Lundi 16 juillet 2007
Mégane introduisit la clé dans la serrure et laissa la porte de l’appartement s’ouvrir.
Elle resta, immobile, sur le seuil, la clé toujours dans la main comme si elle allait de nouveau ouvrir la porte.
Elle avait fait le geste machinalement, sans réfléchir à sa main qui avait tourné la clé deux fois, sans entendre le « clic » sourd qui indique que le loquet s’est ouvert et que la voie est libre.
La porte s’était ouverte en grand mais Mégane semblait ne s’en être pas rendue compte. Elle était complètement perdue dans ses pensées. Des pensées très floues. Elle n’aurait absolument pas su dire à quoi elle pensait. Elle ne voyait que du brouillard.
Mais ses yeux la trahissaient au moins sur un point : elle était triste, très triste. Il semblait que dans ses yeux si verts, qui ont pourtant toujours pétillé la vie, quelque chose s’était éteint. Ou du moins, la flamme que tout le monde y avait toujours vu n’était plus qu’une simple braise. Une braise que quelqu’un essayait par tous les moyens de laisser en vie, dans l’espoir qu’un jour, la flamme se ravive.

Mégane sursauta quand la porte claqua d’un coup sec devant elle. Elle se rendit compte alors qu’elle était là, sur le seuil de la porte depuis cinq bonnes minutes sans avoir bougé d’un centimètre. Elle reprit ses esprits et ouvrit de nouveau la porte, cette fois consciemment, en pensant au fait que la clé était en train de tourner dans la serrure.
Elle passa alors le seuil et referma la porte tout doucement, comme si quelqu’un dormait dans la pièce d’à côté et qu’il ne fallait pas le réveiller, ne pas le sortir brusquement de son sommeil comme Mégane avait été sorti brusquement de ses pensées.
Pourtant l’appartement était vide. Mégane vivait seule. Personne ne l’attendait.

Ses pensées floues revinrent alors au galop, et cette fois elle pouvait y apercevoir, au loin, quelqu’un. Et Mégane restait là, adossée à la porte, la clé toujours dans la main, le manteau sur le dos et ayant laissé son sac à main tomber par terre, le regard fixé dans le vide, sans aucune flamme, sans aucune bulle qui n’y pétillait, à essayer de rendre l’image nette.

Il y avait sur le mur en face d’elle, tout du long, des photos de sa famille, de tous les gens qu’elle aime, depuis leur tendre enfance jusqu’à aujourd’hui. Regarder ces photos l’aurait sûrement aidé à dégager le brouillard qui envahissait ses pensées, mais à part un bruit sourd provenant de l’extérieur, rien n’aurait pu la faire bouger, rien n’aurait pu l’aider à avoir la tête ailleurs.
Elle sentait pourtant que ces pensées étaient lourdes pour elle. Et quelque part, elle aurait aimé que ce poids se libère et qu’elle se sente légère à nouveau avec des yeux qui pétillent, comme on lui a toujours dit tout au long de sa vie.
Mais elle se rendait également compte que si ces pensées arrêtaient de la hanter, alors ça voudrait dire qu’elle avait oublié, ça voudrait dire qu’elle aurait renié sa vie entière, ça voudrait dire qu’elle pouvait tomber dans la folie.
Donc elle ne voulait pas oublier, jamais. Elle ne pouvait pas de toute façon. C’était tout simplement impossible.

Mégane posa alors ses clefs sur la petite table qui se trouvait à côté de la porte d’entrée, enleva son manteau qu’elle posa avec un léger soupir sur une chaise et se mit à regarder les photos sur le mur en face d’elle. Sur ses lèvres un sourire se dessinait. Un sourire triste et dur.
Toute sa famille était présente sur les photos. Et sur la plupart d’entre elles, Isabelle était là. Mégane s’arrêta sur la photo d’elle et Isabemme où elle sont juste toutes les deux, ensemble et souriantes. Elle a toujours adoré cette photo.
Elle a été prise il y a tellement longtemps ! Mégane ne se souvient même plus de l’âge qu’elles avaient quand elles ont décidé sur un coup de tête de prendre le volant de la voiture et de passer la journée à la mer.
Mégane avait le sentiment d’avoir vu cette photo tout au long de sa vie. Et elle savait qu’elle avait également toujours trôné dans un petit cadre sur la table de nuit d’Isabelle.
C’était au printemps, un jour où elles avaient eu envie de se retrouver juste toutes les deux, de se parler de tout et de rien comme elles le faisaient si souvent avant. Mégane avait appelé Isabelle et lui avait dit qu’elle voulait passer la journée avec elle, peu importe ce qu’elles feraient et où elles le feraient. Le seul but était d’être toutes les deux, parce que c’était aussi important pour Mégane que pour Isabelle.
Et à ce moment-là de leur vie, et comme beaucoup d’autres avant et après, elles avaient chacune de leur côté le sentiment de se perdre. Tout simplement parce qu’elles avaient chacune leur vie, chacune leur métier, chacune leur appartement, chacune leur famille, chacune leurs amis.
Et qu’elles n’avaient pas toujours le temps de se retrouver. Alors que pendant les vingt premières années de leur vie, elles se retrouvaient tous les soirs dans la même chambre à se raconter leur journée chacune leur tour avant d’aller se coucher.
Et même 20 ou 30 ans plus tard, ça leur manquait.
C’est pour ça qu’une fois de temps en temps, l’une ou l’autre décidait de passer du temps avec l’autre. Que ce soit une journée shopping, un simple restaurant, se retrouver pour rester avachies devant la télé, peu leur importait.
Mais ce jour-là, Mégane avait eu envie de folie. Elle était arrivée en voiture devant l’immeuble d’Isabelle et elle lui a dit « monte, on roule en direction de la mer, on revient ce soir ».
Elles ont pris le volant chacune leur tour, elles se sont arrêtées sur une aire d’autoroute pour manger un sandwich et 3h après, elles étaient sur une plage de galet, sous un ciel gris, devant une mer pas très bleue.
Mais elles étaient toutes les deux, respirant la fraîcheur de l’air marin, et elles étaient heureuses.
Mégane avait, comme toujours, son appareil photo sur elle. Elle n’était pas photographe, elle ne se voulait pas artiste, mais elle aimait prendre en photo les petites choses de la vie, autant qu’elle le pouvait. Et ce jour-là, la seule chose intéressante à immortaliser était deux sœurs jumelles, complètement seules sur une grande plage, souriant et riant d’être ensemble.
La photo était prise en autoportrait par Isabelle, qui avait simplement tendu son bras. Elle n’était pas très bien cadrée, c’est vrai. Mais on y voyait clairement les yeux de Mégane pétiller et le sourire de sa soeur ensoleiller la plage toute grise.
Une simple journée où elles n’ont rien fait d’autres que s’asseoir en face de la mer, grelottant de froid, parler de ce dont elles se parlent tous les jours : le travail, les hommes, la vie en général.
Rien qu’une photo qui représente leur amour aussi simple et pur soit-il.


Elle caressa la photo du bout du doigt et continua même quand le téléphone se mit à sonner. Elle laissa le répondeur se déclencher. C’était toujours cette voix automatique qui annonce simplement que nous sommes bien au numéro suivant. Même si Mégane avait ce téléphone depuis des années, elle avait toujours repoussé à plus tard le moment d’enregistrer une annonce personnalisée. Elle s’était toujours dit « demain ».
Et malgré le fait que les évènements récents lui avaient fait prendre conscience qu’un jour il n’y aurait plus de plus tard, elle se demandait encore si elle allait vivre, ou si elle allait plutôt se laisser aller. « Car la vie continue quand même » se surprit-elle à penser en entendant le bip sonore.
« Allô maman, c’est Clara. Je voulais juste savoir si tu étais bien rentré. Appelle-moi quand tu seras là. Je t’embrasse ».

Mégane ne prit pas la peine de décrocher pour répondre et de rappeler dans l’immédiat. Le téléphone retentit alors à nouveau. Cette fois, elle décrocha.
« - Allô maman ?
- Oui Thomas.
- Ca va ?
- Non
- Tu veux que je vienne ce soir ? Les enfants ont envie de te voir et de te tenir compagnie, et moi aussi. On n’a pas envie que tu restes seule.
- Vous êtes bien gentils, mais à 86 ans il va bien falloir que j’apprenne à être toute seule »
Une larme coulait doucement sur sa joue quand elle a prononcé ses mots. Seule, elle ne l’avait jamais été. Et la solitude, elle l’avait en horreur. Isabelle avait toujours été là dans ces moments de panique où le fait de rester un peu trop longtemps toute seule rendait Mégane folle. Elle pouvait toujours l’appeler, ou la voir, ne serait-ce que lui parler 30 secondes. Même si Isabelle était occupée, elle répondait toujours au téléphone pour Mégane, pour ne pas la laisser seule, quitte à la rappeler quelques instants plus tard.
- Maman…, rétorqua Thomas à la fois pour lui reprocher ce qu’elle était en train de dire et à la fois pour la sortir, à nouveau, de ses pensées
- Si j’ai besoin de vous, je t’appellerai. C’est promis. »

Et elle ne laisse pas le choix à son fils, et raccrocha.

