Lundi 9 juillet 2007

Mai 1997

Maman, j’ai mal à la tête.
Prends un doliprane, ça ira mieux après.

Deux jours plus tard :

Maman, j’ai mal à la tête.
Prends un doliprane et va dormir un peu, ça passera.

Le lendemain :

Maman, j’ai mal à la tête.
Hum… Tu as souvent mal à la tête en ce moment. Ça va ? Au collège, tout se passe bien ?
Ouais…
Bon, on va aller voir un médecin.

Chez le médecin généraliste :
Décrivez-moi vos symptômes mademoiselle.
J’ai mal à la tête. J’ai comme une barre sur le front.
Et vous avez des nausées ?
Non.
Alors ce ne sont pas des migraines. Normalement, les symptômes des migraines sont les suivants : on a mal soit à l’hémisphère gauche, soit à l’hémisphère droit (dit-il en faisant un geste de la main au-dessus de son crâne) et on a des nausées. Vous n’avez pas des migraines.
Ça doit être du stress. Je vous prescris du Magné B6.

Mai 1998

Maman, j’ai mal à la tête.
Encore ?
Oui, c’est tous les jours en ce moment. Tu peux pas imaginer maman, c’est horrible au lycée. Je suis obligée de rester en cours et j’ai trop mal à la tête. Je voudrais lever la main ne serait-ce que pour aller dans le couloir et reposer mes yeux et être dans le silence mais je n’ose pas.
Mais pourquoi tu ne vas pas à l’infirmerie du lycée ? Et tu prends des médicaments ? Du doliprane, ou du nurofen ?
Oui maman, mais ça ne me fait rien.
Bon, on va t’emmener voir un médecin.
Mais on est déjà aller voir un médecin maman !
Tu dis que tu as mal aux yeux ?
Oui.
On va aller voir un opthtalmo, je connais un très bon ophtalmo. Il va pouvoir t’aider.

Chez l’ophtalmo :
Vous avez mal à la tête ? Décrivez moi vos symptômes mademoiselle.
J’ai comme une barre sur le front et ça me fait très mal aux yeux. C’est pour ça qu’on se demande si le problème ne vient pas de là.
Vous supportez mal la lumière ?
Oui, très mal.
Bon, mettez votre menton là, regardez la lumière. Suivez mon doigt. Mettez ces lunettes, lisez les lettres sur le tableau au fond de la pièce. Très bien. Mademoiselle, vos maux de tête ne viennent absolument pas de vos yeux. Ils sont en pleine forme, vous avez une vue parfaite !

Mai 1999

Maman ?
Qu’est ce qu’il y a ? Tu as mal à la tête ?
Oui.
Ca ne s’est pas bien passé au lycée aujourd’hui ?
Si, très bien.
Va te reposer un peu. On prendra rendez-vous chez un médecin plus tard.
Quel médecin ?
On va retourner voir un généraliste pour avoir un deuxième avis.
D’accord.

Chez le médecin généraliste :
Décrivez-moi vos symptômes mademoiselle.
J’ai une barre au front, et j’ai très mal aux yeux. Et j’ai souvent très mal aussi aux muscles du cou.
Très bien. Vous avez des nausées ?
Non.
Vous faites du sport ?
Pas en dehors du lycée non.
Très bien, alors je vous suggère d’aller faire des radios des vertèbres pour voir si ça ne vient pas de là, et faites un peu de sport aussi. De la natation, c’est bien. Ca fait travailler les muscles dont vous me parlez, et le fait de faire des exercices dans l’eau est plus facile. On se sent plus léger dans l’eau, l’effort paraît moins grand et est tout aussi efficace !
Très bien, merci docteur.

Les radios montrent que tout va bien au niveau des vertèbres. C’est peut-être musculaire.

Un mois plus tard

Maman, j’ai mal à la tête, j’ai mal à la tête, j’ai mal à la tête.
Calme-toi !
Mais j’ai mal, maman ! J’ai très mal. J’ai même envie de vomir.
Ah oui ? Mais ça ne te fait pas ça d’habitude.
Non, mais là j’ai vraiment mal et j’ai envie de vomir, je voudrais que ça passe. J’en ai marre !
Je sais, on va aller voir un médecin. Un médecin chinois.
D’accord…

Le lendemain, sur le chemin pour aller voir le fameux médecin, les nausées ont repris.

Chez le médecin chinois :
Racontez-moi ce qu’il vous arrive.
Ça fait 2 ans que j’ai ces maux de tête. Ce ne sont pas des migraines. J’ai toujours une barre frontale, j’ai mal aux yeux, j’ai les muscles du cou toujours très crispés. Je suis allée voir deux médecins et un ophtalmo, ça ne vient pas de mes yeux. Apparemment, c’est du stress.
Très bien, allongez-vous, je vais voir ce que je peux faire.

La consultation était différente, plus chère, non remboursée par la sécu. Il n’y a pas eu de verdict et pas de suite non plus.

Mai 2000

Maman ? J’ai mal à la tête, encore…
Bon, je connais ce médecin. C’est un acuponcteur, il va peut-être pouvoir t’aider.

Chez l’acuponcteur :
Bien, vous êtes déjà allé chez un acuponcteur ?
Non. Je suis allée voir un ophtalmo, deux généralistes et un médecin chinois, ça n’a jamais marché.
Alors je vous explique. C’est le même principe que les massages chinois, sauf qu’on fait ça avec des aiguilles. C’est-à-dire qu’on utilise les mêmes points que la médecine chinoise, mais au lieu de les masser, on met des aiguilles.
Ça fait mal ?
On sent en général un léger picotement au moment où je mets l’aiguille, mais après, vous ne sentez rien.
Très bien. Alors les symptômes sont : j’ai une barre frontale, j’ai très mal aux yeux, j’ai les yeux très fatigués, je ne supporte pas la lumière. J’ai les muscles du cou toujours très crispés. J’ai toujours besoin qu’on me fasse des massages pour que ça aille mieux. En général, un massage, un médicament et une bonne nuit de sommeil, c’est le meilleur remède que j’ai trouvé jusque-là !
Très bien, commençons. Mettez-vous en sous-vêtements et allongez-vous là.

Les séances ont duré à peu près un mois. Les maux de tête n’ont pas disparu et n’ont pas diminué. Mais c’était un peu comme une séance de psy de salon.
Les aiguilles enfoncées un peu partout dans le corps, l’acuponcteur et la jeune fille discutaient de ces choses du passé lointain et du passé récent qui peut-être, auraient éventuellement pu être les causes des maux de tête.

Mai 2001

Maman, j’ai mal à la tête.
C’est souvent en ce moment ?
Oui, tous les jours presque.
Ca va à la fac ?
Bof, j’aime bien les cours mais j’ai pas beaucoup d’amis. J’aime pas trop les gens qu’il y a là-bas.
Bon, mais tu as des copains quand même ? Tes copains du lycée.
Oui, mais j’ai quand même mal à la tête. Pour la première fois de ma vie aujourd’hui, je suis sortie de cours à cause de ça. J’ai toujours voulu faire ça au lycée, mais je n’ai jamais pu. Là, c’était pendant un amphi, la prof criait dons son micro, ça résonnait trop dans ma tête. C’était trop dur.
Tu as toujours mal aux yeux ?
Oui.
Tu devrais peut-être retourner voir un opthalmo.
Mais je suis déjà allé voir un ophtalmo maman ! Il a dit que ça ne venait pas de là.
Un deuxième avis ne peut pas faire de mal.

Chez l’opthalmo :
Pourquoi venez-vous me voir mademoiselle ?
En fait je viens vous voir pour des maux de tête. Je suis déjà allé voir un ophtalmo, deux généralistes, un acuponcteur, j’ai même fait appel à la médecine chinoise et j’ai toujours mal à la tête.
Ce sont des migraines ?
Non, les médecins m’ont tous dit que ce n’étaient pas des migraines mais des céphalées. Et en fait, j’ai très mal aux yeux quand j’ai mal à la tête. J’ai les yeux très fatigués et je ne supporte pas la lumière. Alors je me demandais si ça ne venait pas de là. Je suis déjà allé voir un ophtalmo quand j’avais à peu près 15 ans, mais il n’a rien trouvé.
Très bien.
Bon, mettez votre menton là, regardez la lumière. Suivez mon doigt. Mettez ces lunettes, lisez les lettres sur le tableau au fond de la pièce. Très bien. Mademoiselle, vos maux de tête ne viennent absolument pas de vos yeux. Par contre, vous êtes myope !
Ah bon ?
Oui, peut-être que vous avez ces maux de tête car vos yeux travaillent trop pour pouvoir voir ce qu’il y a au loin.
Mais… quand j’avais 15 ans et mal à la tête tous les jours, ma vue était parfaite…
C’est 30 euros s’il vous plaît.


Mai 2002

Maman, j’ai mal à la tête.
Ma pauvre, je sais que tu as mal à la tête. Les médicaments ne te font rien ?
Non. J’ai besoin d’un massage, et de dormir.
Alors va dormir.
Mais il est 16h !
Tu veux aller voir un médecin ?
Je suis déjà aller voir une tonne de médecin maman. Peut-être que c’est une tumeur au cerveau. Ou un cancer du crâne ! Ou alors je vais devenir aveugle. Peut-être que ça fait des années qu’il y a trop de sang dans mon cerveau…
Calme-toi !
On peut pas aller voir un spécialiste, faire un scanner, un IRM, quelque chose comme ça ?
Non, je ne pense pas que ce soit si grave.

Mai 2003

Maman, j’ai mal à la tête.
Encore ? Tu as mal à la tête souvent en ce moment ?
Oui, presque tous les jours.
Et même le week-end, ou quand tu es en vacances ?
C’est dur à dire. Tu sais, depuis le temps que j’ai ces maux de tête, je n’ai jamais rien trouvé de régulier. On m’a demandé si ça arrivait pendant mes règles, on m’a demandé si c’était plus fréquent quand il faisait chaud, si ça disparaissait quand j’étais en vacances… C’est tout et rien à la fois ! On m’a suggéré de porter mes lunettes pour que mes yeux travaillent moins, ça ne change rien. On m’a dit de faire du sport… et quand je m’y mets, j’ai quand même mal à la tête. Je mets du froid sur mon front, du chaud sur mon cou, je dors, ça ne passe pas. Je ne peux plus rien faire quand j’ai mal à la tête ! C’est comme si j’étais devenu complètement invalide maman…
Calme-toi !. On va retourner voir le médecin chinois, tu en penses quoi ?
Peu importe, je veux juste que ça passe.

Chez le médecin chinois :
Alors, racontez-moi ce qu’il vous arrive.
Je suis déjà venu vous voir il y a longtemps pour des maux de tête, une fois. En plus, je suis allée voir deux ophtalmos, deux généralistes, un acuponcteur et ça n’a jamais rien fait…
Rappelez-moi ce qu’il vous arrive exactement.
J’ai des douleurs, c’est comme une barre frontale. J’ai les yeux très fatigués, je ne supporte pas la lumière. J’ai les muscles du cou crispés.
Et le bruit ? Vous supportez le bruit.
Pas très bien, non. Mais je supporte plus le bruit que la lumière.
Très bien, commençons. Je vous explique un peu les bases de la médecine chinoise, même si vous n’y comprendrez rien.
Ah bon ?
Oui, « La médecine chinoise constitue un système de soins enraciné dans la philosophie taoïste née il y a environ cinq mille ans. On considère l’homme comme un petit univers et donc on le considère de façon globale : le corps, l’esprit et le psychique. Il y a deux composantes : le Yin et le Yang. Ce sont deux forces opposées et complémentaires qui ne peuvent vivre l’une sans l’autre. Ils doivent tout le temps être en équilibre (…) Tout ça forme un tout animé par une énergie qu’on appelle le « Qi » qui circule dans des trajets précis, les méridiens. » Vous avez compris ?
Non.
C’est normal. Commençons.
Aïe, ça fait mal !
Oui, ça veut dire qu’on traite le mal. À mon avis, ça vient du foie.
C’est vrai que quand je mange, j’ai moins mal. Mais dès que j’ai fini de manger, le mal revient.
C’est normal, ça vient du foie, donc quand vous mangez, votre foie est tout content et il s’agite !
Ah… Vous savez, parfois j’ai tellement mal que je pleure !
Bon, revenez me voir dans deux semaines. On a besoin de temps pour traiter ça.

Les séances ont duré 8 mois, 60 euros non remboursés par la sécu une fois tous les 15 jours. Mais ce fut plutôt efficace. Les maux de tête n’ont pas disparu mais ont diminué.
C’était un peu comme chez l’acuponcteur, mais en plus approfondi. Les massages faisaient très mal. On aurait également pu associer ces séances à une thérapie de psy de salon. À force de parler de tout, de rien, de l’enfance, des envies, des peurs, des joies, des peines, une relation de confiance s’est établie. C’était toujours agréable de rester une heure allongée à se faire torturer quelques points inattendus et qu’on ne savait pas existant. Tout comme chez l’acuponcteur, le passé a refait surface et le médecin ne travaillait plus que sur les maux de tête, mais sur ces douleurs passées comme étant peut-être la cause du mal d’aujourd’hui.



