminer son coup de téléphone et avec un grand sourire dit à Gaspard W. :
« What can I do for you sir ? »
Gaspard W. rit alors de bon cœur et lui dit :
« Vous pouvez commencer à me parler français ! »
Camille devint toute rouge et se confondit en excuse alors qu’elle faisait cette erreur au moins 10 fois par jour.
Elle parlait tout le temps anglais et quand par hasard un client français se présentait devant elle, c’était tout naturel de rester dans cette langue qu’elle maîtrisait si bien et grâce à laquelle
elle arrivait le mieux à exprimer ses sentiments.
« - Il vous reste des chambres pour ce soir ?
- Malheureusement non. Nous sommes complet ce soir, mais je peux vous indiquer un autre hôtel à seulement 10 minutes à pied. Je peux les appeler si vous…
- Ce n’est pas la peine, interrompit-il. »
Ils restèrent silencieux quelques instants.
Camille était gênée.
Gaspard W. se tenait devant elle, la fixant dans les yeux. Camille avait l’impression qu’il voulait quelque chose sans savoir quoi, ou sans oser le demander.
Elle avait envie qu’il passe sa main par dessus la réception pour prendre la sienne.
Son cœur battait et elle se sentait devenir rouge. Et lui, il restait blanc, rose plutôt, calme, serein, frêle toujours.
« - Est ce que je peux boire un verre ici ? demanda-t-il en désignant le canapé dans la hall de l’hôtel, juste en face de la réception.
- Oui, bien sûr. Que désirez-vous ?
- Un coca, je crois que j’ai déjà un peu trop bu pour ce soir…
- Très bien, mon collègue vous apporte ça tout de suite »
Camille appela ses collègues du bar.
Gaspard W. resta sur le canapé à siroter son coca, les yeux dans le vide. Regardant à droite à gauche, devant lui, derrière lui, autour de lui.
Camille avait l’impression que ses mains tremblaient un peu.
Il avait toujours cet air d’avoir envie de quelque chose sans savoir vraiment quoi.
Elle partit dans le « back office » faire ce qu’elle avait à faire.
Sid la rejoignit quelques minutes plus tard. Il connaissait Gaspard W. et détestait sa musique et il commencèrent alors à en parler.
« - Moi non plus je n’aime pas ce qu’il fait, dit Camille, mais il y a quelque chose chez lui…
- Tu le trouves beau ? demanda Sid d’un air un peu dégoûté
- Non. Pas du tout. Je trouve qu’il dégage quelque chose. En vrai je veux dire. J’ai vu certains de ses clips vidéos et oui, quand il danse y a un truc. »
Sid partit faire son travail et Camille resta assise, pensive, sans rien faire.
Elle dû rester ainsi plus de 10 minutes quand elle entendit un petit « excusez-moi ? » d’une voix toute douce.
Elle se leva à toute vitesse en disant « oui ? » pour montrer au client qui cherchait quelqu’un qu’elle était là.
C’était à nouveau Gaspard W.
Il était 2h du matin.
Le bar avait fermé ses portes.
Il était resté une heure à siroter son coca.
Si Camille n’avait pas eu ces émotions pour lui, elle aurait trouvé ça bizarre et lui aurait demandé de partir.
« - Vous savez où je peux sortir à cette heure-là ? »
Camille avait l’habitude de cette question et même en pleine semaine, elle connaissait tous les bars du quartier qui étaient encore ouverts.
Et il y en avait peu !
« - Et si vous veniez avec moi ? »
Ce n’était pas la première fois que Camille se faisait draguer par un client mais là, c’était différent.
Elle n’eut pas le temps de répondre que son téléphone sonna.
Elle du s’absenter quelques instants.
Quand elle revint, il était assis à la même place où il avait siroté son coca d’un air absent pendant une heure.
Il était au téléphone et ne la vit pas.
Elle resta dans un coin discrètement et elle l’observa.
Il avait le style d’une star. Il avait l’apparence d’une star. Il parlait fort au téléphone. Il convenait d’un rendez-vous apparemment.
Il était habillé comme une star.
Mais quand Camille chercha plus profondément, elle vit dans ses yeux, derrière ses lunettes, et sur les traits de son visage, sous son chapeau, quelqu’un de vrai.