Elle retourna devant la photo. C’était un peu le seul moyen pour elle de sentir à nouveau la présence d’Isabelle. Parce que Isabelle est et restera toujours la personne que Mégane aime plus que n’importe qui sur Terre. Parce que pour Mégane, Isabelle est et restera toujours sacrée.
Pourtant, ces photos étaient principalement des photos de ses enfants, de la naissance de Pauline, son aînée. La naissance des jumeaux, Clara et Thomas. Les premiers anniversaires, les vacances à la campagne, à la montagne, à la mer. Une photo de la famille entière réunie avec les cousins, cousines, grands-parents et arrières petits-enfants.
Isabelle y était bien sûr souvent présente, mais la photo mal cadrée de ces deux jeunes femmes souriant au bord de la mer était la seule des deux sœurs jumelles, tout simplement, rien qu’elles deux.

À force de rester nostalgique devant toutes ces photos, Mégane se dit qu’elle avait eu de la chance, elle avait donné naissance à des jumeaux, comme elle le souhaitait. Elle voulait un garçon et une fille, des faux jumeaux pour qu’ils connaissent la joie de la gémellité comme elle l’avait connu avec sa sœur.
Ainsi, ils avaient un frère et une sœur du même âge, avec qui ils pouvaient tout partager, un frère et une sœur qui pouvaient vivre et surmonter les épreuves ensemble, même si un jour il allait falloir les séparer. Un frère et une sœur qui ne se ressemblerait pas comme deux gouttes d’eau mais qui aurait chacun leur propre personnalité, ainsi pas de problème d’identité comme la plupart des vrais jumeaux.
Juste des faux jumeaux, avec seulement les bons côtés de la gémellité.
Et Mégane avait réussi. Elle avait réussi à donner naissance à des faux jumeaux qui s’entendaient à merveille et se soutenait l’un l’autre (parfois au détriment de leur grande sœur), comme elle et Isabelle.

Mégane se dirigea vers la cuisine pour aller se préparer un thé. Elle marchait tout doucement car même si elle était en bonne santé pour son âge, elle avait quand même 86 ans et les évènements récents l’avaient fatiguée.
Elle avait vraiment le sentiment que l’appartement était vide, qu’il y avait un manque. Pourtant ça faisait quelques années déjà que Mégane habitait seule, malgré le fait qu’elle détestait ça. Son mari était mort quelques années auparavant. Mais elle s’était fait une raison et invitait souvent du monde pour combler le manque. Et si elle avait trop peur de la solitude, elle appelait Isabelle.
Isabelle qui n’avait jamais habité dans cet appartement. Mais le fait qu’elle ne soit plus là rendait la vie de Mégane vide. Et son appartement aussi.

Elle faisait chaque geste très lentement, parce qu’elle trouvait la bouilloire trop lourde, parce qu’elle avait peur de renverser de l’eau chaude et de se brûler, et aussi car elle tremblait et avait peur de casser la tasse en la faisant tomber sur le carrelage de la cuisine.
Elle posa alors la tasse rapidement sur la table, prit une chaise et s’assit. Elle était restée trop longtemps debout, ses jambes étaient lourdes, ses pieds lui faisaient mal. « Je suis trop vieille pour de telles émotions » pensa-t-elle.
Elle laissa le thé refroidir et se laissa éclater en sanglot.

Elle était seule dans sa cuisine, dans son appartement qu’elle trouvait froid alors qu’elle y en était partie tellement vite qu’elle avait laissée traîner plein de journaux partout, son sac à main était resté par terre dans l’entrée, son manteau sur la chaise, son lit défait dans la chambre, la vaisselle encore sale dans l’évier…
Et malgré cette vie, l’appartement lui semblait vraiment vide et froid.

Elle continua de pleurer, ça lui faisait du bien.
En essayant de ravaler ses larmes, elle se leva pour aller chercher du papier et un stylo. Et, toujours assise seule devant sa tasse de thé, elle se mit à écrire. Les larmes coulaient le long de ses joues et atterrissaient parfois sur la feuille de papier, mais ça lui était égal. Elle écrivait juste pour se défouler.

« Isa, ma sœur, ma petite sœur, ma grande sœur, ma jumelle. Tu n’es plus là. Pourquoi tu n’es plus là ? Tu as toujours été là, avec moi, dans le ventre de maman et puis tout au long de notre vie.
Tu as toujours été là pour moi, en tant que jumelle, si j’étais malade ou si je me sentais trop seule. Tu t’es toujours si bien occupée de moi. Pourquoi tu n’es plus là ? Pourquoi tu es partie ??
Comment je peux vivre maintenant sans ma sœur jumelle ?
C’est drôle, nous sommes nées ensemble, le même jour à cinq minutes d’écart. On a vécu ensemble, sans pour autant empiéter sur la vie de l’autre. On a vécu ensemble parce que sans être forcément ensemble, en construisant chacune notre vie, notre carrière et notre famille, on l’a fait côté à côte.
Nous sommes jumelles. On naît ensemble. Mais on ne meurt pas ensemble… »

Et puis elle s’arrêta là.
Elle continua de pleurer sans cesse, sans pouvoir s’arrêter, parce qu’elle était seule, toute seule, sans sa petite sœur jumelle.

Alors elle se leva, alla s’essuyer le visage dans la salle de bain et en se regardant dans le miroir se dit que vraiment, elle n’était plus la jeune fille qu’elle était. Elle était ridée, bien sûr, partout. Elle avait 86 ans ! Et sa sœur jumelle venait de mourir. Et en se regardant dans le miroir, elle ne voyait plus Mégane qui avait juste vieilli, elle voyait une vieille femme, une très vieille femme dont le regard laisse transparaître juste de la solitude qui fait pitié à tout le monde, mais que personne n’aide pourtant.
Le fait d’avoir enterré sa sœur aujourd’hui lui avait donné 10 ans d’un coup. Elle voyait ses 86 ans dans le miroir, ce qu’elle n’avait encore jamais vu jusque-là.
Evidemment, elle était beaucoup plus fragile, son souffle était difficile quand il fallait monter les escaliers, elle voyait bien ses rides, elle avait mal au dos et aux jambes, elle était fatiguée rapidement.
Mais avant la mort d’Isabelle, il restait à Mégane cette envie de croquer la vie jusqu’à la fin de ses jours.

Ce n’était pourtant pas la première mort qu’elle avait vécue. Il y a d’abord eu ses grands-parents quand elle avait 20 ans. Et puis ses parents quand elle avait 50 ans. Et puis son mari, il y a quelques années.
Et toutes ces morts furent difficiles. Mais à chaque fois, Isabelle était là, à ses côtés, pendant les maladies, et pour les enterrements, et les jours d’après, elle était toujours là.

Et maintenant que sa soeur n’était plus là, qui allait la soutenir ?

Mégane se dirigea vers le salon, prit le téléphone, s’assit sur le coin de canapé et composa le numéro de sa fille Clara. Après l’enterrement, elle avait soutenu à tout le monde qu’elle préférait rentrer chez elle et rester seule. Comme si le fait d’être seule allait l’aider à être encore près d’Isabelle. Et même si la famille entière savait que Mégane détestait être seule, tout le monde savait aussi qu’elle n’aurait eu envie d’être qu’avec sa jumelle.
Et il fallait bien respecter sa décision. Mais Clara et Thomas l’avaient appelé, ils s’inquiétaient. Et Pauline, son aînée, l’avait raccompagnée en voiture jusque chez elle, et avait attendu qu’elle soit bien rentrée dans l’immeuble avant de redémarrer la voiture, exactement comme Mégane a fait tout au long de sa vie avec ses enfants.

Clara décrocha le téléphone rapidement, elle devait sûrement attendre que sa mère la rappelle. Pauline l’avait appelé pour lui dire qu’elle l’avait bien raccompagnée, et Clara se rongeait les ongles que sa mère ne la rappelât pas.
Elle fut soulagée quand elle entendit sa mère lui demander de venir, avec ses enfants. Et elle lui demanda d’appeler Thomas aussi, et de venir avec les enfants aussi. Ainsi que Pauline, et les enfants bien sûr.

Puisque Isabelle, sa sœur jumelle, la personne la plus importante était morte, il fallait qu’elle s’entoure du plus de monde possible. Elle se dit qu’Isabelle lui aurait dit que c’était la meilleure chose à faire, s’entourer de toute sa petite famille
Ainsi, peut-être se sentirait-elle moins seule. Même si « Isa » resterait toujours à flotter dans son esprit, avec tout le monde, elle arriverait peut-être à passer la fin de la journée avec un peu plus qu’une braise dans les yeux.