Mai 2004

Allô Maman ? J’ai mal à la tête.
Ca ne se passe pas bien ton stage en Angleterre ?
Si, très bien. Mais j’ai mal à la tête maman. Ma tête ne tient plus toute seule sur mes épaules.
Mais si ! Ressaisis-toi, prends des médicaments, va faire un peu de sport.
Peut-être que les médecins anglais ont une technique autre ?
Je ne pense pas, mais tu peux toujours aller en voir un si tu veux.

Chez le médecin anglais :
J’ai des maux de tête constants depuis des années. J’ai une barre frontale, j’ai mal aux yeux, j’ai les yeux très fatigués, je ne supporte pas la lumière, j’ai les muscles du cou très crispés, j’ai l’impression que ma tête ne tient pas toute seule…
Je crois que je ne peux rien faire pour vous mademoiselle, mais je vous donne l’adresse d’un spécialiste aux Etats-Unis si vous voulez. Il est très reconnu dans sa spécialité.
C’est quoi sa spécialité ?
La neurochirurgie !
???
Oui, vous pouvez aller le voir aux Etats-Unis, il vous auscultera, fera un diagnostic, éventuellement fera une intervention et tout ira mieux !
J’ai besoin d’une intervention ?
Peut-être pas.
Alors je vais aux Etats-Unis pour peut-être ne pas avoir une intervention chirurgicale ?
Oui mademoiselle.
Très bien, merci docteur, Au revoir !

Mai 2005

Maman, j’ai mal à la tête ! J’en ai marre, je vais voir qui comme médecin maintenant ? Certains généralistes m’avaient suggéré d’aller voir un kiné.
Tu n’as qu’à retourner voir un généraliste pour qu’il te donne le nom de quelqu’un.

Finalement, ce fut un ostéopathe.

Chez l’ostéopathe :
Bonjour mademoiselle, vous êtes déjà allé voir un ostéopathe ?
Non, j’ai vu des généralistes, des ophtalmo, un acuponcteur et un médecin chinois !
Et ça fait combien de temps que vous avez ces maux de tête ?
8 ans.
Ah quand même. Et vous faites quoi dans la vie ?
Je travaille dans l’hôtellerie.
Ah, alors c’est peut-être une question de posture ou de mode de vie.
La posture, peut-être, mais j’ai le droit de m’asseoir. Et le mode de vie, ça m’étonnerait, parce que depuis que j’ai ces maux de tête j’ai vécu au collège, au lycée, à la fac, dans une école d’hôtellerie, chez mes parents et seule en Angleterre. Mon mode de vie a changé tellement de fois et les maux de tête ont toujours été là.
Bon, alors je vais vous débloquer certains nœuds et puis je vous conseille d’aller voir un orthoptiste.
C’est quoi un orthoptiste ?
C’est quelqu’un qui étudie les défauts de la motilité de l’œil et de la vision binoculaire et less traite par la rééducation.
Très bien. Donc je vais voir cet orthoptiste et je continue les séances chez vous ?
Tout à fait.

Chez l’orthoptiste :
Vous venez me voir pourquoi ?
Des maux de tête. Ce sont des céphalées en fait, m’a expliqué un médecin un jour. J’ai une barre frontale et j’ai toujours très mal aux yeux. C’est ma mère qui m’a dit d’aller voir un généraliste qui m’a dit d’aller voir un ostéopathe qui m’a dit d’aller voir un orthoptiste.
D’accord, alors on va vérifier si vous avez un problème de convergence et si oui, on le traitera par rééducation. Vous savez comment ça marche ?
Non, pas du tout.
Alors en fait on a ces petites machines dans lesquelles il y a des images et on vous fait regarder les images et dire si le lion est en dehors de la cage ou dans la cage, ça vous dit quelque chose ?
Vaguement oui. C’est quoi la convergence ?
C’est la vergence positive d’un système optique centré. Ça s’oppose à la divergence.
D’accord.
Bon, commençons le diagnostic. Mettez votre menton là et dites-moi si vos voyez le lion dans la cage.

Les séances chez l’ostéo ont duré six mois et n’ont rien donné.

Les séances chez l’orthoptiste ont duré un mois et demi et d’après lui, le problème de convergence a été réglé.
Mais les maux de tête sont restés, parfois plus fort que jamais, parfois très légers.

Entre temps, le prontalgine est arrivé. Un médicament à la codéine très efficace.

Mai 2006

J’ai mal à la tête !!!! J’ai tellement mal à la tête… J’ai tout essayé… Je suis sûre que ça vient des yeux, j’ai tellement mal aux yeux. Je vais retourner voir cet opthalmo que j’ai vu quand j’avais 15 ans, on ne sait jamais.

Chez l’opthalmo :
Bonjour monsieur, je viens vous voir parce que j’ai des maux de tête.
Des migraines ?
Non, des céphalées.
Les céphalées sont des migraines mademoiselle. Il y a plusieurs types de céphalées et les migraines en font partie.
Ah bon ? On m’a toujours dit l’inverse… Je me demande si ça ne vient pas des yeux parce que j’ai très mal aux yeux. Je porte des lunettes pour la myopie mais ça ne m’aide pas. D’ailleurs, ça me gêne de mettre mes lunettes quand j’ai mal à la tête.
Bon, mettez votre menton là, regardez la lumière. Suivez mon doigt. Mettez ces lunettes, lisez les lettres sur le tableau au fond de la pièce. Très bien. Mademoiselle, vos maux de tête ne viennent absolument pas de vos yeux. Par contre, votre myopie s’est aggravée, vous avez besoin de nouveaux verres.
D’accord. Mais je ne comprends pas ? Pourquoi j’ai ces maux de tête ? C’est grave ?
Je ne peux malheureusement pas vous aider. Ça fait 80 euros s’il vous plaît.
Pendant que la jeune fille rédige son chèque, le docteur remarque que la jeune fille ne cesse de faire des mouvements de la nuque, comme si elle avait besoin de faire craquer ses muscles.
Pourquoi vous faites des mouvements de cou tout le temps ?
Ah, j’ai souvent mal aux muscles du cou. Surtout quand j’ai mal à la tête.
C’est peut-être alors une question de posture. Vous vous tenez mal, donc vous avez mal au cou, donc vous avez mal à la tête, et non l’inverse.
Oui, ça paraît très logique. Et ça se soigne comment ?
Il faut simplement faire attention à se tenir droit et se faire masser.
Ah c’est aussi simple que ça ? Se tenir droit ? Et se faire masser ?
Oui.
Merci docteur.

Mai 2007

J’ai mal à la tête.
Encore ?
Oui, ça fait trois jours de suite.
Mais qu’est ce qui te donne mal à la tête ? Le stress ?
Je ne sais pas. Les éléments déclencheurs sont : trop dormir, et j’adore dormir, la chaleur, et je suis frileuse, trop de fumée de cigarette, et j’aime bien fumer de temps en temps, un excès de sucre et de chocolat, et je suis très gourmande. Aller au cinéma, et j’adore le grand écran ! Mais là, je ne comprends pas pourquoi j’ai tout le temps mal à la tête.
Ton mode de vie peut-être ?
Mon mode de vie a changé plusieurs fois en 9 ans et ça fait 9 ans que j’ai mal à la tête ! J’ai peut-être une mauvaise alimentation, je dors trop, et je ne fais pas beaucoup de sport. Peut-être que tout ça pourrait me soulager, mais je doute que ça en soit la cause.
Et en ce moment, tu fais quoi pour essayer de savoir d’où ça vient ou de les faire cesser ?
Une psychothérapie. Et si ça ne marche pas, il me reste le kiné, le scanner, les spécialistes, l’irm, et aussi l’hypnotiseur et les sorciers d’Afrique… Après il faudra tester les médecines douces, les médecines parallèles, que sais-je encore ?. Pfff… j’ai mal à la tête.
Tu pourrais essayer la thérapie par le rire sinon. Et puisque tu écris bien, tu peux toujours essayer d’écrire l’histoire drôle d’une jeune fille qui a mal à la tête.

par Sarah publié dans : En dehors de tout
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Lundi 9 juillet 2007
Ecrire pour exister, pour se libérer,
pour s'évader,
Ecrire pour s'exprimer, pour respirer
ou pour oublier.

Ecrire ses cauchemars, tard le soir
dans le noir.
Ecrire quand y en a marre, sans espoir
ou assis dans un bar.

Ecrire pour fuir, pour nuir,
pour réussir.
Ecrire pour se faire plaisir, pour sourire
ou pour rire.

Ecrire avec son coeur, de ses erreurs
de ses frayeurs.
Ecrire en pleurs, ses malheurs
ou ses douleurs.

Ecrire des broutilles et des pacotilles,
avec sa famille.
Ecrire le parfum de la vanille, un jeu de quilles
ou un jeu de billes.

Ecrire pour se sentir bien.
Ecrire et se sentir sain.
Ecrire en vain.
Ecrire pour rien.
par Sarah publié dans : Autour des mots
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Samedi 7 juillet 2007
Nous sommes le 12 juin 2007.

Vous vous souvenez de ce que vous avez fait il y a 6 ans ?

Mon souvenir à moi de cette date est très clair et limpide dans ma mémoire.

Ça commence en fait le 11 juin 2001.
J’avais 17 ans. C’était un lundi. Mon réveil a dû sonner aux alentours de 6h50. J’ai enfilé un pantalon noir, un pull blanc, mes baskets adidas toutes noires dont j’étais très fière à l’époque (je les ai encore !) et j’ai mis mes lunettes de soleil en guise de serre-tête.

Je ne sais plus comment je suis allée au lycée, mais j’y suis allée l’estomac noué, ça c’est sûr.

Ce jour-là, je passais mon bac.
À commencer par la philo bien sûr. Et en tant qu’élève de terminale L, c’était très important pour moi.

Je me souviens avoir attendu au milieu d’une foule de lycéens excités et angoissés. J’étais au moins un peu rassurée d’être dans le même lycée où j’avais passé les trois années précédentes. J’avais au moins ce repère-là.

J’ai une image grise et rose. Le gris du bitum, le rose des couloirs du bâtiment D. C’est au bâtiment D que je passais toutes mes épreuves.
Je suis montée et j’ai pris place à la table qui m’était destinée.

Il y avait des caméramans, filmant sûrement comme chaque année, ces quelques milliers de bacheliers à la première heure de l’examen qui est censé changer une vie.
On m’a dit quelques jours plus tard que j’étais passée à LCI. La personne m’avait reconnu car j’avais mes lunettes de soleil sur la tête en guise de serre-tête.

Et puis le sujet est tombé.
« La question qui suis-je amène-t-elle une réponse exacte ? »
J’ai trouvé le sujet très intéressant.
J’aimais beaucoup mes cours de philo, et j’étais bien la seule des 33 élèves de ma classe. J’étais inspirée, j’ai mentionné Descartes avec son « je pense donc je suis ». J’ai rédigé le classique thèse, antithèse, synthèse.
J’ai su un mois plus tard que ça m’avait valu un 14/20.

Et puis, avant que les quatre heures réglementaires ne se soient écoulées, je suis sortie, rassurée.
Le plus dur était passé. Même si j’avais encore des épreuves toute la semaine et un oral d’italien quelques jours plus tard.
Et contrairement à mes camarades qui passaient un bac S, j’avais l’après-midi de libre.

J’ai attendu mes amis, nous avons discuté du sujet et de nos réponses. Le sujet n’était pas le même selon la filière, certains ont pris le commentaire de texte car ils étaient persuadés que c’était plus facile (ce que mon professeur d’histoire démentait tous les jours !)
Je suis resté au lycée pour manger à la cantine avec eux.

Et puis j’ai pris le bus pour rentrer chez moi.
Il faisait beau, j’ai marché pendant 10 minutes jusqu’à l’arrêt de bus.
Je suis montée dans le bus, seule, pensant aux épreuves suivantes.
Quelques minutes avant que le bus n’arrive à l’arrêt où je descendais, je me suis dirigé vers la porte de sortie.
Le bus s’est arrêté pour laisser passer une voiture qui venait de la droite.
J’étais derrière les portes de sortie, seule, la tête baissée, juste en face de la librairie de quartier.

J’ai levé la tête doucement et j’ai croisé le regard d’un jeune homme que je n’avais encore jamais vu.
Il m’a fait un sourire de prince.
Je le lui ai rendu.
Le bus a continué son chemin, je suis descendu, pensant jusqu’à ce que je me replonge dans les révisions bachelières à ce sourire volé.

Le lendemain, 12 juin 2001, c’était l’anniversaire de V.
Il passait son bac lui aussi. Un bac technologique. Il s’intéressait aussi beaucoup à la philosophie et je l’aimais en particulier pour ça.

Cela faisait trois mois que je préparais son cadeau d’anniversaire.
Il fêtait ses 19 ans et même si ça ne veut rien dire, je l’aimais tellement que je voulais lui offrir quelque chose d’exceptionnel.