Quelqu’un de sensible.
Quelqu’un d’amoureux.
Il raccrocha et lorsqu’il s’aperçut que Camille le scrutait avec attention, ses yeux se mirent à s’écarquiller, comme pour la laisser le transpercer.
Ses lèvres esquissèrent un sourire hors du commun. Un sourire vrai. Un sourire d’homme. Un sourire de prince charmant presque.
Elle se dirigea vers lui :
« - J’accepterais volontiers votre proposition mais je ne peux pas quitter mon poste. Je suis en train de travailler, vous comprenez ?
- Vous finissez à quelle heure ?
- 8h. »
Gaspard W. regarda alors sa montre, il n’était même pas 3h.
Elle anticipa :
« - Vous ne pouvez pas rester ici si vous ne consommez pas, je suis désolée. »
Gaspard W. se leva d’un bond. Il était beaucoup plus grand que Camille, et très mince. A première vue, elle n’aimait pas les garçons comme ça mais il dégageait quelque chose d’autre.
Il lui caressa la joue et lui dit :
« à demain matin alors, »
et il l’embrassa tendrement sur la joue.
Camille se sentit fondre. Tout simplement. Elle aurait voulu s’étaler par terre. Elle aurait voulu le rattraper par le bras et l’embrasser fougueusement.
Elle aurait voulu lui dire « reste avec moi, chante et danse »
Mais il était déjà parti.
La fin de la nuit fut une atrocité pour Camille.
Il ne se passait plus rien. Tout le monde dormait, tout le monde était rentré, tout allait bien.
Elle n’avait plus rien à faire qu’à penser à cet homme magique.
Un homme ?
On aurait dit un garçon. Ils avaient le même âge, ça elle le savait.
Il était frêle et timide mais en même temps tellement sûr de lui !
Elle passa la nuit à se torturer l’esprit en se demandant ce que voulait dire ce « A demain matin »
Elle le su bien assez vite.
A 8h30, elle était dans la rue, fatiguée, accueillant la fraîcheur du matin sur son visage durci par la dure nuit qu’elle venait de passer.
Elle ne travaillait pas le soir même et elle avait envie de plonger dans ce vent frais. Elle avait envie de sentir l’odeur de la mer, elle avait envie de marcher dans du sable fin.
Elle avait envie de ciel bleu et de soleil.
Elle ne voulait pas voir Paris. Elle ne voulait pas rentrer chez elle.
Elle voulait s’oublier.
« Acceptez-vous toujours ma proposition ? »
Camille sursauta.
Gaspard W. était là. Il avait surgi de nul part. Il était habillé différemment de la veille, beaucoup plus simplement. Il avait l’air frais comme le vent. Il avait sûrement du rentrer chez lui et
dormir. Il sentait l’eau de cologne, le savon, l’après-rasage, pourtant il n’était pas rasé.
Ses dents étaient blanches.
Il portait une chemise blanche avec un jean. Elle pouvait apercevoir le haut de son torse.
Elle l’observa, plissant les yeux, avec l’envie de les fermer complètement et de se laisser transporter par lui, Gaspard W.
Il attendit patiemment qu’elle lui réponde :
« Non, boire un verre je n’accepte pas. Mais j’irai bien volontiers à la mer… »
Gaspard W. haussa les sourcils. Il avait l’air bien surpris mais il avait l’air d’être d’accord puisqu’il lui demanda à quelle mer elle souhaitait aller.
« Je m’en fous. La mer, le sable, la plage, du vent. Ailleurs quoi. »
Il la conduisit en Normandie, tout simplement. Ils n’échangèrent pas un mot dans la voiture, Camille avait fermé les yeux quelques secondes et s’était endormie.
Elle se fit réveiller par le doux baiser de lèvres tendres sur les siennes.
Elle sentit son cœur battre à toute vitesse. Elle se laissa embrasser et regarda autour d’elle : elle ne voyait que la mer et le ciel bleu et le sable pas très blanc à vrai dire.
Ils étaient à l’intérieur de la voiture mais elle pouvait voir le vent.