30 minutes plus tard, Pauline sonna à la porte. Elle était avec ses 4 enfants. Ils étaient tous grands déjà. Le plus grand avait même déjà un enfant, qui avait à peine 1 an et qui était resté avec sa mère.
Pauline avait toujours un peu souffert de la complicité de Clara et Thomas et en voulait un peu à sa mère parce qu’elle avait toujours montré une préférence pour les jumeaux (qu’elle refusait qu’on appelle les jumeaux d’ailleurs) juste parce qu’ils étaient jumeaux, comme elle. Mégane s’en mordait les doigts car elle aimait Pauline comme la prunelle de ses yeux, mais c’est vrai, elle ne pouvait s’empêcher d’être un peu plus proche de Clara et Thomas.
C’est pour ça que Pauline a fait 4 enfants, pour combler un peu ce manque d’amour. Et pas de jumeaux.
Quatre beaux enfants qui sont tous grands et déjà dans la vie active. Un marié avec un enfant. Deux en concubinage et un en fin d’études.
Mégane adorait ses petits-enfants et ses petits-enfants l’adoraient.

Elle était contente de les voir ce soir-là, plus que n’importe quel soir. Les petits-enfants, aussi grands soient-ils, c’est la vie.
Et ce soir là, Mégane avait besoin de vie. Elle avait besoin de savoir qu’elle pouvait vivre sans Isabelle.
Parce que jusque là, elle n’arrivait toujours pas à savoir comment elle allait faire. Même si elle avait 86 ans et qu’elle avait déjà vécu toute sa vie. Elle savait qui lui restait encore quelques années et puis peu importe que ça arrive à 86 ans, à 56 ans ou à 26 ans, perdre sa sœur jumelle c’est dur.

Dix minutes plus tard, Clara et Thomas arrivèrent avec leurs deux enfants respectifs. Ils avaient à peu près le même âge ces quatre-là. Pas de jumeaux non plus, mais trois d’entre eux étaient très liés parce qu’ils avait presque le même âge et aussi parce que leurs parents étaient jumeaux et voulaient que leurs enfants puissent avoir un semblant de ce que eux ont vécu durant leur enfance et leur adolescence.
Les enfants de Mégane sont venus sans leurs maris et femmes respectifs parce qu’ils savaient que même si leur mère aimait beaucoup ses gendres et belle-fille, elle avait besoin dans ces moments-là d’être avec la famille unie de sang.

Tout le monde alla s’asseoir dans le salon, un peu empilé les uns sur les autres. Mégane s’assit sur le coin du canapé et poussa un soupir. Elle avait tout son petit monde autour d’elle, ces trois enfants et ses huit petits-enfants. Et elle était fière de ça.
Son mari n’était plus là pour voir ça. Mais Isabelle non plus n’était plus là.

Mégane se mit alors à parler
« Vous savez mes enfants, quand on est jumeaux, on naît ensemble. On vit son enfance et son adolescence ensemble. Et puis vient la séparation quand il faut suivre chacun son chemin, ses études, sa carrière. Trouver son propre mari et fonder sa propre famille. On a beau être jumelles, on est différentes. Mais on s’aime plus que tout au monde et on se soutient tout au long de cette vie. Toute séparation est dure. Et je n’avais jamais pensé que la dernière séparation serait la plus dure.
Parce qu’on naît ensemble mais on ne meurt pas ensemble.
Isa n’est plus là et je sais que vous en êtes tous très triste parce que vous aussi vous avez perdu quelqu’un. Elle avait beau être ma jumelle, elle était mère aussi et grand-mère, et tante et grande tante. La vie d’Isabelle s’est arrêtée mais la mienne continue. Tout comme sa vie n’a jamais été la même que la mienne.
La mort de ma sœur jumelle est la pire chose que j’ai à vivre. Mais j’ai à vivre et vous êtes tous là pour m’aider. »

Mégane demanda à ses enfants d’aller chercher à boire et ils se mirent tous à discuter d’Isabelle, à regarder les albums photos et à se remémorer les bons, et parfois mauvais, souvenirs.
C’était une soirée très nostalgique, et ça faisait du mal à Mégane, tout en lui faisant du bien. Parler de sa jumelle était un bon moyen pour la laisser en vie.

Et d’ailleurs, tout le monde remarqua alors que dans le courant de la soirée, les yeux de Mégane pétillaient. Ils ne pétillaient pas comme avant, il n’y avait pas de bulles de champagne. Mais il y avait une petite flamme qui se battait pour vivre et en être heureuse.

Vers minuit, Mégane tombait de fatigue. Elle avait 86 ans, elle avait enterré sa sœur jumelle aujourd’hui et elle avait reçu du monde chez elle toute la soirée. Tout le monde est parti en l’embrassant fort, en lui faisant promettre d’appeler si ça n’allait pas, même si c’était au milieu de la nuit.
Et le dernier à lui dire au revoir, c’était Bruno.
Bruno, c’était le petit dernier, le fils de Clara. Il avait 18 ans déjà, mais Mégane le préférait à tous. Parce que c’était le petit dernier, un peu comme elle. Même si elle avait toujours eu Isabelle, elle était née après elle et a toujours été considérée comme la petite dernière. Et comme Bruno, elle était la dernière de la lignée.
Bruno parfois souffrait un peu du fait qu’il soit le dernier car il était beaucoup moins proche de ces cousins et cousines dont la plus jeune avait déjà 22 ans. Ils auraient pu très bien s’entendre, quatre ans n’est pas une très grande différence. Mais l’aînée de Clara avait déjà 24 ans et puis c’était une fille. Et les enfants de Thomas sont également des filles de 22 et 25 ans. L’âge et le sexe les rapprochant déjà, elles avaient, involontairement, mis le petit dernier à l’écart. Et d’ailleurs, tout le monde l’appelait « le petit dernier ».

Mégane adorait ce garçon. Il était beau disait-elle sans cesse, il allait avoir du succès avec les filles. C’était le petit dernier, comme elle, et elle l’adorait. Et elle ne pouvait s’empêcher de l’appeler « le petit dernier », comme tout le monde, parce qu’elle trouvait ça mignon. Mais elle ne se doutait pas que son petit-fils pouvait en souffrir un peu. Même si elle avait vécu la même chose.

Ce jeune homme aimait beaucoup sa grand-mère et il voulait l’aider dans cette dure épreuve.
En partant, il demanda à sa grand-mère si un jour elle pourrait lui raconter toute son histoire avec Isabelle.

Mégane sourit tendrement face à son petit-fils, elle lui caressa la joue et lui dit
« Et pourquoi tu ne viendras pas me tenir compagnie demain ? On ira déjeuner au restaurant et on ira se promener au parc. Comme ça, je pourrais te raconter toute mon histoire avec ta grande-tante. »



par Sarah publié dans : En dehors de tout
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Dimanche 15 juillet 2007

Chloé se réveilla en sursaut.
Elle n’avait pas fait de cauchemar et ne se souvenait pas particulièrement de son rêve. Elle avait juste une sensation étrange. Étrange car agréable, bien trop agréable pour être réelle.

Elle reprit ses idées et se leva.
En se lavant les dents, elle ne pu s’empêcher de regarder son reflet dans le miroir comme s’il lui renvoyait la pire atrocité du monde.

Pourtant, elle pensait avoir rêvé à quelque chose de doux.

Chloé eut du mal à comprendre ce sentiment mélangé d’horreur et de douceur mais décida de pas s’en soucier.
Après tout, ce n’était qu’un rêve.

Il était encore tôt, à peine 9h du matin. Le soleil avait enfin fait son apparition et l’heure matinale laissait à la brise la joie d’effleurer le visage de Chloé qui ouvrait grand ses fenêtres pour laisser entrer l’été chez elle.

Elle s’assit dans sa cuisine pour se préparer un petit-déjeuner équilibré, alluma la radio pour que les différents chanteurs lui tiennent compagnie.
Une fois la vaisselle terminée, elle fila sous la douche tout en accompagnant Edith Piaf qui chantait l’hymne à l’amour dans les ondes radio.

Prendre des douches était le moment de la journée favori de Chloé. Elle aimait sentir l’eau couler sur sa peau, elle aimait l’odeur du savon qui émanait de son corps.
Elle s’oubliait souvent, vidant le ballon d’eau chaude en hiver et se faufilant pour seulement quelques instants de fraîcheur trois à cinq fois par jour en été…

Et alors qu’elle s’enivrait des jets d’eau qui la rafraîchissaient, elle eut tout d’un coup un flash back.
Elle avait vu un instant, un homme.
Ce n’était que le temps d’une seconde, mais son visage lui étaitt apparu de façon nette.