J’avais déjà fait agrandir une photo de notre voyage au carnaval de Venise, sur le son de la bande originale du fabuleux destin d’Amélie Poulain que nous avions vu ensemble quelques mois plus tôt.

Mais pour moi, ce n’était qu’un prologue.
Depuis trois mois j’écrivais des textes sur moi, sur ce que j’aimais, sur ce que je vivais, parlant indifféremment à la première ou à la troisième personne du singulier. Et je coupais ces textes par des lettres d’amour directement adressées à V.
Il m’avait dit que pour son anniversaire, il voulait « mille fois moi ».

Lui offrir mes mots était la seule manière.

Le 12 juin, je n’avais pas d’épreuves le matin.
Je passais l’épreuve de lettres et l’épreuve de mathématiques l’après-midi. Épreuves courtes qui ne me faisaient pas vraiment peur.
Sûrement parce que ce jour-là, ce n’était plus le bac, c’était l’anniversaire de V.

Nous nous sommes retrouvés vers midi, dans les jardins attenants au lycée.
Nous avons partagé un sandwich et un doux moment fleurit au soleil.

Il m’a accompagné jusqu’en haut des 144 marches d’escaliers qui mènent au lycée, il m’a souhaité bon courage en me serrant fort dans ses bras.
Je lui tendis un baiser et un carnet choisi avec soin, dans lequel se trouvaient tous les textes de ma plume, écrit spécialement pour lui, par lui, grâce à lui.

Je passais l’après-midi à résoudre l’équation de Tristan et Iseut et à savoir quelle était la probabilité qu’une histoire d’amour de jeunes gens de 18 ans dure pour la vie.

Je rentrais donc chez moi assez satisfaite.
En prenant le bus, je vis à nouveau au loin en passant devant la librairie ce jeune libraire au sourire timide. Lui ne me vit pas.

Le soir même, une fois chez moi et reposée des épreuves de la journée, je pris mon téléphone et appela V.

Il répondit et me dit :
« Waow, Ma Sarah… C’est magnifique ton cadeau, personne ne m’a jamais fait un cadeau comme ça. »
Il en avait le souffle coupé.
Il avait trouvé mes textes magnifiques.
Il avait surtout trouvé l’idée excellente.

C’était la première fois que je sortais ma plume des quatre murs de ma chambre.

C’était mon 12 juin 2001.
Un anniversaire, une découverte, deux épreuves de bac. Le sourire d’un autre homme.
L’année suivante, je n’étais plus avec V. Et j’ai passé les quatre années suivantes à me rappeler de ce qu’il s’était passé le 12 juin de l’année précédente.

Aujourd’hui, j’ai tout oublié à part quelques souvenirs assez flous.

Mais je ne pourrai jamais oublier que le 12 juin, c’est l’anniversaire de V.
par Sarah publié dans : Souvenirs
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Samedi 7 juillet 2007

Camille traversait le hall de l’hôtel afin d’aller dire bonjour à tous ses collègues.
Elle faisait le même chemin tous les soirs et elle finissait par détester cette ronde que ses prédécesseurs s’étaient amusés à appeler « la ronde du bonjour ».
Mais elle le faisait quand même car même si elle en avait marre de ce boulot, même si ça ne lui apportait plus rien, même si le fait de travailler la nuit ne lui faisait que du mal et même si elle avait un poste à responsabilité qu’elle avait toujours rêvée d’avoir et qu’elle rêvait maintenant de fuir, elle était sérieuse et effectuait toutes les tâches qui lui incombaient.

Elle commençait par la cuisine.
Elle détestait cet endroit plus que la cafeteria moisie du sous-sol, sans lumière qui n’offrait que des plats sans goûts et du café qui ressemblait à l’eau des égouts.
Elle détestait la cuisine car tout le monde courait partout, tout le monde criait, tout le monde avait chaud, tout le monde transpirait.
Et elle arrivait parmi eux, juste pour leur dire « bonjour » alors qu’elle ne connaissait même pas le prénom de la plupart d’entre eux et que ça lui importait peu.
Les cris et cette ambiance typique de cuisine était ponctuée de quelques plats dont on ne pouvait que sentir l’odeur, de tables de room-service prêtes à être montées en chambres où les couleurs faisaient frétiller ses papilles.
Voilà pourquoi elle détestait cet endroit plus que la cafét moisie où au moins, c’était vide et calme.

Après, il fallait passer par le restaurant.
Ca la dérangeait moins, elle retrouvait les clients, qui se fichaient pas mal d’elle à vrai dire, qui passait par là comme un fantôme, faisant un signe de la main ou de la tête pour dire bonjour à ses collègues qui tout sourire devant, criaient derrière à peine quelques secondes auparavant.
Elle regardait rapidement chaque table, et rendait un sourire au client si leurs regards se croisaient, mais ça arrivait très rarement.
En général, ils étaient plongés dans leur assiette, dans leur conversation ou dans leur vin et oubliaient presque le sommelier qui attendait l’accord du chef de table pour servir les dames dont le verre vide attendait goulûment qu’on lui versât son vin.

Après sa visite furtive au travers du restaurant illuminé de bougies et de mets délicats, elle allait rapidement ouvrir la porte du bar et passait simplement sa tête pour dire bonjour, à nouveau.
« Salut Camille, ça va ? »
La musique emplissait le bar, la fumée de cigare et l’odeur de whisky se voulant plus fort que le son des notes provenant du piano présent uniquement pour le plaisir des clients qui à cette heure-là, avait bien d’autres soucis que de s’oublier dans la musique.

Voilà, Camille avait fait le tour, ayant déjà dit bonjour aux gouvernantes avant même d’avoir pris son poste car leur bureau était juste à côté de la porte d’entrée de service. Elle avait, bien sûr, déjà dit bonjour à ses collègues de la réception puisqu’elle était allée poser ses affaires, vérifier l’état de l’hôtel, prendre les consignes… Et en même temps, elle avait fait un signe de tête au concierge qui se tenait droit et accueillant derrière sa loge de l’autre côté du hall.

Camille n’avait plus qu’à aller fermer les portes des salles de réunions qui étaient restées ouvertes, et dire bonjour à Sid qui l’accompagnerait toute la nuit durant et qui se trouvait à l’air frais de la rue piétonne, prêt à accueillir les clients qui arrivaient gaiement à l’hôtel par cette belle nuit de printemps.
Comme tous les jours, Camille avait mal à la tête.
Comme tous les jours, Camille en avait marre et se demandait si elle n’allait pas être malade le lendemain soir.
Comme tous les jours, la conscience de Camille ne le lui permettait pas.

Comme tous les jours, elle continuait son chemin en essayant de ne pas trop réfléchir.

Elle croisa un ou deux clients dans le hall, qu’elle salua avec son plus beau sourire et se rendit à son poste.

Elle passa à côté de la porte des toilettes clients et bouscula alors quelqu’un.
Elle ne s’était même pas rendu compte que la porte s’était ouverte et qu’un jeune homme en était sorti.
Elle ne pensait qu’à sa tête de plus en plus lourde, qu’à ce boulot de moins en moins épanouissant.

Elle reprit tout de suite ses esprits et s’excusa le plus poliment possible.
Sauf qu’en levant les yeux vers cette personne, son cœur s’arrêta net.
Elle avait rêvé de cet homme la nuit passée.

Elle avait rêvé qu’elle grimpait dans son lit, qu’il la prenait dans ses bras, qu’il l’embrassait tendrement.
Elle avait rêvé qu’elle lui avait dit toute la vérité.
Elle avait rêvé qu’il l’avait emmenée à la nage sur une île mystérieuse en Inde.
Elle avait rêvé qu’il chantait pour elle.
Elle avait rêvé qu’il était amoureux d’elle.

Elle vit ces images défilées devant ses yeux à toute vitesse et lui, Gaspard W., était là, debout, droit, souriant, devant elle, les yeux brillants.
Attendait-il une autre excuse ?
Après tout, c’était une star maintenant. Et elle, elle était responsable de cet hôtel. Elle devait agir avec lui en toute discrétion, lui montrer qu’elle le reconnaissait tout en restant calme, lui sourire et le traiter comme n’importe quel client.
C’est-à-dire avec du respect, le sourire, de l’attention et de la disponibilité.

Camille reprit ses esprits à nouveau :
« -Veuillez m’excuser à nouveau, je ne vous avais pas vu. Ravie de vous avoir parmi nous.
- Je vous en prie mademoiselle »

Et Gaspard W. continua son chemin.
Pour Camille, ces quelques secondes lui parurent une éternité. Elle avait l’impression que Gaspard W. était telle une statue, devant elle, les yeux fixés à l’intérieur des siens, perçant son âme jusqu’au bout de ses rêves.

Elle continua également son chemin en sens inverse, toute émoustillée par une rencontre si inattendue.
Elle se retourna une dernière fois.
Il s’était retourné aussi, il lui avait souri. C’était un sourire amusé. Il avait l’air sûr de lui. Et elle venait de se dévoiler toute entière, toute transparente, devant Gaspard W.
Un homme de son âge, à vrai dire.
Un homme connu tout simplement.
Un homme qui chante et qui danse et qui parcourt les scènes de la France pour chanter des chansons que Camille n’aime pas.
Mais lui, Gaspard W., lui et son sourire, lui et son charme, lui et ses lunettes, lui et ses cheveux, lui et son style, lui et son corps frêle et fin qui devient habité d’un démon envoûtant quand il chante et qu’il danse, lui, elle l’aimait.

Elle respira profondément avant de retrouver ses collègues :

« -Vous savez que Gaspard W. est dans l’hôtel ?
- C’est qui lui ? demanda Bernard
- C’est un chanteur français ! répondit Annabelle. J’adore ce qu’il fait ! Oui, je crois qu’il ne fait que dîner au restaurant. »

Camille continua son travail en ne pensant qu’à ce moment où elle l’a bousculé, ce moment où il la regardait et où ses yeux lui chantaient « I will alaways love you ».
Elle se faisait des idées, elle se faisaient des films.
Mais elle avait senti ça.
Et elle voulait le garder car c’est tout ce qu’il y avait de bien dans cet hôtel. Non pas rencontrer des stars, car il n’était de loin pas le premier qu’elle croisait dans les couloirs. Et elle en avait vu d’autres bien plus connus et plus appréciés, mais il était une étincelle, une étoile dans son cœur à elle.

Elle essaya de paraître normale aux yeux de Bernard et Annabelle, ce qui ne lui fut pas très difficile car au fond, ils n’étaient pas grands amis et ne se connaissaient pas si bien que ça.

Quelques heures plus tard, Bernard et Annabelle rentrèrent chez eux, le concierge aussi.
La cuisine s’était vidée de ses toques blanches et de ses mets préparés avec soin entre les cris.
Au restaurant, il ne restait plus qu’une table.

Camille n’avait pas pu voir si c’était celle de Gaspard W. Elle n’avait pu le demander à personne, elle avait autre chose à faire et elle ne voulait pas paraître celle qui attend la star que seule la moitié de l’hôtel connaît.

Elle savait qu’elle avait rêvé de lui. Elle savait qu’elle s’était imaginé un conte de fée en quelques secondes.
Elle savait qu’elle n’avait aucun espoir de le revoir. Elle savait qu’il ne fallait pas qu’elle le cherche.
Elle savait qu’elle devait se contenter d’un rêve.
Ca lui ferait déjà passer la nuit plus facilement que les précédentes et les prochaines à venir.

Il était 1h du matin. Le restaurant de l’hôtel avait éteint ses lumières.
Il ne restait plus que Camille et son fidèle compagnon de nuit, Sid, et le staff du bar.
Camille avait presque oublié les secondes magiques qu’elle avait vécu quelques heures plus tôt.

Elle avait beaucoup de travail, l’hôtel était complet, le téléphone n’arrêtait pas de sonner. Il fallait s’occuper de tout et de tout le monde.
A 1h du matin, elle n’en pouvait plus.
Elle avait envie de crier, de pleurer, de courir de rage en dehors de ce foutu hôtel, et par la porte d’entrée principale ! en jetant son uniforme par terre.
Elle avait envie de tout abandonner. Elle était furieuse. Ses collègues lui avaient laissé plus de travail que d’habitude, les clients étaient mécontents, le téléphone sonnait sans cesse.

A 1h du matin, elle sentit la présence de quelqu’un devant elle, de l’autre côté de la réception. Elle était au téléphone, très concentrée sur l’écran de son ordinateur, faisant tous les efforts du monde pour comprendre son interlocuteur qui parlait un anglais très imparfait à l’autre bout du monde alors que la connexion était très mauvaise.
Elle leva les yeux quand elle senti cette personne arriver simplement pour montrer à ce client qu’elle est là pour lui, qu’elle l’a vu, qu’elle allait s’occuper de lui quelques instants plus tard.

Elle leva donc les yeux de son ordinateur rapidement et le voilà, lui, Gaspard W. dont elle avait rêvé la nuit passée, qu’elle avait bousculée quelques heurs auparavant, à qui elle avait raconté son rêve avec ses yeux.