La fenêtre de la voiture était ouverte et le celui-ci s’amusait avec les cheveux très noirs de Gaspard. Camille lui rendit son baiser, et elle le fit fougueusement.
Elle vivait son rêve à nouveau.
Quand leur étreinte se termina, ils ne dirent mot.
Camille sortit de la voiture au bout de longues minutes de silence. Elle alla marcher pieds nus sur le sable.
Gaspard était sorti de la voiture aussi mais il ne la suivait pas, il la regardait, tendrement.
Elle s’amusait avec le sable, avec le vent. Elle était heureuse et avait envie de se jeter à la mer.
Ce qu’elle fit.
Gaspard la rejoignit à ce moment-là, tout habillé il se jeta à l’eau et attrapa Camille qui se laissait noyer et se laisser laver par l’eau de mer et les algues qui lui chatouillaient les
pieds.
Gaspard W. garda Camille tout près de lui et la regarda avidement, comme s’il ne voulait pas perdre une seconde d’elle :
« - Je m’appelle Camille au fait.
- Je sais.
- Comment ?
- C’était écrit sur ton badge ! Moi, je m’appelle Gaspard.
- Je sais.
- Je sais que tu sais. »
Ils nagèrent encore un peu dans le bonheur et puis allèrent s’allonger sur le sable, main dans la main.
« - Tu as réalisé ton rêve toi, Gaspard ? Celui d’être chanteur ?
- En quelque sorte oui.
- Pourquoi en quelque sorte ? C’est parce que tu n’es pas une star internationale ?
- Non, ce n’est pas pour ça. Je n’ai pas besoin d’être Michaël Jackson et de rater ma vie.
- Alors c’est quoi ?
- Et toi, tu as réalisé ton rêve Camille ?
- Non, moi je voudrais écrire des livres tout le temps, je voudrais vivre à Paris avec la mer à portée de main, dans une maison de verre au milieu des bois, avec un chien de couleur sable. Je
voudrais être mère de jumeaux, je voudrais être une femme qui aime son mari et que son mari aime. Je voudrais être libre. Je voudrais aimer mon boulot, je voudrais aimer ma vie. Je voudrais
m’aimer. Voilà mon rêve. Je n’en ai pas réalisé la moitié.
- Alors tu peux me comprendre.
- Ah oui ? Mais toi tu es connu, tu as ce que tu voulais, tu chantes, tu danses, des milliers de gens t’aiment. Tu peux partir à la mer quand tu veux, tu peux t’acheter une maison
- C’est vrai. Mais les gens ne m’aiment pas pour qui je suis car ils ne me connaissent pas. Et partir à la mer seul et acheter une maison seul juste parce que j’en ai les moyens, ça ne m’intéresse
pas.
- C’est quoi ton rêve alors ?
- Mon rêve, c’est que tu m’aimes comme tu m’as aimé pendant cette seconde où tu as posé les yeux sur moi la première fois. »
Camille ne répondit pas à cela.
C’était trop beau pour y croire. Un homme ne rêve pas de conte de fée. Un homme rêve de filles et d’argent, pas de princesse et de royaume très lointain.
Camille se leva et prit Gaspard par la main.
« vient, on va marcher ».
Ils marchèrent le long de la plage en silence, croisant seulement une âme ou deux qui couraient avec leur chien sur la plage.
Il était midi passé, le soleil tapait fort, Camille avait faim.
« J’ai rêvé de toi l’autre nuit. Et puis le soir même je t’ai bousculé. Je n’aime pas tes chansons. Mais je t’aime toi. Alors je peux réaliser ton rêve. Moi j’ai besoin et envie de vivre dans un
conte de fée. J’ai besoin d’amour, j’ai besoin de magie, j’ai besoin de la mer et de la forêt et du soleil, mais j’ai besoin de Paris aussi. J’ai besoin de livres, j’ai besoin d’écrire. Mais j’ai
besoin de mes amis aussi. J’ai besoin de voyager. J’ai besoin qu’on m’aime. J’ai besoin que tu m’aimes comme tu m’as aimé dans mon rêve. »
Quelques mois plus tard, Gaspard W. sortit une chanson inattendue qui fit tout de suite un carton, ça s’appelait : « le monde de Camille ».