Elle avait déjà vu cet homme et son rêve le lui avait ramené.
Elle avait eu envie de cet homme, pendant quelques minutes. Il avait eu envie d’elle également. Mais il n’y avait pas eu de suite.
C’était il y a plusieurs années.
Chloé était alors jeune et vivait ses premiers instants dans cet appartement qu’elle songeait à quitter pour un plus grand, dans un quartier plus calme.

Il s’appelait Sébastien.
Elle savait qu’elle avait toujours gardé son numéro de téléphone quelque part.

Il avait à peu près le même âge qu’elle, des yeux bleus très limpides, un regard timide mais charmeur.
Elle se souvenait de l’arrêt de bus où elle l’avait croisé. Elle se souvenait l’apercevoir entre les passagers du bus, détournant son regard furtivement quand il sentait qu’elle le regardait.
Il avait un visage carré dont dégageait une douceur éclatante et tendre.

Il était sorti du bus à la même station qu’elle.
Elle aurait juré qu’il avait tourné à droite quand elle avait tourné à gauche.
Elle marchait et sentait derrière elle cette présence fantôme. La présence d’un homme qui lui soufflerait doucement à l’oreille, un homme qui lui dirait avec des caresses qu’il ne demande qu’à l’aimer. Une présence douce, une présence qui remplissait son cœur de bien-être.
Une présence fantôme en laquelle elle faisait confiance les yeux fermés.

Chloé respira longuement et discrètement tourna la tête.
Il était là, juste derrière elle.
Il marchait dans ses pas, comme s’il ne voulait pas la laisser partir.

Elle ne pu s’empêcher de sourire.

Elle continua de marcher ainsi, le laissant à ses côtés, se demandant sans cesse s’il allait réellement dans la même direction qu’elle ou s’il cherchait juste à l’attraper et la chérir pour le restant de ses jours.

Elle allait entrer dans un immeuble.
Et avant qu’elle n’eut le temps de passer le pas de la porte, il la héla.

*******

Chloé arrêta de faire couler l’eau.
Elle avait revu cet homme dans son rêve. Elle se souvenait de ce moment magique. Elle l’avait un peu oublié, comme on oublie ce qui nous arrive tous les jours, mais il était bien là, quelque part dans sa mémoire.
Mais pourquoi avoir vu cet homme dans son rêve la troublait autant ?

C’était il y a longtemps, c’est vrai.
Mais elle était célibataire, elle ne trompait personne en rêvant de lui.

En s’enroulant dans une serviette douce et fraîche, Chloé se demandait si cette simple image, juste avoir revu le visage de cet homme, que dire, ce jeune homme car ils avaient à peine 20 ans à ce moment-là, n’était pas un signe pour elle d’aller de l’avant ?

Elle s’assit sur son canapé, les cheveux mouillés, l’eau ruisselant encore sur sa nuque et regarda à nouveau son reflet dans le miroir.
Cette fois, elle voulu l’affronter.

« Ma chère Chloé. Depuis que Vincent t’a quittée, tu ne cesses de dire que tu cherches l’Amour avec un grand A. Que tu veux un compagnon, que tu veux vivre une vie de couple. Pourquoi restes-tu cloîtrée dans cet appartement depuis 5 ans ? Un appartement où il n’y a pas de place pour des enfants ?
Sébastien… Il s’appelait Sébastien, tu t’en souviens de ça. Tu te souviens de tout ce qu’il t’a dit… »

*******

« Excusez-moi… »
Chloé s’attendait, du moins espérait, entendre le son de sa voix.

Elle s’était arrêtée sur les marches du perron et il était là, deux marches plus bas, levant des yeux qui semblaient émerveillés, sur elle.
Elle se souvient même que ce jour-là, elle avait une casquette sur la tête qu’elle n’avait plus jamais remise après. Pourtant, plus tard, lorsqu’elle la voyait dans son placard, elle se disait que c’est ainsi qu’il pourrait la reconnaître.

« Je ne fais jamais ça d’habitude, mais je vous ai vu et vous êtes si belle que je me suis dit : pour une fois, lance toi. »

Chloé se remémorait la scène. Elle ne se souvenait même pas ce qu’elle lui avait répondu. Mais lui, s’était mis à nu devant elle. Il lui avait dit : je suis timide mais subjugué par votre beauté. Laisses moi essayer de te connaître et pourquoi pas, de t’aimer ?

Pourtant, à l’époque, Chloé venait juste de se mettre avec Vincent.
Et elle savait qu’elle allait décliner l’offre de ce cher Sébastien.
Mais il était si différent, il avait un regard si sincère et si vrai qu’elle avait envie de faire durer ce doux moment de drague comme elle en connaissait si peu.

« Je vais chez le médecin là, mais qu’est ce que tu fais là ? »
Il avait jeté un œil sur la plaque du médecin affichée sur le mur, et il avait gauchement cru qu’elle lui proposait d’aller boire un café là, tout de suite, dans l’immédiat.
Au fond, elle aurait bien voulu mais elle se rattrapa quand il lui répondit que là, il devait aller travailler…

Gentiment, il lui proposa de lui donner son numéro de téléphone :
« Si je prends le tien, je ne te laisserai pas le temps de réfléchir ».

Chloé avait été très amusée de cette remarque. Elle a enregistré « Sébastien » dans son téléphone, même si elle savait très bien qu’elle n’irait jamais prendre de café avec lui.
Mais elle se laissait le droit de rêver un peu…

******

Elle eut l’impression de revivre la scène, seule, dans son appartement, en face de son miroir qu’elle aurait souhaité à ce moment être le miroir magique des contes de fée.
Non pas pour lui dire qu’elle était la plus belle du royaume mais bien pour lui dire : « ça fait 5 ans, et alors ? Vincent t’a quittée depuis plusieurs mois. À l’époque, ça faisait 2 semaines que tu étais avec lui. Tu crois vraiment que tu vas le tromper en fouillant dans ton carnet d’adresse pour rappeler Sébastien ? »

Effectivement, l’étrange sensation que Chloé ressentait était due au fait que pour elle, Sébastien, un visage, un nom, une voix qui n’existât que quelques minutes dans sa vie, était tout ce qui représentait la trahison envers Vincent.
Simplement parce qu’elle le lui avait raconté, quelques semaines plus tard, amusée. Et il lui avait répondu : « je suis fière que les autres hommes s’intéressent à toi, mais si j’avais été là, je lui aurai foutu mon poing dans la gueule ».
Ce n’était pas tellement le genre de Vincent d’être jaloux ou violent, mais Chloé s’était toujours gardée de lui dire qu’elle considérait ces moments comme magique.
Et pour elle, c’était trahir Vincent.

« Sauf qu’aujourd’hui, Vincent t’a quittée ma cocotte » se dit à voix haute Chloé.

Elle se leva d’un bond, alla se sécher les cheveux, se maquiller et enfiler sa plus belle robe.

Elle partit un livre à la main, dans le parc le plus proche.
Le soleil avait eu le temps de s’envoler haut dans le ciel et de taper de plus en plus fort.
Elle s’installa alors à l’ombre d’un arbre et se plongea dans son bouquin n’ayant à la tête qu’un seul mot : « Sébastien ».

******

Elle lui avait envoyé un texto.
Elle ne voulait pas faire ça car ainsi, il aurait eu son numéro de téléphone. Alors qu’elle aurait pu l’appeler en numéro privé.
Mais c’était trop dur pour elle de lui dire.
« Merci pour la proposition mais j’ai déjà quelqu’un dans ma vie. Je dois donc décliner »
Il avait répondu, le plus ouvertement du monde : « dommage, garde mon numéro au cas où tu changerais d’avis un jour ».

Et puis elle n’entendit plus jamais parler de lui.
À part une semaine plus tard. Un texto qui disait « fini Londres, je m’installe à Paris, au 15 rue des Morillons, 15è »

Chloé essuyait les gouttes de sueur qui coulait sur son front.
Son livre posé à plat sur l’herbe, elle ferma les yeux et se laissa envahir par l’étrange idée de traverser le parc et de prendre le premier bus qui l’emmènerait aux alentours du XVè arrondissement.

Elle savait où se trouvait la rue des Morillons. Il lui suffisait simplement de se lever et de laisser la chaleur l’y conduire.
La chaleur des bras de Sébastien. Un jeune homme croisé cinq ans auparavant, un jeune homme au visage d’ange.

Et puis si Chloé avait mis une robe aujourd’hui, si elle avait relevé ses cheveux ce n’était pas pour affronter le soleil.
C’était juste pour être Belle.
Belle pour Sébastien.




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par Sarah publié dans : Souvenirs
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Dimanche 15 juillet 2007
Ce matin, m'a mère est venu me voir et m'a dit :

"tu sais, je ne pense pas que ce soit une bonne idée que tu retournes voir "Stéphane". C'est peut-être égoïste et je ne t'empêcherai jamais de le faire,
mais j'avais besoin de te le dire. Il fallait que ça sorte. Discussion closed."

Mes soeurs m'avaient dit toutes les deux "tu sais, je crois qu'elle s'en doute".