Elle ne lâcha pas le téléphone mais elle n’écoutait plus son interlocuteur.
Elle était restée bouche bée, ce qui était le contraire de l’attitude correcte à avoir en face d’un client, qui plus est de quelqu’un de connu qui vient dans un hôtel pour se reposer et être loin des fans qui se jettent sur eux sans raison aucune.

« Ello, ello ?? »
disait la voix dans le combiné.

« Yes, sir, excuse but i couldn’t hear you for a few minutes… »

Elle vit Gaspard W. sourire de malice en entendant ce mensonge si simple et très souvent utilisé.
Elle lui rendit son sourire avec ses yeux tout aussi plein de malice.

Elle réussit à terminer son coup de téléphone et avec un grand sourire dit à Gaspard W. :

« What can I do for you sir ? »

Gaspard W. rit alors de bon cœur et lui dit :

« Vous pouvez commencer à me parler français ! »

Camille devint toute rouge et se confondit en excuse alors qu’elle faisait cette erreur au moins 10 fois par jour.
Elle parlait tout le temps anglais et quand par hasard un client français se présentait devant elle, c’était tout naturel de rester dans cette langue qu’elle maîtrisait si bien et grâce à laquelle elle arrivait le mieux à exprimer ses sentiments.

« - Il vous reste des chambres pour ce soir ?
- Malheureusement non. Nous sommes complet ce soir, mais je peux vous indiquer un autre hôtel à seulement 10 minutes à pied. Je peux les appeler si vous…
- Ce n’est pas la peine, interrompit-il. »

Ils restèrent silencieux quelques instants.
Camille était gênée.
Gaspard W. se tenait devant elle, la fixant dans les yeux. Camille avait l’impression qu’il voulait quelque chose sans savoir quoi, ou sans oser le demander.
Elle avait envie qu’il passe sa main par dessus la réception pour prendre la sienne.

Son cœur battait et elle se sentait devenir rouge. Et lui, il restait blanc, rose plutôt, calme, serein, frêle toujours.

« - Est ce que je peux boire un verre ici ? demanda-t-il en désignant le canapé dans la hall de l’hôtel, juste en face de la réception.
- Oui, bien sûr. Que désirez-vous ?
- Un coca, je crois que j’ai déjà un peu trop bu pour ce soir…
- Très bien, mon collègue vous apporte ça tout de suite »

Camille appela ses collègues du bar.

Gaspard W. resta sur le canapé à siroter son coca, les yeux dans le vide. Regardant à droite à gauche, devant lui, derrière lui, autour de lui.
Camille avait l’impression que ses mains tremblaient un peu.
Il avait toujours cet air d’avoir envie de quelque chose sans savoir vraiment quoi.

Elle partit dans le « back office » faire ce qu’elle avait à faire.
Sid la rejoignit quelques minutes plus tard. Il connaissait Gaspard W. et détestait sa musique et il commencèrent alors à en parler.

« - Moi non plus je n’aime pas ce qu’il fait, dit Camille, mais il y a quelque chose chez lui…
- Tu le trouves beau ? demanda Sid d’un air un peu dégoûté
- Non. Pas du tout. Je trouve qu’il dégage quelque chose. En vrai je veux dire. J’ai vu certains de ses clips vidéos et oui, quand il danse y a un truc. »

Sid partit faire son travail et Camille resta assise, pensive, sans rien faire.
Elle dû rester ainsi plus de 10 minutes quand elle entendit un petit « excusez-moi ? » d’une voix toute douce.

Elle se leva à toute vitesse en disant « oui ? » pour montrer au client qui cherchait quelqu’un qu’elle était là.

C’était à nouveau Gaspard W.
Il était 2h du matin.
Le bar avait fermé ses portes.
Il était resté une heure à siroter son coca.

Si Camille n’avait pas eu ces émotions pour lui, elle aurait trouvé ça bizarre et lui aurait demandé de partir.

« - Vous savez où je peux sortir à cette heure-là ? »

Camille avait l’habitude de cette question et même en pleine semaine, elle connaissait tous les bars du quartier qui étaient encore ouverts.
Et il y en avait peu !
« - Et si vous veniez avec moi ? »

Ce n’était pas la première fois que Camille se faisait draguer par un client mais là, c’était différent.
Elle n’eut pas le temps de répondre que son téléphone sonna.

Elle du s’absenter quelques instants.
Quand elle revint, il était assis à la même place où il avait siroté son coca d’un air absent pendant une heure.
Il était au téléphone et ne la vit pas.

Elle resta dans un coin discrètement et elle l’observa.
Il avait le style d’une star. Il avait l’apparence d’une star. Il parlait fort au téléphone. Il convenait d’un rendez-vous apparemment.
Il était habillé comme une star.
Mais quand Camille chercha plus profondément, elle vit dans ses yeux, derrière ses lunettes, et sur les traits de son visage, sous son chapeau, quelqu’un de vrai.
Quelqu’un de sensible.
Quelqu’un d’amoureux.

Il raccrocha et lorsqu’il s’aperçut que Camille le scrutait avec attention, ses yeux se mirent à s’écarquiller, comme pour la laisser le transpercer.
Ses lèvres esquissèrent un sourire hors du commun. Un sourire vrai. Un sourire d’homme. Un sourire de prince charmant presque.

Elle se dirigea vers lui :

« - J’accepterais volontiers votre proposition mais je ne peux pas quitter mon poste. Je suis en train de travailler, vous comprenez ?
- Vous finissez à quelle heure ?
- 8h. »

Gaspard W. regarda alors sa montre, il n’était même pas 3h.
Elle anticipa :

« - Vous ne pouvez pas rester ici si vous ne consommez pas, je suis désolée. »

Gaspard W. se leva d’un bond. Il était beaucoup plus grand que Camille, et très mince. A première vue, elle n’aimait pas les garçons comme ça mais il dégageait quelque chose d’autre.

Il lui caressa la joue et lui dit :

« à demain matin alors, »

et il l’embrassa tendrement sur la joue.

Camille se sentit fondre. Tout simplement. Elle aurait voulu s’étaler par terre. Elle aurait voulu le rattraper par le bras et l’embrasser fougueusement.
Elle aurait voulu lui dire « reste avec moi, chante et danse »
Mais il était déjà parti.
La fin de la nuit fut une atrocité pour Camille.
Il ne se passait plus rien. Tout le monde dormait, tout le monde était rentré, tout allait bien.
Elle n’avait plus rien à faire qu’à penser à cet homme magique.
Un homme ?
On aurait dit un garçon. Ils avaient le même âge, ça elle le savait.
Il était frêle et timide mais en même temps tellement sûr de lui !

Elle passa la nuit à se torturer l’esprit en se demandant ce que voulait dire ce « A demain matin »

Elle le su bien assez vite.

A 8h30, elle était dans la rue, fatiguée, accueillant la fraîcheur du matin sur son visage durci par la dure nuit qu’elle venait de passer.
Elle ne travaillait pas le soir même et elle avait envie de plonger dans ce vent frais. Elle avait envie de sentir l’odeur de la mer, elle avait envie de marcher dans du sable fin.
Elle avait envie de ciel bleu et de soleil.
Elle ne voulait pas voir Paris. Elle ne voulait pas rentrer chez elle.
Elle voulait s’oublier.

« Acceptez-vous toujours ma proposition ? »

Camille sursauta.
Gaspard W. était là. Il avait surgi de nul part. Il était habillé différemment de la veille, beaucoup plus simplement. Il avait l’air frais comme le vent. Il avait sûrement du rentrer chez lui et dormir. Il sentait l’eau de cologne, le savon, l’après-rasage, pourtant il n’était pas rasé.
Ses dents étaient blanches.
Il portait une chemise blanche avec un jean. Elle pouvait apercevoir le haut de son torse.
Elle l’observa, plissant les yeux, avec l’envie de les fermer complètement et de se laisser transporter par lui, Gaspard W.

Il attendit patiemment qu’elle lui réponde :

« Non, boire un verre je n’accepte pas. Mais j’irai bien volontiers à la mer… »

Gaspard W. haussa les sourcils. Il avait l’air bien surpris mais il avait l’air d’être d’accord puisqu’il lui demanda à quelle mer elle souhaitait aller.

« Je m’en fous. La mer, le sable, la plage, du vent. Ailleurs quoi. »

Il la conduisit en Normandie, tout simplement. Ils n’échangèrent pas un mot dans la voiture, Camille avait fermé les yeux quelques secondes et s’était endormie.

Elle se fit réveiller par le doux baiser de lèvres tendres sur les siennes.
Elle sentit son cœur battre à toute vitesse. Elle se laissa embrasser et regarda autour d’elle : elle ne voyait que la mer et le ciel bleu et le sable pas très blanc à vrai dire.
Ils étaient à l’intérieur de la voiture mais elle pouvait voir le vent.
La fenêtre de la voiture était ouverte et le celui-ci s’amusait avec les cheveux très noirs de Gaspard. Camille lui rendit son baiser, et elle le fit fougueusement.
Elle vivait son rêve à nouveau.

Quand leur étreinte se termina, ils ne dirent mot.
Camille sortit de la voiture au bout de longues minutes de silence. Elle alla marcher pieds nus sur le sable.
Gaspard était sorti de la voiture aussi mais il ne la suivait pas, il la regardait, tendrement.

Elle s’amusait avec le sable, avec le vent. Elle était heureuse et avait envie de se jeter à la mer.
Ce qu’elle fit.
Gaspard la rejoignit à ce moment-là, tout habillé il se jeta à l’eau et attrapa Camille qui se laissait noyer et se laisser laver par l’eau de mer et les algues qui lui chatouillaient les pieds.

Gaspard W. garda Camille tout près de lui et la regarda avidement, comme s’il ne voulait pas perdre une seconde d’elle :

« - Je m’appelle Camille au fait.
- Je sais.
- Comment ?
- C’était écrit sur ton badge ! Moi, je m’appelle Gaspard.
- Je sais.
- Je sais que tu sais. »


Ils nagèrent encore un peu dans le bonheur et puis allèrent s’allonger sur le sable, main dans la main.

« - Tu as réalisé ton rêve toi, Gaspard ? Celui d’être chanteur ?
- En quelque sorte oui.
- Pourquoi en quelque sorte ? C’est parce que tu n’es pas une star internationale ?
- Non, ce n’est pas pour ça. Je n’ai pas besoin d’être Michaël Jackson et de rater ma vie.
- Alors c’est quoi ?
- Et toi, tu as réalisé ton rêve Camille ?
- Non, moi je voudrais écrire des livres tout le temps, je voudrais vivre à Paris avec la mer à portée de main, dans une maison de verre au milieu des bois, avec un chien de couleur sable. Je voudrais être mère de jumeaux, je voudrais être une femme qui aime son mari et que son mari aime. Je voudrais être libre. Je voudrais aimer mon boulot, je voudrais aimer ma vie. Je voudrais m’aimer. Voilà mon rêve. Je n’en ai pas réalisé la moitié.
- Alors tu peux me comprendre.
- Ah oui ? Mais toi tu es connu, tu as ce que tu voulais, tu chantes, tu danses, des milliers de gens t’aiment. Tu peux partir à la mer quand tu veux, tu peux t’acheter une maison
- C’est vrai. Mais les gens ne m’aiment pas pour qui je suis car ils ne me connaissent pas. Et partir à la mer seul et acheter une maison seul juste parce que j’en ai les moyens, ça ne m’intéresse pas.
- C’est quoi ton rêve alors ?
- Mon rêve, c’est que tu m’aimes comme tu m’as aimé pendant cette seconde où tu as posé les yeux sur moi la première fois. »

Camille ne répondit pas à cela.
C’était trop beau pour y croire. Un homme ne rêve pas de conte de fée. Un homme rêve de filles et d’argent, pas de princesse et de royaume très lointain.

Camille se leva et prit Gaspard par la main.

« vient, on va marcher ».

Ils marchèrent le long de la plage en silence, croisant seulement une âme ou deux qui couraient avec leur chien sur la plage.

Il était midi passé, le soleil tapait fort, Camille avait faim.

« J’ai rêvé de toi l’autre nuit. Et puis le soir même je t’ai bousculé. Je n’aime pas tes chansons. Mais je t’aime toi. Alors je peux réaliser ton rêve. Moi j’ai besoin et envie de vivre dans un conte de fée. J’ai besoin d’amour, j’ai besoin de magie, j’ai besoin de la mer et de la forêt et du soleil, mais j’ai besoin de Paris aussi. J’ai besoin de livres, j’ai besoin d’écrire. Mais j’ai besoin de mes amis aussi. J’ai besoin de voyager. J’ai besoin qu’on m’aime. J’ai besoin que tu m’aimes comme tu m’as aimé dans mon rêve. »

Quelques mois plus tard, Gaspard W. sortit une chanson inattendue qui fit tout de suite un carton, ça s’appelait : « le monde de Camille ».
par Sarah publié dans : Rêves
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Samedi 7 juillet 2007

Je ne sais pas si je t’écris pour me défaire de toi ou pour me rapprocher de toi.

Je ne sais même pas par où commencer.
Je devrais probablement commencer en te disant « Je crois que je t’aime ». Comme ça, avec ces mots-là.
Parce que la première fois que tu m’as dit que tu m’aimais, c’était ainsi. Je rectifie. La première fois que tu m’as écris que tu m’aimais.
Car ces mots là « je crois que je t’aime » était bel et bien écrit noir sur blanc, suivi d’un « bonne nuit » sur l’écran de mon téléphone portable.
Tu m’as dit plus tard que c’était plus difficile d’écrire que de dire. Le soir même, tu me le disais.
Pour toi, c’est plus difficile car il faut réfléchir, tu as peut-être hésité avant d’appuyer sur le bouton « envoyer » de ton téléphone. Alors qu’en face à face, notre cerveau nous joue parfois des tours et une fois que les mots sont dits, ils sont là.
Quand tu les écris, une fois envoyé, ils sont bel et bien là et un seul clic suffit à les effacer et à les oublier.
Mais quand tu les écris, je ne peux pas voir la vérité dans tes yeux.

Moi, ce soir-là, j’étais seule au fond de mon lit. Il était tard et j’ai crié et pleuré et ri. De joie, de peine, de colère, de rage même.
Tu me dis que tu m’aimes, enfin que tu crois que tu m’aimes alors que je suis avec quelqu’un d’autre. Alors que toi et moi on a commencé notre relation plus d’un an auparavant. Tu me dis ça le jour où tu sais que cet autre m’offre tout ce que tu ne peux pas m’offrir.
Tu me dis ces mots le jour où tu sais que je ne reviendrai probablement pas.
J’ai à la fois envie de te répondre que moi aussi je t’aime, que c’est trop tard pour me dire ça, j’ai envie de t’engueuler même et de te dire que ce n’est pas vrai, tu ne m’aimes pas.

Je n’ai jamais douté que tu m’aimais. Je n’ai juste jamais su comment. Est-ce que ce « je crois que je t’aime » était synonyme de « je suis amoureux de toi » ?

Même aujourd’hui je ne sais pas répondre à cette question.

Comme à toutes les questions nous concernant d’ailleurs.

********

Ce soir tu n’es pas là Tu es quelque part dans le sud de la France. Je ne sais pas où exactement, ni avec qui.
Ça fait 5 jours que tu es parti.
Ça fait 5 jours que tu m’envoies des sms.
Un « gros bisous », un « il fait beau je vais nager », un « bon courage pour le boulot », un « difficile de t’envoyer des sms car je ne capte pas », un « je capte alors j’en profite pour t’envoyer des gros bisous » et en réponse à mon « tu me manques » un « je reviens vite ».

Pris comme ça, hors conteste, ce sont des sms d’amoureux non ?

Avant que tu partes on s’est vu quatre fois.
La première fois on s’est retrouvé au Concorde Lafayette, au bar, un endroit très riche en souvenir pour nous.
Tu te souviens ?

La toute première fois qu’on est allé là-bas… Cette soirée restera gravée dans ma mémoire à vie je crois.
On s’était donné rendez-vous à 23h, une fois que j’avais terminé le travail. Tu es arrivé en retard car je croyais arriver en retard.
On a ri, on a regardé la vue de Paris s’étalant sous nos pieds, je t’ai raconté toutes mes aventures amoureuses et sexuelles. On était tout près l’un de l’autre, serrés l’un contre l’autre, ta main caressant la mienne.
Et puis ton bras autour de mon épaule, ton bras autour de mes jambes ; Tu as dit « je suis très content qu’on se revoit comme ça. Qu’on soit passé d’une relation ado adulte à une relation adulte adulte ».
Et là nos lèvres se sont rencontrées pour la première fois. Nos langues aussi.

Et puis je t’ai ramené chez toi et tu as dit « surtout, tu ne dis rien à tes parents. »

On s’est retrouvé une nouvelle fois au bar du Concorde Lafayette quelques mois plus tard. Nos lèvres s’étaient alors rencontrées à maintes reprises, nous avions déjà passé plusieurs nuits ensemble. Où allions-nous ? Aucune idée. Nul part probablement.

Et puis on avait très envie de faire l’amour.
Mais on ne pouvait pas aller chez toi car tu hébergeais un copain. On ne pouvait pas aller chez moi, bien sûr, j’habitais encore chez mes parents.
Il y avait bien ta voiture en bas, mais tu n’en avais pas trop envie…

On a passé la soirée à s’exciter quand je t’ai dit « mais on est dans un hôtel ! ». Tu m’as souri avec beaucoup de complicité et de malice, on est descendu à la réception pour savoir s’ils leur restaient des chambres et surtout à combien…
Tu as accepté de payer une chambre à 169 euros… Le petit-déjeuner n’était pas compris. Il était 2h du matin, à 8h30 le lendemain matin, nous devions tous les deux partir.

On a fait l’amour dans la chambre 511 avec vue sur la tour Eiffel. Et tu m’as dit que j’étais très sensuelle, comme tu me l’avais déjà dit souvent et tu m’as également dit que j’étais un « bon coup ».
Quelqu’un d’autre aurai pu être offensée, moi j’étais ravie ! J’avais alors 21 ans, toi 35 et tu trouvais que j’étais un bon coup !

On a pris un bain ensemble, on a commandé les petits-déjeuners au lit.
Le room service nous a réveillé à 8h du matin.

On est descendu une demi-heure plus tard à la réception pour régler le reste. C’était un dimanche matin. La réceptionniste nous a demandé si on voulait laisser des bagages en consignes…
Ça nous a fait rire et sourire. Des bagages ? Non, monsieur habite à 2 stations de métro et mademoiselle est chez elle en 20 minutes en voiture…

Et puis on a bien dû retourner une fois ou deux prendre un verre là-haut, simplement, comme une « cantine » comme tu dis.

La dernière fois, c’était il y a un mois, un vendredi.


Ça faisait plus de trois mois qu’on ne s’était pas vus, pas parlé, pas écrit. Pas un seul mail, pas un seul sms. Rien du tout.
Je t’avais dit adieu, tu avais accepté et on pensait ne plus jamais se revoir.
J’avais tout dit à ma mère, je ne savais pas ce que tu en pensais mais c’était fait et ça voulait dire adieu.

J’étais triste, très triste et je t’ai appelé.
Tu as d’abord cru que je m’étais trompé de numéro mais quand tu as entendu ma petite voix sur ton répondeur tu m’as tout de suite renvoyé un sms me disant « tu avais une petite voix, ça ne va pas ? »

Ah le sms. J’avais oublié que c’était notre seul moyen de communication ou presque.
Depuis un mois, dès que mon téléphone fait « bip bip » « vous avez un message reçu », je souris car je sais que c’est toi.

Ce soir-là, je t’ai répondu le plus simplement du monde : « non ».
Tu m’as demandé ce qu’il se passait. Je t’ai répondu que mon copain m’avait quitté. Celui pour lequel je t’avais quitté. Celui avec qui j’étais quand tu m’as dit que tu m’aimais. Celui pour qui je t’ai dit adieu une dernière fois.
Tu m’as répondu que tu étais en réunion et tu m’as demandé si je voulais que tu m’appelles en sortant.

J’ai paniqué.
C’était si gentil de ta part.
Je t’avais dit adieu trois mois auparavant et je ressurgis tout d’un coup, te disant que mon mec m’a quittée. Est-ce que tu t’es demandé pourquoi je te rappelais ?
Est-ce que tu as tout de suite su que ça voulait dire qu’on allait « se remettre » ensemble. Je mets ces mots entre guillemets car nous n’avons jamais réellement été ensemble n’est-ce-pas ?

Les deux premiers mois, après ce premier soir au Concorde Lafayette, après la grosse discussion qui s’en est suivi, après la première nuit chez toi, même si on n’était pas officiellement ensemble, on l’était officieusement. À tes yeux, à mes yeux, et aux yeux des rares personnes à qui j’ai osé le dire.

Après ça, nous n’étions plus ensemble.
J’allais dîner avec toi, je te faisais la bise pour te dire bonjour et toujours je t’embrassais pour te dire au revoir le lendemain matin.

J’allais te voir en ami mais toute la tendresse que je lisais dans tes yeux, toutes tes caresses sur mes mains et sur mes joues, tout ce que je ressentais pour toi, et peut-être ce que tu ressentais pour moi, était bien plus fort que la raison.

Alors tu m’envoyais des sms pleins d’amour, de tendresse et de bisous partout, tu me souhaitais bonne nuit virtuellement chaque fois que je n’étais pas à côté de toi, mais nous n’étions pas ensemble.

Alors, quand je t’ai rappelé après t’avoir dit adieu, qu’as-tu pensé ?
Tu m’as dit honnêtement que tu ne savais pas pourquoi tu étais venu. Je te crois sur parole car je ne sais pas pourquoi je t’ai appelé.

J’ai paniqué quand tu m’as proposé de m’appeler. Et puis je ne savais plus si j’avais envie de te voir.
On a décidé qu’on irait boire un verre, au Concorde Lafayette toujours.

Avant de partir je t’ai envoyé plusieurs sms te disant que j’avais peur, que je ne savais pas. Tu m’as répondu que je n’étais pas obligée de venir, que j’étais libre de repartir en te voyant et que tu ne m’en voudrais pas.

Mais comment fais-tu pour être si compréhensif dans cette histoire incompréhensible ? Cette histoire que tu as qualifiée toi-même d’amour impossible, le même soir où tu m’as dit que tu pensais m’aimer.

Je suis venue quand même.
Je ne sais pas ce qui m’a fait avancer. J’ai eu envie de reculer à chaque pas. J’ai aussi eu envie de courir en avant et d’arriver au plus vite pour me jeter dans tes bras.
J’ai eu peur, très peur.
Mais peur de quoi ?
Je te fais confiance les yeux fermés. Je sais que tu ne me feras pas de mal.
Mais moi, ce soir-là, j’étais mal, très mal. Vraiment mal.
Et toi, tu as été là pour moi.

Je t’ai vu de loin, je n’ai pas osé affronter ton regard quand j’ai vu que tu m’as vue arriver. J’ai souri en te voyant en costume noir et chemise blanche. Tu es si beau comme ça ! Même si je te préfère en chemise bleue car ça fait ressortir tes yeux.

On ne s’est pas fait la bise, on ne s’est pas embrassé.
Je me suis jetée dans tes bras, avec une folle envie de pleurer et de m’abandonner en toi. Tu as mis un bras autour de moi, l’autre est resté collé à ton torse, la main dans la poche, et tu m’as embrassé sur le crâne.

Tu m’as demandé si je voulais qu’on aille en haut boire un verre ou rester en bas. Je n’arrivais plus à parler, je n’arrivais à rien décider. J’avais tellement envie de pleurer. Mais ça non plus je n’y arrivais pas.

Tu as bien vu dans l’ascenseur que j’étais triste, tu m’as prise dans tes bras à nouveau.

Et tu as passé la soirée à faire en sorte que j’aille mieux. À me prendre dans tes bras, à m’embrasser délicatement, tendrement, amicalement presque sur la joue, pour me remonter le moral. Tu m’as demandé de sourire toutes les 10 minutes, puis toutes les 5 minutes, puis toutes les 2 minutes…
Tu m’as dit que pendant qu’on s’était « perdus de vue » tu étais avec quelqu’un mais qu’elle t’avait quitté quelques semaines plus tôt. Je t’avoue que ça m’a fait un pincement au cœur, surtout quand tu as dit « j’avais beaucoup d’affection pour elle ».
Tu m’as dit et répété que tu ne savais pas pourquoi tu étais là.
Quand je t’ai dit que je ne voulais pas dormir seule, tu m’as proposé de venir dormir chez toi pendant que tu dormirais sur le canapé.
J’ai refusé. « Ne pas dormir seule » était synonyme de « dormir dans les bras d’un homme », ce qui était synonyme de « dormir dans tes bras »
Je t’ai raconté la connerie que j’ai faite le soir où mon mec m’a quittée.
J’ai essayé de te raconter la rupture, de t’expliquer pourquoi il m’avait quitté, cet homme avec qui je pensais passer le reste de ma vie.

Je n’étais pas bien, j’étais triste, mais pendant un temps j’ai oublié cet état et je me suis rendue compte que à 13 ans comme à 17 ans, comme à 20, comme au restaurant, comme au lit, comme là, dans ce bar 33 étages au-dessus du sol, quand j’étais avec toi, j’étais bien.

Et puis j’ai eu une lueur de lucidité, je me suis rendue compte que le mec que j’aimais m’avais quittée, qu’être là avec toi était incompréhensible et j’ai voulu rentrer chez moi.
Mais j’avais peur, peur d’être toute seule à nouveau. Très peur.
Tu m’as fait des câlins à nouveau, des tonnes de câlins, des câlins qui m’ont fait du bien et j’ai fini par renter chez moi.

J’ai retrouvé avec sourire notre habitude de s’envoyer 10 sms à la suite après qu’on se soit quittés.
Moi, je crois que je t’ai remercié pour la soirée et toi, tu m’as dit « je crois que ça va prendre longtemps avant que je n’ai plus de sentiments pour toi ».