J'étais mal après ça, j'avais l'impression d'enfoncer un couteau dans le coeur de ma mère. Je crois que tu ne peux pas comprendre. Je sais que tu es proche
de tes parents car ils sont ta seule famille. Mais tu avais compris pourquoi je lui avais dit la première fois parce que tu sais quelle relation j'entretiens avec elle.

J'ai laissé la discussion là mais je l'ai reprise plus tard pour lui dire que je me sentais coupable. Que si j'arrivais aussi bien à oublier Bruno, ce n'était pas grâce à
toi mais grâce à ma psy.
Ca l'a rassuré.
Elle m'a dit à nouveau que tu lui avais vraiment fait beaucoup de mal et que tu ne t'en étais jamais rendu compte. Elle t'en veut, elle ne te fait plus confiance.
Mais ça, je ne te le dirai jamais.
Je lui ai expliqué ta manière d'être quand je suis revenue vers toi, à quel point tu as été présent comme un ami, à quel point tu n'as pas cherché quoi que ce soit
de plus que ce que moi j'étais venu chercher.
Je lui ai dit, et je crois qu'elle m'a cru, que si tu me faisais du mal un jour, ce n'était pas voulu. Car tu n'aimes pas me faire du mal.

Au même moment, tu m'envoyais des textos pour savoir où et quand on allait se retrouver quelques heures plus tard.
J'étais dégoûtée.
Autant une heure auparavant je n'attendais que ça, autant après ces mots cinglants dans la bouche de ma mère, je n'avais plus envie de te voir.
Je n'avais surtout pas envie qu'on aille chez moi.
Pourtant, j'étais ravie que tu me le proposes.
Ravie que tu penses à ce que je t'avais demandé, des choses simples et futiles. Mais quand j'ai attendu 6 mois pour que tu répares mes rollers et que j'attends
toujours pour avoir des planches installées sur mon mur, je suis ravie que tu sois venue aussi rapidement pour réparer ma connexion Internet
et m'avoir amené des cartons tout neuf pour le déménagement de ma soeur.

Mais à ce moment-là, j'aurai préféré aller chez toi.
Sûrement pour me fuir un peu.

Car pour rassurer ma mère je lui ai dit, et en prononcant ces mots je me suis rendue compte que c'était la vérité :
"tu sais, même si je dis le contraire, je n'ai pas envie d'être avec lui. Je veux être en couple. Je veux être heureuse, et avoir la même chose que mes soeurs.
Mais je sais que ce n'est pas avec lui que je serai heureuse ainsi. Lui me le repète encore, mais je ne sais pas si c'est car il est incapable de constuire
ou si c'est à cause de vous.
Alors oui, il me fait quand même du bien et ça m'aide à traverser toutes les étapes dures qui me sont arrivées récemment, mais je n'ai pas encore
la force d'arrêter.
J'ai beau dire que je veux être avec lui, c'est faux. Je veux être avec lui parce qu'il est là."

Quelqu'un d'autre serait là à ta place, ce serait avec lui que je voudrais être.

Et c'est la raison pour laquelle j'étais de mauvaise humeur à table hier.
Parce que je voulais te dire tout ce que je t'écris aujourd'hui. Et que je savais que même si je te l'écrirai, je ne te le dirai jamais, tu ne le lirai
jamais et tu ne le sauras jamais.
Un jour, à nouveau, je vais te "quitter".
Vais-je revenir? Je n'en sais rien.

Mais tu vois, hier soir, dans ce petit restaurant italien, au milieu des feux d'artifice, sur une terrasse qui grouillait de plantes vertes,
je t'écoutais parler de ton tour du monde, de ton boulot et de pleins de choses et d'autres et j'avais l'impression que ça serait la dernière fois.
La dernière fois que je te ferais des allusions pour qu'on passe plus de temps ensemble.
La dernière fois que je te dirai "dans ton vocabulaire, il y a plus de chance pour qu'on fasse le tour du monde que pour que l'on soit ensemble"
La dernière fois que tu m'as répondu "c'est juste"
La dernière fois que tu m'as dit que ma mère avait raison, quand la seule chose que j'ai réussi à te dire est la première phrase
de ma conversation avec elle.

Et puis tu ne conçois le tour du monde qu'à la voile. Je ne sais pas pourquoi je ne le savais pas.
Je le savais en fait.
Mais notre tour du monde, je ne l'imaginais certes pas en avion, mais je l'imaginais en avion, en bateau, en train, en voiture, en autostop, à vélo,
à pied, à dos d'âne ou de rickshaw.
Alors si on n'a pas même pas la même vision du tour du monde, c'était bel et bien la dernière fois que je t'en parlais.

Et puis j'ai eu ce sentiment étrange, agréable et très dérangeant que lorsque nous faisions l'amour cette nuit,
c'était la dernière fois.
Tu as plongé tes yeux dans les miens, tes mains sur mon visage, tu m'as embrassée tendrement, fougueusement,
et j'ai senti dans ton regard, tes caresses, et ta façon de me faire l'amour, comme si tu ne voulais que jamais ça s'arrête,
que tout ça, c'était la dernière fois.

Malgré les "on peut se voir cette semaine ?"

Et puis tu es parti ce matin, alors que j'étais à moitié nue et à moitié endormie sur mon lit, tu étais assis, le regard légèrement
dans le vague, un peu triste.
Tu as posé ta main sur moi, me caressant par la même occasion, tu t'es levé et m'a embrassé une fois, deux fois, trois fois.
Juste trois petits smacks.
Tu as laissé ta main tendu vers moi alors que tu te dirigeais vers la porte.
Ta main tendu que mes doigts ont tenue jusqu'à ce que tu t'éloignes.

Comme lorsqu'un amoureux reste sur le quai, essayant de garder aussi longtemps que possible le parfum de sa tendre qui part
dans un train, loin. Ne sachant quand il la reverra.

Etait-ce un aurevoir ?
Etait-ce la dernière fois que nous faisions l'amour ?
Etait-ce notre dernier baiser ?

Suis-je prête à te laisser, l'as-tu senti ?

Ton odeur est ancrée sur mon oreiller, dans mes draps. Je ne peux pas encore monter dans le train et te laisser sur le quai,
à nouveau.

J'ai encore besoin de toi et non, cette lettre n'est pas un aurevoir.
Cette lettre est simplement le début d'une guerre contre moi-même, d'une guerre contre toi, d'une guerre contre nous.
Une guerre dont je peux déjà écrire la dernière bataille.
par Sarah publié dans : Lettres
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Vendredi 13 juillet 2007
Je me sens coupable.

Coupable d'avoir été énervée pour une broutille quand on m'annonce que ma grand-mère est en phase terminale de cancer.
Coupable de me sentir triste d'être seule quand ma grand-mère souffre.
Coupabe de venir raconter mes pauvres petits malheurs de petite fille gâtée quand ma grand-mère ne s'alimente plus.

Je me sens coupable de pas l'aimer autant que j'ai aimé ma mamie morte il y a bientôt trois ans.
Je me sens coupable de ne pas me sentir aussi proche d'elle que je l'étais de ma 3è grand-mère qui n'était même pas une grand-mère de sang.
Je me sens coupable de ne pas savoir comment être là pour mon père alors que j'avais les bons gestes pour ma mère il y a trois ans.

La culpabilité me ronge car je ne pense pas être capable d'écrire autant qu'à la mort de ma mamie.
La culpabilité me ronge car ça fait un an que ma grand-mère souffre :
la jaunisse.
le pancréas tellement gros qu'il empêche la bile de s'évacuer.
mal au ventre.
Ne plus manger.
Mais vouloir vivre.

La culpabilité me ronge car ma grand-mère était tellement en forme pour son âge que je ne réalise pas qu'elle puisse réellement souffrir.

Coupable de peut-être ne pas avoir été une bonne petite-fille.
Coupable de peut-être ne pas l'avoir assez appelé.
Coupable de ne pas être assez lui rendre visite.
Coupable de me sentir obligée alors que j'allais voir ma mamie et ma 3è grand-mère avec un réel plaisir, à ma demande le plus souvent.

Mais suis-je vraiment coupable ?
Le cancer ne se serait pas envolé si j'en avais fait plus et ça, j'en suis pleinement consciente.

Il y a trois semaines, un cancérologue disait que ce n'était pas un cancer.
Avant-hier, un autre disait que c'était un cancer en phase terminale et que dans ces cas-là, à partir du début de la maladie, on donnait une moyenne de vie de 10 mois.
Ca fait 12 mois que ça a commencé.

Peut-on considérer les médecins qui l'ont traiter l'année dernière comme coupable ?

Personne n'est coupable, à part peut-être le cancer lui-même, bien que l'on ne soit pas sûr que ça soit le nom à donner à sa maladie.

Je ne me sens pas coupable de sa maladie.