Un couteau dans le cœur,une flèche en plein dans le mile, un sourire jusqu’aux lèvres, un cœur brisé, de la rage à nouveau, un vrai plaisir, un pur bonheur ? Voilà ce que ces mots m’ont fait ressentir à ce moment-là.

Aujourd’hui, ils ne me font que plaisir et que sourire.

Ce soir-là, je crois que c’est une des rares fois où je suis rentrée chez moi et pas chez toi.

Mais après, on a passé plusieurs jours à s’envoyer des sms, encore.
Et j’avais envie de te voir, à nouveau, d’être avec toi, encore.

Alors on a dîné ensemble une première fois.
Je pensais rentrer chez moi.
Je suis montée chez toi pour regarder un film. Allongée sur ton lit, juste à côté de toi, nos épaules s’effleurant, se rapprochant.

Je ne me sentais toujours pas bien et tu l’as tout de suite vu. J’avais mal à la tête et tu m’as fait des massages, des tonnes de massage. Dès que tu finissais tu me demandais si j’en voulais encore.
Tu m’as massé le crâne, les épaules, le dos, les pieds… Tu ne m’as jamais autant massée que ce soir-là. Tu ne m’as jamais autant aimée que ce soir-là je crois.

Je me suis mise sous les draps, dans tes bras. Mais je ne voulais pas faire l’amour, je ne pouvais pas. Je n’y arrivais pas.
J’avais peur et je n’arrivais pas à respirer.
À un moment, je me suis même mise à pleurer. J’ai pleuré sans raison, comme un bébé, j’avais envie de crier et de taper sur l’oreiller. J’avais envie de pleurer le monde entier. Et toi, tu m’as prise dans tes bras, doucement, en faisant très attention et tu m’as dit « vas-y pleure ».
Je ne savais pas moi-même pourquoi je pleurais et toi, tu n’as pas cherché à comprendre.

Tes douces caresses ont pris le dessus et on a réussi à faire l’amour.
Je t’ai retrouvé à ce moment-là et je ne voulais plus te quitter.

Mais je t’ai dit tout l’inverse.
Je t’ai dit qu’il fallait qu’on arrête de se voir.
Non que je ne t’aime pas ou que tu me fasses du mal ou qu’on ne puisse pas être ensemble.
Je ne t’ai pas dit pourquoi d’ailleurs.

J’ai attendu d’être chez moi et je t’ai envoyé un mail car quoi que tu en dises, pour moi, écrire est beaucoup plus facile que dire.
Les mots coulent de source, j’ai toujours le sentiment que c’est ma main qui guide la plume et qui invente les mots plutôt que mon cerveau qui réfléchit.

Alors je t’ai dit que j’avais besoin de me construire et que pour ça, j’avais besoin d’être seule, vraiment seule, sans compagnon. Que j’avais besoin d’être seule dans mon appartement, que j’avais besoin de faire des projets seule, que j’avais besoin de trouver un autre job. Que j’avais besoin de faire ma vie toute seule pendant quelque temps pour être sûre que c’est vraiment de toi dont j’ai envie.
Parce qu’alors je ne savais pas si j’avais envie d’être avec toi pour toi ou pour ne pas être seule.

La solitude est si grande chez moi ce soir !
Je suis seule dans mon appartement.
J’ai fait mes projets de vacances seule.
Je cherche un job toute seule.
Tu n’es pas là.
Je suis seule et je me sens très seule ce soir.

Tu as compris ce que j’ai voulu te dire. Et tu m’as dit « si je pouvais avoir un dernier pur moment de tendresse avant que tu ne partes vivre ta vie, je l’accepterai avec plaisir ».

J’ai sauté sur l’occasion : j’allais te retrouver le soir même, place du Trocadéro, on allait passer une bonne soirée et j’allais dormir chez toi.

On s’est retrouvé et je t’ai embrassé pour te dire bonjour.
J’aurais aimé que ce baiser soit long et langoureux. Il fut bref et intense je crois.

On a beaucoup parlé ce soir-là.
Tu m’as dit que moi je t’avais simplement dit que je m’interdisais de t’aimer, et ça on se le disait à demi mot car se dire « je t’aime » était encore trop dur.
Je me suis dit que c’était faux. Peut-être que le soir où tu m’as envoyé ce sms je t’ai répondu qu’en effet, je me l’interdisais, mais je sais que dans un mail ou deux que je t’ai envoyé, je te l’ai écrit plus d’une fois.
Et toi, apparemment tu l’as oublié.

Tu m’as accusé d’être la reine du questionnement mais de ne pas beaucoup répondre aux questions. Alors que j’ai tendance à être sacrément plus transparente que toi.
Car il t’aura quand même fallu près de deux ans pour me dire que tu m’aimais.

Car c’est seulement ce soir-là que j’ai senti qu’enfin j’arrivais à voir derrière ce mur de plomb que tu avais érigé devant tes sentiments.

Je me souviens plus d’une fois dans les différents restaurants où tu m’emmenais essayer de percer quelque chose dans tes yeux, que je parle de tes sentiments ou de mes parents.
À chaque fois, je sentais que tu te braquais et moi qui avais l’habitude de lire tant de tendresse dans tes yeux si bleus, je ne lisais plus rien.

À deux reprises je t’ai demandé si ça ne t’embêtait pas que j’aie quelqu’un.
La première fois, ça faisait à peine 10 jours que j’étais avec le « quelqu’un ». C’était un mec de mon âge, un étudiant que j’avais rencontré pendant la soirée du nouvel an. Mais déjà à ce moment-là je savais que j’allais le quitter.
Pas le quitter pour toi mais juste parce que ça ne menait nul part.
Et puis je m’étais aussi rendue compte que j’étais incapable d’échanger plus que des baisers avec lui.

J’étais venue te voir. J’avais beau avoir quelqu’un, on était restés amis parce que c’était la « règle du jeu »..
On était dans le même restaurant que celui où on est allé la toute première fois où on s’était revu.
Sauf que ça avait changé de nom, de déco et de propriétaire sûrement.

C’était beaucoup plus classe, c’était vraiment très bon. J’étais aux anges avec la carte des desserts et j’ai succombé à un moelleux au chocolat et sa mini barbe à papa.
Tu m’as encore regardé de cette façon typique lorsque je mange mes desserts. Je crois que c’est dans ces moments-là que je te fais le plus craquer…

Ce soir-là, je t’ai annoncé difficilement que j’avais rencontré quelqu’un.
Tu n’as pas eu l’air de le prendre mal. Pour moi, tu n’as même pas eu de réaction. C’est comme si je t’avais dit que j’étais aller boire un verre avec un mec.
Peut-être que tu cachais très bien tes émotions à ce moment-là, ou peut-être ne les avais-je pas encore assez gratter pour réussir à les voir malgré le voile que tu mets devant.

J’avais mal à la tête, très mal à la tête.
Tu m’as proposé de me faire un massage.

J’ai accepté.
Nous sommes restés sur le canapé, mais j’étais entre tes jambes.
Tu me massais le dos et je pouvais sentir tes doigts effleurer le contour de mes seins.

Je n’ai aucune idée de comment s’est arrivé mais on s’est retrouvé dans ton lit en train de faire l’amour.
Et comme à notre habitude, on est allé prendre une douche ensemble après. On s’est savonné l’un l’autre, insistant sur les parties les plus sensibles du corps, peut-être prêt à recommencer.

Et c’est en sortant de la douche que je t’ai demandé si ça ne te dérangeait pas que j’ai un copain.

« Non, parce que je sais que je ne pourrais pas te rendre heureuse ».

Fair enough

Et puis j’ai quitté ce mec quelques jours plus tard et je suis revenue chez toi de nombreuses fois.

Je t’ai à nouveau quitté, si je peux employer ce terme, car nous n’étions pas vraiment ensemble, pour quelqu’un d’autre.

Quatre mois plus tard on s’est revu, au Trocadéro également.
Mon copain ne le savait pas bien sûr.
J’étais en jupe car je sortais du travail et je savais depuis longtemps que tu aimais me voir en jupe et que tu trouvais que ça m’allait très bien.

Nous sommes allés manger dans un restaurant sur la place du Trocadéro, je t’ai raconté ma vie au boulot, j’ai quitté la table pour la première fois depuis que je t’ai revu pour répondre à mon téléphone.
En temps normal, quand je suis avec toi, mon téléphone est coupé, dans mon sac et je ne m’en préoccupe pas.
Je suis avec toi et c’est tout.
Je t’ai d’ailleurs toi aussi vu refuser un appel une fois ou deux lorsque nous étions ensemble.
Là, je devais répondre car c’était mon copain. Et je ne voulais pas que tu entendes.

J’ai cru remarquer alors que je prenais mon verre pour boire une gorgée d’eau ton regard s’arrêter une demie seconde sur la bague que je portais à la main gauche.
Tu n’as rien dit mais j’ai vu ton corps s’arrêter de respirer un très court instant et tu as repris tes esprits.

La soirée a continué, nous sommes allés boire un verre un peu plus loin.
C’est ce soir-là que j’ai enfin pu te payer un verre, chose qui me tenait à cœur car tu m’as payé absolument tous les restaurants, tous les verres, tous les taxis et même toutes les chambres d’hôtels qu’on a pu partager.
Même si la seule raison qui fait que tu m’as permis de dépenser 15 euros pour toi était parce que ta carte ne fonctionnait pas…

Tu étais en face de moi et tu t’es approché de moi, pour m’embrasser.
Tu es resté à quelques centimètres de moi ainsi, je pouvais sentir ton souffle, tes lèvres immobiles à seulement quelques millimètres des miennes.
J’ai fait le reste du chemin et j’ai collé mes lèvres aux tiennes.
Tu m’as raccompagné en métro jusqu’à la gare Montparnasse et je t’ai demandé à nouveau si ça ne te faisait pas chier que j’ai quelqu’un.

« Si ça me fait chier. Mais je sais que je ne pourrais pas te rendre heureuse ».

J’étais assise sur tes genoux en attendant le métro, et puis dans les escalators pour rejoindre les trains de banlieue on s’est embrassé.
J’ai senti ta langue chercher la mienne et quand elle l’a trouvée, j’ai senti mon corps fondre et j’avais très envie de toi.
J’avais trop envie de toi.
Pourtant j’avais quelqu’un.
Quelqu’un que je pensais être bien car il m’offrait tout ce que tu ne m’offrais pas.

Il était en vacances.
Je ne lui ai pas dit que je t’avais vu.
Je lui ai dit seulement trois semaines après. Il est devenu fou, littéralement fou.

Ça ne m’a pas empêché d’aller te voir une semaine après.
Il faut croire que je savais déjà qui j’aimais le plus.

On s’est retrouvé à la défense pour manger.
Le restaurant où tu voulais aller était fermé alors on s’est retrouvé à manger au « Paname » et franchement, le service était aussi mauvais que ce qu’il y avait dans nos assiettes.
Mais quand je suis allée aux toilettes, mon téléphone m’a indiqué que j’avais un message reçu. C’était toi.
Toi qui me faisais des gros bisous virtuels car tu ne pouvais pas le faire en vrai.

Cette fois, pas de bêtise. Tu ne m’as pas embrassé, je n’ai pas cédé.
On est même aller boire un verre au Sofitel après et tu as cru que ça allait me déranger. Croyant que le fait de travailler dans un Sofitel me donnerait la hantise de ces endroits. Au contraire ! Je travaille tellement dur dans ces hôtels 4* que je suis toujours ravie de pouvoir passer de l’autre côté de la barrière.

Tu m’as raccompagné jusqu’à l’arrêt de tram et juste avant que je passe les tourniquets, tu m’as prise dans tes bras furtivement, tu m’as donné un baiser sur le crâne et tu m’as dit « tu me manques ».

Je n’ai rien répondu à ça, je suis partie en me retournant comme à chaque fois, pour te voir une dernière fois, car je ne savais pas quand j’allais te revoir.
Et je t’ai vu, fort mais triste, souriant mais triste.
Et je me félicitais d’avoir été capable de te voir sans te tomber dans les bras, sans que mes lèvres tombent sur les tiennes, sans que ma langue farfouille la tienne, sans que je me retrouve dans ton lit, sans que je me réveille à tes côtés.

Je crois que quelques jours plus tard, je te rappelais pour te voir et te dire qu’il fallait qu’on ne se voie plus jamais.
Même qu’on ne s’envoie plus jamais de sms.
Qu’on coupe les ponts définitivement.

On s’est retrouvé place des Ternes.
Tu avais ta chemise bleue.
On est allé boire un verre dans un bar avenue de Wagram. Nous étions déjà allé dans ce bar une fois, au mois de septembre, après notre dîner dans la brasserie « la lorraine ».
Pour moi, c’est ce soir-là que tout a commencé.
Ce soir-là où après t’avoir déposé à côté de chez toi tu m’as envoyé un sms la minute suivante me disant « j’ai passé une excellente soirée, prends soin de toi, bisous ».

C’est à ce moment-là que je me suis dit que ce n’était pas possible que toi tu t’intéresses à moi.
Parce que tu m’as connu quand j’avais 12 ans, quand j’avais des appareils dentaires, tu m’as connu quand j’étais amoureuse de tous les garçons qui passaient par là. Parce que tu avais déjà 30 ans passé quand j’ai passé mon bac et mon permis. Parce que tu connaissais ma vie amoureuse et sexuelle.
Mais comme me l’a dit justement une amie après, on ne s’était pas vu pendant 5 ans et quand on s’est revu, je n’étais plus une ado, mais une femme.
Une adulte, comme tu l’as si bien dit juste avant notre premier baiser.

Nous étions donc de retour dans ce bar fluo et je devais te dire qu’il fallait qu’on arrête de se voir.
Tu t’en doutais mais avant qu’on aborde le sujet, on a parlé de tout et de rien.
Et puis le sujet est venu sur la table et j’ai sûrement dû te poser mille et une questions restées sans réponse.
Je te disais qu’il fallait qu’on arrête de se voir mais j’étais incapable de prendre cette décision.
Je savais que c’était la bonne mais je ne pouvais pas me résoudre à le faire.

C’est toi bordel !
Je te connais et je t’aime depuis que j’ai 12 ans !
Malgré le fait que le fait que nos vies n’auraient jamais dû suivre le même chemin, j’étais là et c’était toi.
Alors comment pouvais-je prendre cette décision ?

Je ne pouvais pas même si je savais que c’était la seule chose à faire.
Je ne pouvais tout simplement pas.
Impossible, comme notre amour…

Alors toi, tu l’as fait à ma place.

Je t’ai demandé comment tu faisais pour prendre ça comme ça, pour être capable de prendre cette décision à ma place alors que tu étais le premier concerné.
Tu m’as dit que tu avais une certaine capacité à te détacher des choses.
Comme si tu pouvais t’évader de ton propre corps et regarder la situation comme un arbitre ou un médiateur.
Tu sais comme moi que la seule chose à faire pour que je sois heureuse ailleurs, c’est qu’on coupe tous les ponts qui nous lient. Et tu es capable de le dire et de le faire.
Moi, non.

J’ai insisté pour te ramener chez toi.

Devant la voiture, tu m’as embrassé. Tu m’as dit que j’allais te manquer. J’avais envie de rester là, dans tes bras, ma main dans la tienne, contre la voiture pour une éternité.

J’ai roulé jusque chez toi et je crois que nous n’avons dit mot dans la voiture.

Tu n’as cessé de m’embraser pour me dire au revoir.
Tu m’as dit et répété que tu aimais ma langue, comme si je ne le savais pas déjà…
Je ne voulais pas que ce baiser s’arrête.
Je voulais monter chez toi, et fondre en toi.

Tu m’embrassais encore et encore, ta main sur ma joue ne cessant de dire « aller, il faut que je m’en aille »
Mais tu ne voulais pas et je ne voulais pas mais il fallait.

Alors tu es descendu de la voiture.
Je voulais que tu rentres dans l’immeuble pour disparaître à jamais mais mes pieds refusaient d’appuyer sur les pédales. Et j’aurai pu rester là toute la nuit, en attendant de te voir sortir le lendemain matin.

J’ai roulé tout doucement, les yeux rivés sur le rétroviseur pour te voir, t’apercevoir, te garder encore un peu près de moi.

J’ai tourné à droite et j’ai t’ai perdu de vue. J’ai hésité à me garer et à te courir après.
J’ai fait le tour du pâté de maison pour revenir en sens inverse et rentrer chez moi. J’ai hésité à m’arrêter et à te courir après.

Je suis arrivée avenue Charles de Gaulle, prête à récupérer le périphérique et j’ai vu une place de libre, juste en face du bistrot Romain.
J’ai hésité à me garer brusquement et sans réfléchir, courir jusque chez toi, monter et faire l’amour avec toi une dernière fois.

Je ne pensais qu’à ça en roulant en direction de chez moi.
Je n’avais que cette envie : faire demi-tour, aller chez toi, dans ton lit, dans tes bras, te sentir en moi, te sentir près de moi, te garder près de moi. Être avec toi.
Voilà ce que je voulais ce soir-là et voilà ce que je veux ce soir.
Être avec toi.

Bien sûr, on s’est envoyé un ou deux sms. Je t’ai dit que j’avais hésité à faire demi-tour, tu m’as répondu « dommage, j’aurai bien aimé… »

Et j’ai gardé ce souvenir de toi, en plein milieu de ta rue, alors qu’il fait nuit, toi en costume noir et chemise bleue, toi dans mon rétroviseur, me faisant un signe de la main et un sourire triste qui suivait un soir où on s’était dit qu’on allait arrêter de se voir.
Cette image de toi dans mon rétroviseur est tellement présente que je crois que c’est arrivé plus d’une fois.
Je crois que c’est arrivé trois fois.
Et j’espère que ça n’arrivera plus jamais.

Lorsque je t’ai dit adieu il y a trois mois, je t’ai dit que ce n’était pas la première fois mais que j’espérais que ça soit la dernière.
On s’est revu, on a fait l’amour à nouveau, on est allé au restaurant, tu m’envoies des sms tous les jours, on parle de partir en week end et on parle même de partir faire le tour du monde. Je ne sais pas si ça veut dire qu’on s’est remis ensemble pour de vrai ou si ça veut juste dire qu’on va à nouveau profiter du bon temps qui nous est offert.

Mais cet adieu qui était le dernier peut rester le dernier.
Ce n’est pas parce que cet adieu là n’a pas duré qu’un autre doit suivre.

Alors ce que je t’avais écrit dans ce mail il y a quelques mois est valable aujourd’hui : cet adieu là était le dernier.

Plus jamais je ne veux te dire adieu.
Je veux être avec toi. Je veux vraiment être avec toi. Je veux que tu assumes cette relation. Je crois qu’on se fout de notre différence d’âge. Je crois que je me fous des choses qui rendent notre amour impossible.

Aujourd’hui, je veux être avec toi. Me promener dans Paris, aller au cinéma, aller au restaurant mais aussi manger chez toi ou chez moi. Je veux préparer à dîner pour toi quand tu rentres tard le soir du travail, je veux que tu me prépares un petit-déjeuner quand tu pars tôt et que je dors encore, j’aimerais qu’on soit ensemble tous les soirs à parler de livres, j’aimerais qu’on parte en week-end à la mer, j’aimerais qu’on parte en vacances ensemble…

J’aimerais que tu me montre à ton monde, à tes amis et à tes parents.
C’est vrai que là j’ai une appréhension quant à notre différence d’âge. Mais j’ai tout de même envie que tu me donnes cet amour dont j’ai besoin, que tu me donnes de l’affection, de la tendresse, de l’attention et de la sécurité.

Tu m’as dit « je t’aime » deux fois dans la même soirée. La première fois, tu l’as à peine murmuré et tu ne m’as même pas regardé. Et tu m’as dit que tu ne me le redirais pas, par principe.
Et puis tu me l’as dit une deuxième fois.

Moi j’ai besoin que tu me dises que tu m’aimes dès que tu le penses, dès que tu en as envie, dès que tu le sens.

Est-ce que tu es capable de me donner tout ça ?
Est-ce que c’est parce que tu es incapable de me donner ce dont j’ai besoin que tu qualifies notre amour d’impossible ou est ce à cause de mes parents ?

Est-ce un mélange des deux ?

Oui, je pose des questions encore et encore et elles restent sans réponse.

Même si je te les ai déjà toutes posées et que j’ai complètement oublié les réponses parce que je ne veux pas m’en souvenir.

************

Il y a tellement chose que je ne dis pas, tellement de choses à dire, tellement de sentiment qui fusent en moi et qui fusent sous ma plume.

Au fond, c’est vrai que toi aussi tu dois être aimanté à moi comme je suis aimantée à toi par une force qui nous est inconnue.
Et si c’était ça l’amour ?
Si c’était toi l’homme de ma vie ?

Après tout, je t’ai bien quitté plusieurs fois. Je t’ai même trompé Je t’ai carrément trahi !
Je t’ai quitté une première fois te disant que j’en avais marre de la situation. Ce qui était vrai. Mais j’ai tu le fait que j’avais rencontré quelqu’un qui m’avait déjà embrassé avidement quelques jours auparavant.
Puis j’ai rencontré cet autre mec et je l’ai trompé avec toi.
J’en ai rencontré un autre alors que j’avais décidé de me faire mes valises et de partir m’installer au Québec.
Quand je t’ai dit que j’allais partir tu m’as dit « tu vas me manquer ». Tu commençais à peine à me dire des choses comme ça alors. Nous n’étions déjà plus ensemble mais je passais beaucoup de nuits chez toi.
Tu m’envoyais des sms me demandant de venir en jupe. Tu m’invitais dans des restaurants de plus en plus chic, où on partageait des plateaux de fruits de mer et où tu te régalais me regardant me régaler de profiteroles au chocolat.
Et puis tu étais en vacances quand j’en ai embrassé un autre qui me promettait tout ce que tu ne me promettais pas. Je t’ai appelé te disant que je me prenais la tête. Tu as cru que c’était en rapport avec mon départ.
Je t’ai tout de suite dit que j’avais rencontré quelqu’un et que je ne partais plus.
J’ai passé les 4 mois suivants heureuse dans mon couple à t’envoyer des sms presque tous les soirs pour te dire bonne nuit. Je pouvais voir le Concorde Lafayette depuis ma chambre et dès que je sortais de chez moi, j’y jetais un œil, et ma tête se remplissait de toi, de toi, de toi.
Je prenais le périphérique pour me rendre chez mon copain, et mon cœur frissonnait dès que l’hôtel était à portée de vue et si je n’avais pas dû river mes yeux sur la route, je les aurai rivés sur cette tour me rappelant toi, toi et toi.
J’étais heureuse dans mon couple et je pensais sans cesse à toi. Je voulais te croiser dans la rue, dans le métro, en voiture.
Une fois, j’ai même marché de la Défense à la station de métro « les sablons » main dans la main avec mon copain. Je ne sais plus pourquoi on a fait ça mais j’ai pensé à toi tout du long. Je regardais partout et tout le monde. Je voulais te voir.
À la fois je voulais que tu me vois heureuse avec quelqu’un d’autre, à la fois je pensais que le seul moyen que j’avais de lâcher la main de celle de mon copain était de te croiser par hasard. Et de me rendre compte abruptement que c’est toi que j’aimais.

Et puis il y a eu le dîner au Trocadéro et celui de la défense. Mon copain est devenu fou et il m’a dit :
« soit tu me promets de ne plus jamais le voir et on reste ensemble, soit on se quitte ».

J’ai beaucoup pleuré, je pensais perdre quelqu’un d’important. Mais tu étais, tu es, plus important.

Et je t’ai très vite envoyé un sms pour te dire que j’étais de nouveau célibataire, et je suis très vite revenue chez toi.

Et là les choses ont changé.
Je suis partie de chez mes parents.
Tu es venu dormir chez moi.
Je suis allé dormir chez toi presque tous les soirs en sortant du boulot. J’avais laissé mon démaquillant et une brosse à dents. J’avais pris l’habitude de rester quand tu partais travailler tôt le matin.

Tu m’envoyais des sms encore plus amoureux que d’habitude, même si ce terme n’était jamais abordé.

Et pendant ce temps, j’avais craqué sur quelqu’un.
Mais je continuais d’être avec toi alors que je pensais vouloir être avec lui.

J’ai fait une pendaison de crémaillère à laquelle tu n’étais pas conviée car c’est tout simplement le genre de choses qu’on ne fait pas toi et moi.
Toi et moi c’est toi et moi.
Il n’y a jamais eu personne d’autres à part les serveurs des restaurants où on va tout le temps. Le reste du monde pour nous, ce sont des personnages secondaires, des figurants, n’est ce pas ? Et les personnages secondaires ne sont souvent que des noms : ma sœur, mes parents, tes amis, tes collègues.
Ils n’existent pas autrement pour nous.

Alors pourquoi t’aurais-je invité à ma pendaison de crémaillère ? Toi qui a 36 ans, moi à peine 23 ?
Pourquoi t’aurais-je invité quand mon frère serait là ?
Pourquoi t’aurais-je invité quand le mec pour qui j’avais craqué serait là ?

Il était là et il est resté une fois que tout le monde est parti.

Il est resté et j’ai couché avec lui.
Il savait que j’avais une histoire avec toi.
Mais toi et moi, nous n’étions pas ensemble donc je ne faisais rien de mal.

Je suis retournée chez toi après et par demi mot j’ai essayé de savoir si ça allait te faire du mal de savoir ça.
Je n’ai jamais pu le savoir.
Mais je te l’ai dit une fois, dans un mail. Un mail où je t’ai raconté absolument tout ce que j’avais fait. Tu n’as jamais relevé. Tu ne m’as jamais dit si ça te faisait mal ou si tu t’en foutais parce que c’était la « règle du jeu ».