Je me sens coupable de ne pas être épanouie quand je vois ces malheurs dans le monde :
mon père perdre sa mère
ma grand-mère se battre pour la vie
ma grand-mère faible, fatiguée, de plus en plus maigre
mon père et son frère sans cesse entre les médecins et les décisions dont on aimerait bien se passer
j'imagine ce que peut ressentir mon cousin, qui a perdu sa mère à Noël dernier et pour qui notre grand-mère est bien plus qu'une mère

Je me sens coupable de penser à ma petite personne d'abord.

Et je repense à cette phrase que mon père m'a dit ce soir, une blague en fait, mais tellement juste.

LA VIE EST UNE MALADIE SEXUELLEMENT TRANSMISSIBLE DONT L'ISSUE EST TOUJOURS FATALE

A partir du moment où l'on prend conscience de la justesse de ces mots, notre vie prend tout à coup une teinte beaucoup plus colorée...
par Sarah publié dans : Autour des mots
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Vendredi 13 juillet 2007
Cher journal,

je viens à toi ce soir dans un état d'émotion inqualifiable.
En fait si, je peux y mettre un nom : la tristesse.

Je suis rentrée chez moi et je n'avais même pas envie de mettre de musique. Et puis finalement j'ai choisi de me mettre une sélection de ballades.
Pas malin, n'est ce pas ?

Pour le moment, c'est James Blunt qui m'accompagne avec "Goodbye My Lover". J'ai toujours aimé cette chanson et je l'ai souvent écoutée dans ma voiture,
il y a un an ou deux, lorsqu'alors je prenais la voiture et non le métro pour me rendre chez lui.
Et je retrouvais notre histoire dans cette petite phrase "you have been the one for me".
Au passé.
Au passé révolu.

Je ne suis pas triste ce soir car je ne peux pas être avec lui.
Au fond, je le sais très bien alors je ne l'espère pas, même si ce n'est pas l'impression que je donne aujourd'hui lorsque je viens me confier à toi.
Oui, je le veux.
Mais on peut le vouloir sans l'espérer, non ?

Pourtant, aujourd'hui fut une belle journée.
Le soleil est apparu et je crois ne va pas nous quitter du week-end.
Je suis allée voir Harry Potter au ciné et contrairement aux premiers films, j'ai beaucoup apprécié celui-là.

J'ai rejoint ma soeur ensuite pour qu'on aille acheter des maillots de bain, vu qu'on part en vacances la semaine prochaine.
J'ai délibérement occulté le fait qu'elle m'ait dit "tu sais, je crois que maman s'en doute. L'autre jour elle m'a dit : je suis inquiète, elle ne parle pas beaucoup
de Bruno. J'espère qu'elle ne fait pas de bêtises"
Elle sait ce que j'ai vécu, mais je lui avais dit que c'était fini car ça l'était.
Ma soeur m'a dit : tu sais, elle sent ces choses là. Et je la crois car alors qu'elle était en vacances avec mon père à l'autre bout du monde, elle a senti que quelque
chose n'allait pas dans ma vie. Sans savoir quoi.
Bruno m'avait quittée.

Finalement, comme on ne trouvait rien, on a décidé d'aller manger chez nos parents.

Et puis automatiquement, ma soeur a appelé son copain pour savoir s'il voulait venir avec nous.

C'est là que la tristesse a commencé.
Ca fait plus de trois ans qu'ils sont ensemble.
Ils habitent ensemble depuis presqu'un an.
Et même si la semaine dernière il la faisait vraiment chier, aujourd'hui elle fait tout pour lui et s'arrange pour faire en sorte qu'ils puissent partir en vacances
ensemble en août.
Bref, ils sont heureux, amoureux après autant de temps et à chaque fois qu'on va chez nos parents, il est là.

Je l'aime beaucoup, sincèrement.
Mais voilà, même à Noël dernier il était là avec nous.
Eux, ils sont un couple, un vrai couple. Il fait partie de la famille maintenant et c'est tout simplement normal que pour ma soeur, il soit là quand elle sort.

Elle a compris ma tristesste et m'a dit qu'elle me demanderait la prochaine fois avant.
Je dis toujours que ça ne me dérange pas quand elle demande car c'est vrai. Je l'aime beaucoup son mec et je sais que mes parents l'aiment beaucoup, il s'entend super bien
avec notre frère et on l'apprécie tous.

Pendant le dîner, alors qu'il parlait à ma mère, j'ai dit à mon père "c'est fou ce qu'on retrouve de toi dans lui".

Voilà, comme tout le monde, ma soeur recherche l'image de son père dans son mec.

Je retrouvais énormément de mon père chez Bruno, et j'avais très hâte qu'ils se rencontrent et ait une grande discussion et un grand débat d'idées.
Mais il m'a quittée.
Et aujourd'hui, je ne sais même pas s'il y a un peu de mon père chez... je ne sais même pas comment l'appeler. Je ne lui donnerai pas son vrai prénom, même pour toi, cher journal.
Juste pour accuser le coup.
Même si aucune personne concernée ne te lira jamais.
Mais voilà, chez... Stéphane... je ne sais pas s'il y a un peu de mon père.

Et là, tu vois, il y a les feux d'artifice qui pètent dehors.
Mes fenêtres son ouvertes car il fait chaud, et par dessus les explosions colorées, j'entends des gens parler et je les imagine entre eux, riant, heureux.

Je ne suis pas malheureuse dans ma vie.
C'est faux.
Je ne suis pas épanouie et ça je te l'ai déjà dit.

Et ce soir, je suis spécialement triste.

Si tout se passe bien, demain soir, je suis avec "Stéphane". Je lui ai envoyé un texto car je me suis dit que c'était l'occasion pour enfin faire quelque chose de différent.
Je ne lui proposerai pas non plus d'aller regarder le défilé sur les champs élysées, mais la soirée au 33é étage du Concorde Lafayette me parait un très bon compromis
pour regarder les feux d'artifice en "amoureux". (surligner les guillemets)

Il ne m'a pas encore répondu.
Je ne sais pas s'il sera d'accord (peut-être qu'il s'en fout des feux d'artifice, peut-être qu'il y aura trop de monde, peut-être qu'il sera trop fatigué car il aura travailler toute la journée...)

J'en sais rien.
A cette minute, Ronan Keatin me chante que c'est quand je me tais que je lui dis vraiment que je l'aime.

Et je m'accroche à ces notes alors que ça pète de partout dehors et que je sens alors mon coeur exploser, lui aussi.
par Sarah publié dans : Journal Intime
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Vendredi 13 juillet 2007
Je l’ai revu samedi dernier pour une soirée de retrouvailles.

Je savais qu’il serait là mais ça ne me faisait ni chaud ni froid.
Ça me faisait autant plaisir que de voir tous les autres, simplement.

Pourtant, quand je l’ai vu arrivé dans le bar, toujours habillé de la même façon que lorsque nous étions à l’école, une jolie hollandaise à ses côtés, je n’ai pu m’empêcher de revivre cet instant magique.

Un instant qui a duré une seconde, un week-end, pas plus.
Un instant oublié, un instant qui me fait vibrer encore aujourd’hui.

On s’est rencontré sur le quai du métro de la ligne 13, à la station Invalides.
C’était au début du mois d’octobre, le premier jour de cours.
Nous avons commencé à faire connaissance jusqu’à ce qu’on arrive dans l’enceinte de notre nouvelle école.
Arrivés dans la salle de classe où ni lui ni moi ne connaissions qui que ce soit, nous nous sommes naturellement installés à côté.
Et pour la pause de midi, nous sommes naturellement allé manger un sandwich dans le parc d’à côté.

Et puis nous ne nous sommes jamais quittés.
On rentrait ensemble tous les soirs car en métro, puis en RER, mais on ne se voyait jamais en dehors des cours.
Il m’appelait souvent le dimanche à 19h pour savoir quels devoirs ou travaux nous avions à faire pour le lendemain.

Renaud et moi nous étions quoi, camarade de classe, camarade de RER peut-être ? Je ne sais pas.
On était tout le temps assis à côté, on s’entendait bien, je l’aimais beaucoup et ça s’arrêtait là.
J’avais quelqu’un dans ma vie et il l’a su dès le premier jour.

Seulement le mois de mai m’a amené ce moment que j’avais oublié jusqu’à samedi dernier.

C’était un vendredi soir, pour notre dernier cours de la semaine.
Nous avions cours avec ce professeur qui aimait beaucoup nous faire faire des travaux de groupe, afin de nous préparer comme il le fallait à « l’esprit d’équipe. »

Renaud et moi nous sommes donc installés dos au professeur, afin d’être mieux placé pour faire notre devoir à quatre.
Nous étions au fond de la classe.
Il faisait beau.
Les examens approchaient mais étaient encore suffisamment loin pour qu’on soit tous de bonne humeur.
À la fin de l’exercice, le professeur a pris la parole.
Renaud était assis à ma gauche. Afin d’écouter le professeur, nous étions tous les deux à moitié tourné sur nos chaises respectives.