La règle mise en place dans un café banal place saint-Michel.
C’était le surlendemain de notre premier baiser.
Un premier baiser qui a amené beaucoup de questions, de prise de tête et cette discussion : va-t-on continuer sachant qu’on ne pourra jamais être officiellement ensemble ou reprendra-t-on ces dîners en tête à tête une fois de temps en temps quand on a tous les deux envie de plus ?
Pour dire la vérité, ce soir-là au Concorde Lafayette, je ne savais pas si je voulais plus ou pas. Mais j’avais eu toute la journée du lendemain pour y réfléchir et une fois place saint-Michel j’étais déterminée : c’était toi donc oui, je voulais plus.

C’est comme ça que nous sommes devenus des « amis plus »
Et puis les choses se sont faites naturellement et nous étions ensemble.

Beaucoup de personne de mon entourage pensait que ce n’était que pour le cul. Je crois que seul toi et moi comprenons qu’il y a bien plus que ça.

Mais moi je veux encore plus.
Je veux être avec toi.
Je veux que nous soyons un couple.
Un couple qui subit des épreuves, surmonte des obstacles, passe des étapes petit à petit.

Oui, je te vois comme le père de mes enfants.
Non, pas tout de suite.
Oui, j’aimerais habiter avec toi et que tous mes livres soient à côté des tiens. Entremêlés aux tiens même, ne sachant plus quel livre est à qui. Retrouvant deux fois les mêmes livres dans notre bibliothèque parce qu’on lit la même chose, parce qu’on aime tous les deux les photos de Robert Doisneau, parce qu’on aime tous les deux Paul Auster, Fitzgerald et Italo Calvino.
Non, je ne veux pas ça tout de suite.

Et personne ne sait de quoi demain sera fait.
Peut-être que si on essayait vraiment on se rendrait compte qu’on n’est pas du tout faits l’un pour l’autre et alors se quitter deviendrait aussi facile que de quitter tous ceux que j’ai quittés pour toi.
Mais j’aimerais que toi aussi tu aies envie de ça.
Et j’aimerais essayer.

Mes parents ?
Mes parents ne sont pas dans cette relation.
Mes parents ne m’empêcheront pas d’être heureuse.
Et j’espère bien que mes parents ne t’empêcheront pas d’être heureux non plus.

Après tout, ma mère sait déjà ce qu’il s’est passé entre toi et moi.
Tu existais en tant que « le mec de Neuilly »…Stéphane…

Ça, je crois que ce fut ma pire trahison.

Peut-être que j’ai couché avec un autre.
Peut-être que j’en ai rencontré encore un autre. Et même si lui était l’homme de ma vie, même si je t’ai dit adieu pour lui et que pour la première fois j’ai tenu parole et je me suis sentie fraîche et légère, tu étais encore présent dans mes sms reçus.
Et même si je suis venue te voir un jour, cinq minutes seulement et que nos lèvres se sont effleurées, même si à la suite de ça je savais et j’ai toujours su que je voulais faire ma vie avec lui, ma pire trahison fut de tout raconter à ma mère.

Tu m’avais dit de ne pas le dire à mon frère. Tu voulais le protéger.
J’ai essayé de tenir parole mais au bout d’un moment, je lui ai tout dit.
Il a eu un léger choc c’est vrai. Il m’a demandé quel âge tu avais maintenant. Mais après, il se faisait du souci pour sa petite sœur à cause de la tournure que la relation prenait. Pas à cause de toi.
Tu m’as dit de ne pas le dire à mes parents.
C’était la règle du jeu.

La règle du jeu : mentir à mes parents, leur cacher la vérité, ne rien leur dire absolument. Ne pas être ensemble officiellement, jamais. Et si tout ça s’arrête, rester amis.
Rester amis.
Ne pas perdre le contact.

Comment peut-on rester amis après tout ce qu’on a vécu ?

Tu seras toujours bien plus qu’un ami, et tu ne seras plus jamais un « ami plus ».

La première fois que je t’ai quitté, tu m’as dit « tant qu’on continue de se voir » Parce qu’a priori, la vie aurait dû séparer nos chemins et ne jamais les recroiser.



Ils se sont croisés à nouveau car je t’ai envoyé un mail quand j’avais 16 ans. Je ne me souviens plus de ce que je t’ai dit mais je sais que je n’ai jamais autant dévoilé ce que je ressentais pour toi qu’à ce moment là.
C’était une adresse email au hasard, tu ne la consultais déjà pas beaucoup à l’époque où tu étais présent dans ma vie d’adolescente.

Mais tu as vu et lu le mail et je me souviens que ta réponse commençait par « je vais prendre mon plus beau clavier pour te répondre »
Tu avais été très touché par le fond mais la forme te déplaisait car je n’avais pas dit « bonjour, comment ça va ? »

S’ensuivait une longue correspondance virtuelle de cinq ans.
Jusqu’à ce qu’on se revoie.

Pendant ce temps, tu vivais ta vie, tu déménageais, tu avais deux jobs, ta copine t’a quittée mais tu ne m’en disais rien.
Pendant ce temps, je vivais ma vie, mes premières expériences, je passais mon bac, mon permis, je décidais de mon orientation, je pensais à l’avenir, je vivais mes premières déceptions amoureuses, je partais vivre à l’étranger. Je te racontais tout.

C’est vrai, à part ma naïveté, qu’est ce qui fait qu’on est resté en contact ?

La vie a séparé nos chemins et j’ai tout fait pour qu’ils se retrouvent et qu’une partie en soit tracée sur la même ligne.

Et aujourd’hui, enfin il y a bientôt deux ans, tu trouvais ça stupide que nos chemins se séparent à nouveau pour une simple histoire de cul quand rien n’aurait dû nous rapprocher.

Je te vois grimacer aux mots « une simple histoire de cul ».

Je te revois très bien le jour où je t’ai demandé ce que tu dirais à ma mère si tu la croisais dans la rue et où tu m’as répondu « je lui dirai bonjour. Tu voudrais que je lui dise quoi : salut je baise ta fille ? »

Je n’ai pu retenir une grimace moi aussi et tu m’as dit « tu sais très bien que ce n’est pas ça ».

Oui, moi je sais qu’entre toi et moi il n’y a pas que le sexe.
Mais s’il n’y a pas que le sexe, s’il y a de l’amour aussi, pourquoi on n’est pas ensemble ?

********

J’ai encore des tonnes de choses à dire.
Je revois le jour où tu as compris tout seul que j’avais rencontré quelqu’un encore et que c’est comme si tu avais tout de suite, et comme moi, que lui c’était le bon.

Je te revois mettre ta main sur ma nuque le soir où nous sommes allés dîner à la brasserie la lorraine. Tu faisais ce geste-là déjà quand j’étais adolescente. C’était ta marque d’affection en même temps que ton regard si tendre et si affectueux. Probablement la seule chose que tu ne peux pas vraiment contrôler.

Je revois la semaine dernière quand pour se dire bonjour, tu m’as fait trois petits smacks en me disant que tu me faisais la bise. M’embrasses-tu ou me fais-tu la bise ?

Je te revois il y a deux semaines regarder ma main dans la tienne, me caresser doucement et me dire avec un grand sourire que tu es en train de penser au boulot et que tu te dis que tu aimes vraiment ton boulot.

Je te revois me dire le soir même que tu ne m’en voulais pas d’avoir tout dit à ma mère, que tu comprenais que j’avais besoin de faire ça et que c’était vraiment la fin et que tu pensais honnêtement qu’on ne se reverrait jamais.

Mais je revois aussi cette fois au mois de novembre dernier, peu avant que je te « quitte » à nouveau pour un autre, où je suis partie toute triste de chez toi à 10h du matin car ton père devait venir chez toi.
Tu m’avais envoyé un sms me disant que tu n’aimais pas quand j’étais toute triste comme ça.
J’étais triste et très énervée contre toi car je n’avais pas ce que je voulais, car je trouvais ça ridicule de devoir partir.
Tu m’avais dit « ce n’est pas comme si tu ne savais pas ». Oui, un an plutôt, dans ce café place saint-Michel tu m’avais prévenu. Mais ce n’est pas parce que je savais que le vivre en devenait plus facile.

Je revois la fois où nous sommes allés dîner dans un restaurant très chic à côté de la porte Maillot et où je m’étais mis en jupe pour toi. Un soir où je suis rentrée chez moi en voiture prendre des affaires pour revenir dormir chez toi alors que je commençais à 7h le lendemain matin.

Je revois le jour où j’ai acheté un nouveau téléphone. Je voulais prendre une photo de toi pour l’associer à tes initiales qui te représentent sur mon téléphone. Tu m’as répondu que ce n’était pas une bonne idée. Si tu m’appelles et que mon téléphone traîne sur la table du salon alors que j’habitais encore chez mes parents, que ta tête apparaît sur l’écran disant alors tout le monde saura que tu es dans ma vie. Et ce n’est pas une bonne idée, ça.

Je te revois mettre plusieurs mois avant de réparer mes rollers.

Je te revois me dire que tu vas m’aider à installer les planches au mur, alors qu’elles n’y sont toujours pas.

Je te revois me dire que tu vas lire mon blog attentivement quand tu ne l’as toujours pas fait.

Je revois toutes les fois qu’on passées sous la douche.

J’ai en tête tous les livres que tu m’as conseillés et que j’ai tous aimé à l’exception d’un seul.

Je revois le soir de décembre où tu es venu chez moi alors que j’étais déjà et depuis un certain temps en couple et que j’étais heureuse.
Tu as voulu m’embrasser et quand j’ai tourné la tête, tu as complètement changé et tu es devenu distant comme je ne t’avais jamais vu.
Ça ne m’a pas empêché de passer la fin de la soirée à m’endormir sur mon épaule pendant un film et à t’embrasser te disant que je voulais que tu dormes avec moi. Et je te revois partir, dans le noir, tes yeux brillants d’amour.

Je revois les quelques rues de Neuilly que nous avons traversées en roller.

Je te revois partir à 5h du matin pour aller travailler.

Et surtout, je revois ton regard.
Tes yeux posés sur moi, c’est ma mer intérieure. Une mer bleu azur pleine de tendresse.

Tu sais que quand j’avais 15 ans, j’ai écrit une ode à tes yeux ?
Ah tes yeux, ton regard si tendre, si amusé, si doux…

Il est souvent accompagné d’un petit sourire et d’une caresse sur la joue. Un peu comme si tu avais envie de me croquer comme je suis en train de croquer les profiteroles qu’il y a dans mon assiette.

Et même si je ne sais pas de quoi demain sera fait, ce regard-là, je l’aurai toujours en moi, toujours pour moi.
Et j’ai l’assurance, même si elle est complètement fausse et naïve, que ce regard n’existe que pour moi et que tu ne regarderas jamais personne d’autres ainsi.

Et puis bien sûr il y a notre tour du monde.
Même si on ne le fera jamais ce tour du monde, que ce soit parce que c’est trop difficile à réaliser ou parce qu’on a arrêté se voir, j’aurai toujours pour moi cette phrase :

« moi non plus je ne vois pas avec qui d’autre que toi je pourrai faire le tour du monde » .

Peut-être que nos chemins vont finir par se séparer naturellement et que ça ne sera pas si dur, peut-être que notre histoire restera pour chacun d’entre nous de bons souvenirs partagés.
Peut-être qu’on se croisera un jour dans la rue, je serai enceinte avec déjà des jumeaux de trois ans marchant à petit pas à côté de moi et toi, tu seras avec une femme.
Peut-être qu’à ce moment-là nos regards se croiseront à nouveau, revivant pendant ce court instant tout ce qu’on a pu vivre.
Peut-être qu’on échangera un grand sourire et qu’on continuera notre chemin.

Ou peut-être que comme dans cette série télévisée après avoir chacun essayé d’être avec d’autres, tu sauras enfin me donner ce dont j’ai besoin et on vivra heureux ensemble.

Ou peut-être que comme dans ce film que je n’ai pas vu adapté d’un livre que je n’ai pas lu, après avoir fondé une famille, je les quitterai pour être avec toi.

Ou alors peut-être que je passerais ma vie à tromper mon mari de temps à autre avec toi. Sans ne jamais vraiment être avec toi.
Alors je serai malheureuse et toi aussi sûrement.

Parce que tu dis vouloir des enfants.
Même si un jour tu m’as dit qu’on ne les aurait pas ensemble, moi j’envisage cette possibilité.

Et tous les jours je trouve des chansons ou des livres qui parlent de nous.
La meilleure, c’est « I will always love you » de Withney Houston. Une chanson sur laquelle je peux crier toutes mes émotions quand elle passe à la radio.

J’ai encore plein de mots et d’images dans ma tête. J’ai encore plein de choses à écrire. Sur toi avant toi et moi, sur moi et comment je te voyais avant toi et moi, sur toi et moi demain.

Mais puisque demain n’est pas encore, je vais m’arrêter là.

Je m’arrête là en sachant que je reviendrai car t’écrire c’est comme être avec toi.
Arrêter est une chose qui m’avère être impossible.

par Sarah publié dans : Lettres
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