Et au moment où nous avons tous les deux tourné nos regards dans la direction de notre professeur, quelque chose s’est passé.

Mon regard a croisé le sien.
Son regard a croisé le mien.
Nos regards se sont arrêtés l’un dans l’autre.

J’ai tout d’un coup senti quelque chose en moi. Comme de l’électricité. J’avais chaud. Je vivais l’instant intensément en comprenant qu’il y avait quelque chose de différent.
Ça n’a duré que quelques secondes, quelques secondes en une année où nos yeux se sont parlé.
C’était comme un éclair…
Il n’y a même pas eu de sourire échangés.
Juste ce regard…

Après cela, j’étais incapable de porter mon attention sur le cours.
Nous avions repris nos places normales, côte à côte.
Je sentais son genou contre le mien, son coude contre le mien.
C’était très léger. Sans ce regard, je crois que je ne m’en serai même pas rendue compte.
Mais là, le moindre geste avait tout d’un coup une valeur autre.

Et j’étais sûre que ce n’était pas qu’une illusion.
Personne ne m’a jamais regardé aussi électriquement en simplement quelques secondes. Je n’ai jamais échangé un tel regard, une telle électricité en plongeant mes yeux dans ceux d’un homme à part pendant ces quelques secondes.

Il était 16h.
La semaine était finie.
Direction le métro, ligne 13. Comme à notre habitude Renaud et moi sommes descendus à Invalides pour prendre le RER C.

Déjà dans le métro, j’étais assise contre lui.
Pas à côté de lui.
Contre lui.

Et puis nous savions déjà à ce stade de l’année à quelle heure passait les différents RER. On était tous les deux conscients qu’à cette heure-là, le train de 16h24 allait chez lui mais pas chez moi.
Alors que celui de 16h32 desservait les 2 gares.
Il en a parlé pendant tout le trajet de métro.

La correspondance entre le métro et le RER à la station des Invalides est assez longue.
J’ai toujours vu Renaud se dépêcher pour être sûr d’attraper son RER.

Ce jour-là, dans les escalators, il est resté sans bouger, laissant le mécanisme de cet escalier le diriger un peu plus près du RER.
Ce jour-là, sur le tapis roulant, il allait se laisser transporter encore plus près du RER sans bouger…

« Fait-il exprès de ralentir la cadence pour rater son train et prendre le même train que moi ? pour ainsi passer plus de temps avec moi ? pour ainsi retarder le moment de se quitter ? parce que comme moi il a envie que ce regard d’une seconde s’éternise le plus longtemps possible ?»

Mais malgré toute l’électricité qui ne s’éteint pas encore éteinte, je n’ai pas laissé le tapis roulant me transporter mais j’ai accéléré le pas.
Alors il m’a suivi.

Nous sommes arrivés sur le quai à 16h22.
J’étais déçue.
Très déçue.
Je savais qu’il allait monter dans le train de 16h24 que je ne pouvais pas prendre.

Il n’arrêtait pas d’y faire allusion.

Tu veux pas attendre le prochain avec moi ?
Des mots qui me brûlaient les lèvres.
Des mots qui me brûlent encore les lèvres quand j’y repense car je ne les ai jamais prononcés.

Le RER est arrivé.
Et là, Renaud m’a fait la bise.

Depuis le mois d’octobre, à force de se voir tous les jours, on ne se faisait plus jamais la bise.

Alors deux baisers furtifs qui n’en étaient même pas, comme ça, au milieu de nul part, après ce regard électrique m’ont fait tout simplement chavirer.
Je l’ai laissé monter dans le RER, le suivant des yeux, pour voir si peut-être il allait se retourner…
Il ne s’est pas retourné et je me suis laissée tomber sur le banc qu’il y avait juste à côté de moi.

J’ai quelqu’un quand même ? qu’est ce qu’il se passe ? Ça fait 8 mois qu’on est potes et qu’il ne s’est jamais rien passe, qu’il n’y a jamais eu aucune ambiguïté…

Et puis c’était le week-end…
Je ne le reverrai pas avant le lundi suivant.

J’ai passé le week-end à espérer qu’il m’appelle.
J’ai passé le week-end à essayer de trouver une excuse pour l’appeler.

Je me suis retrouvée lundi matin sur le quai de la ligne 13 à Invalides, sans avoir eut le courage de prendre mon téléphone, repensant sans cesse à ce simple regard…
J’étais au fond du quai, et je regardais les gens descendre les escaliers de l’autre côté du quai.
Je ne voyais rien car je n’avais pas mes lunettes.

Mais j’ai reconnu sa démarche tout de suite.
Ça doit faire 6 mois qu’on ne s’est pas retrouvé le matin. J’arrive toujours en avance, il arrive toujours à la dernière minute…
Il sait que j’arrive toujours en avance. Qu’est ce qu’il fait là ? A-t-il fait exprès d’être là plus tôt pour me voir ?
Ce regard peut-il vraiment avoir eut un effet encore présent deux jours plus tard ?
Est-ce que je ne suis pas en train de vivre dans un conte de fée là ? un film ? Un roman d’amour ?

Sans avoir le temps de trouver des réponses à ces questions qui n’en avaient probablement pas, Renaud est devant moi et me fait la bise en guise de bonjour.
On monte dans la rame de métro, heureusement vide à cette heure-là (ça aurait peut-être été mieux si la rame avait été bondée, j’aurai pu me coller à lui…).
Nous nous sommes assis côte à côte.
Je ne sais pas ce que je lui disais mais tout d’un coup, j’ai vu tout son corps se figer, son visage en face du mien, sa main s’approcher de mon visage et me dire « tu as un cheveu, là ».
Il m’a alors délicatement enlever ce cheveu.

J’ai senti la même chose dans ses gestes et son attitude que le vendredi passé.

Que se serait-il passé si à la station d’après une personne de notre classe n’était pas montée, ne nous avait pas vu, et ne s’était pas assise avec nous ?

Il est resté ainsi, son visage en face du mien. Il avait dégagé mes cheveux de mon visage, délicatement.
Mon cœur battait, je sentais ses doigts à seulement quelques millimètres de ma peau. C’était une caresse délicate, tendre, gênée même.
Il n’osait pas.
Je le regardais mais lui avait les yeux tournés vers mes lèvres, je crois.
Je sentis alors ses doigts sur ma joue.
Je vis son regard plonger dans le mien, à nouveau, comme vendredi dernier. Et je sentis ses lèvres s’approcher de plus en plus près des miennes.
Je ne faisais rien.
Je ne faisais que sentir mon cœur battre.
J’en oubliais que j’avais déjà quelqu’un dans ma vie.
J’accueillis ses lèvres avec plaisir, avec tendresse, avec délicatesse, et puis au fur et à mesure que le métro nous emmenait vers le chemin de l’école, j’accueillais sa langue avec gourmandise.

À la station d’après, une personne de notre classe est montée, nous a vu et s’est assise avec nous.
Ce n’était même pas quelqu’un qu’on appréciait.
Et je la maudissais.

Un mois plus tard, le dernier jour des examens, mon copain devait venir me chercher.
Il était en très en retard.
Alors je suis restée avec Renaud qui lui passait son dernier examen un peu plus tard.

S’il avait été tout seul dans la pièce où moment où je suis partie, je crois que j’aurai dit quelque chose, fait quelque chose, montré quelque chose.
Un geste, un baiser furtif, une caresse volée, un long monologue dit avec un simple regard…
Il n’était pas seul.
Je lui ai simplement fait la bise et je me suis retournée quand il n’était déjà plus dans mon champ de vision.

Après l’été, j’avais tout oublié.
Je me suis souvenu de l’effet que ce regard a eu sur moi seulement samedi dernier, quand il a passé la porte du bar et qu’après m’avoir vu, un sourire sincère s’est dessiné sur ses lèvres.



par Sarah publié dans : Souvenirs
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Jeudi 12 juillet 2007

Cher journal,

je suis de retour plus vite que prévu.
Mais fallait bien le prévoir, j'ai passé la soirée et la nuit chez lui alors forcément, j'ai plein de choses à te dire!

Déjà, je suis crevée. Je suis partie de chez moi hier à 19h pour ne rentrer qu'à 18h aujourd'hui avec des chaussures qui me
meurtissent les pieds. Et je savais hier que ces chaussures qui m'ont coûté cher au portefeuille coûteront aussi cher à mes
petits petons.
Et pourtant, j'ai décidé de ne pas prendre de baskets dans un sac en plastique.
Aujourd'hui, crois moi, je regrette fortement !

Comme je te l'avais dit hier, nous sommes allés dans un resto à Neuilly, à 2 rues de chez lui. J'avoue que vu l'état de mes pieds,
au fond, ça ne me dérangeait pas.
Et puis j'aime bien ce qu'ils font dans ce restaurant. Lui a apparemment oublié que la dernière fois qu'on est allé là-bas, je l'ai quitté...
Enfin, il l'avait compris depuis quelques jours déjà, par de simples sms qui ne se voulaient absolument pas sms de rupture.
Mais il fallait que je lui parle en face à face pour lui expliquer.
Et ce soir-là, on était dans ce resto-là...

Au début, tout s'est bien passé. Comme d'hab. On a parlé du boulot. Il m'a un peu raconté sa journée, je lui ai parlé de la mienne
(surtout celle de la veille où j'ai enchaîné un entretien, une réunion et une conversation sur ma carrière avec mon chef...)

Et puis il m'a dit que ce week-end, samedi soir, il avait l'anniversaire de sa filleule. Déjà, j'ai dû réfléchir un temps pour savoir qui était
sa filleule car il est probablement encore plus athée que moi et ça m'étonne qu'il soit parrain. Mais je me suis souvenu rapidement
qu'un de ses meilleurs potes qui est un ancien collègue s'est marié avec une autre ancienne collègue et ils ont eu une petite fille.

Tout d'un coup, j'étais moins enthousiaste.
Puisque je suis en vacances, enfin un week-end où je ne bosse pas. Je voulais en profiter pour le voir. Et puis je pars en vacances
la semaine prochaine.
Alors là, j'ai sorti un "j'aurai bien aimé te voir ce week-end" et je lui ai rappelé que je partais la semaine prochaine.

Il m'a encore répété que jeudi et vendredi il n'avait pas le choix de ses soirées et qu'il ne pouvait rien y faire (le boulot, toujours...)
mais qu'il verrait pour samedi.
Et je me suis carrément permis un "je te propose pas de t'accompagner... ?"

C'est vrai, on n'a jamais fait ça lui et moi, passer une soirée avec ses amis à lui ou mes amis à moi.
Et puis comme il m'a justement répondu "non, ne me propose pas ça sera plus simple."

Evidemment, j'ai posé la question fatidique que je dois prononcer encore plus souvent que les gamins de 5 ans :
"pourquoi ? "
"ça serait déplacé"
"pourquoi ?"
"ce sont tous des anciens de..."

Ok, j'ai compris. Ils ont tous connus mes parents, eux aussi...

"mais ils savent non ?"
"pas tous..."

Et puis j'ai fait ma moue et il a joué avec ça, me disant que j'étais chiante.

J'avais trop envie de lui parler de plein de choses mais j'ai juste dit "c'est de ta faute", sur le ton de la rigolade mais sérieusement quand même.
Je me suis reprise et j'ai dit "disons que moi, je ne fais rien pour qu'on ne soit pas ensemble".

Et là, il n'avait rien à répondre.
Il était d'accord. Moi, je ne fais rien pour qu'on ne soit pas ensemble.
Et lui ? Fait-il quelque chose pour qu'on soit ensemble ou fait-il tout pour qu'on ne soit pas ensemble ?
J'en sais rien...

Après ça, ou avant ça, je ne sais même plus, il m'a demandé ce que je lisais en ce moment. Je lui ai tendu le bouquin
que j'ai sorti de mon sac (en passant, j'adore tellement parler de livres et de littérature avec lui!) et pendant qu'il lisait
la 4è de couverture je lui ai dit "tu sais, il y a un très bon moyen pour toi de savoir ce que je lis..."

Et à mon tour de ne plus rien avoir à répondre :
"je pourrais le lire ton truc en diagonale. Je te rappelle que pendant l'été, je fais le boulot de 4 personnes à la fois et donc quand
je rentre je suis crevé. Alors oui, je pourrais le lire en diagonale mais je n'ai pas envie de le lire en diagonale."

Ok, ça fait presque 3 semaines voire plus que je lui en ai parlé. Et tous les jours je le maudis de ne pas l'avoir fait.
Mais après ça, qu'est ce que je peux répondre ?
Ca veut dire que oui, il fait bien attention à moi et que tout ce qui me touche de près il s'en soucie sincèrement...

N'est-ce-pas ?
Ou bien là je me fais des romans à l'eau de rose ?
Je n'ai jamais douté de sa sincérité, donc tu vois, cher journal, là, je me demande...

On est remonté chez lui après et je lui ai fait un massage des mains, du cou, du dos...
Evidemment, j'avais acheté une huile de massage dans la journée et je lui ai exposé fièrement mais c'était pour que lui
me fasse un massage!
Bon, j'ai rien à dire, il a eu une grosse journée et moi je suis en vacances...
Mais ce que je n'aime pas avec lui c'est que c'est toujours "chacun son tour". Bon, ça veut dire que la prochaine fois ça sera mon
tour. Mais tu vas voir qu'il sera encore trop fatiguée...
Je vais être obligée de m'inviter des migraines pour qu'il fasse l'effort... Enfin j'exagère peut-être, j'en sais rien...

Faut dire que j'ai vraiment cru comprendre qu'à partir du moment où je m'éloignais, il était tout tendre, mais quand je me montre bien présente,
il est plus distant...
c'est vrai, j'ai dû lui dire 3 fois que je l'aimais depuis 1 mois. C'est plus que ce que tout ce que j'ai pu lui dire en 2 ans
(voire même 12 ans...)
et puis je suis jalouse...
son téléphone a sonné quand on était au resto. Il a pas répondu (ce que j'apprécie) mais il m'a dit que c'était son ex et qu'il se demandait
s'il ne devait pas aller manger avec elle (bon, là je suis contente que ce soit pas moi qu'il ait oublié mais quand je lui ai dit, il ma répondu :
je pouvais pas oublier, tu venais à domicile... bon, moins contente là Sarah...)
Bref, je ne sais pas de quelle ex il s'agit, c'est peut être celle qui s'est mariée la semaine dernière (et avec qui il était il y a quoi, 14 ans ?), dans ce cas là,
je ne devrais pas être jalouse mais j'y peux rien.
Par contre, je ne l'ai pas laissé transparaître! enfin, je crois pas...

Et puis y a eu sa blague plus tard...
Normalement, on fait tout le temps l'amour sans préservatif mais dernièrement j'ai eu tendance à beaucoup oublié ma pilule...
Donc il est parti chercher un préservatif au moment crucial et puis en fouillant dans les tiroirs c'était "ah oui, sauf que y en a plus..."
et là, il a ajouté "je comprends pas, j'ai acheté une boîte de 20 la semaine dernière"...

Drôle n'est ce pas ?
Et bien pendant une seconde mon coeur s'est mis à battre.
Mais ai-je le droit ?
Est-ce que je suis avec lui ?
Dans la soirée, je lui ai dit que je me considérais "célibataire". Avec les guillemets. Faut croire que lui c'est pareil.
Mais aujourd'hui on s'embrasse pour se dire bonjour alors qu'à l'époque où nous n'étions pas ensemble mais que j'allais dormir
chez lui toutes les nuits, on se faisait la bise (quitte à échanger nos salives la seconde d'après) mais c'était un accord tacite pour se
prouver que nous n'étions effectivement pas ensemble.

Là, tu vois, cher journal, rien n'est défini.
Donc si effectivement il a vidé une boite de 20 capotes en une semaine et que c'est pas avec moi, ai-je le droit d'être jalouse ?

De toute façon, après il m'a dit "avec tout le boulot que j'ai..."
Oui, c'est vrai, il a trop de boulot pour baiser n'importe qui et puis après j'en ai ri avec lui : "bah tu pourrais faire ça avec
des collègues de boulot"
"ah oui j'y avais jamais pensé" me répondit-il alors que nous étions tous les deux nus, et qu'il était en train de m'embrasser
tendrement et que je pouvais sentir son sexe contre moi...

On s'est repris, on a fini de regarder l'émission qu'on regardait et puis on s'est préparé à dormir.
Et moi, je voulais être contre lui.
Je sais plus ce qu'il a dit ou fait mais ça voulait clairement dire : me colle pas.

J'ai pas pensé, j'ai dit "ok" et je me suis levée.
J'aurais voulu partir et claquer la porte en lui disant "si tu veux pas que je sois là, fallait le dire avant".

Il m'a devancé "tu vas où ?"
et moi bêtement "chercher mon téléphone (sous entendu : pour mettre mon réveil)"

Et en revenant je lui ai dit "si tu veux pas que je vienne dormir fallait le dire avant".

Il aime pas quand je boude, il me fait toujours des remarques.
Mais là, j'avais l'impression de l'emmerder, pour de vrai. Et je me demandais vraiment pourquoi j'étais là.
Enfin je sais pourquoi moi je suis là, mais je ne sais pas pourquoi lui est là avec moi, nu dans le même lit.

Est-ce que c'est parce qu'il m'aime vraiment ?
Est-ce que c'est parce qu'il tient vraiment à moi ?
Est-ce juste pour mon petit cul, comme dirait mon super médecin magique ?

J'en sais rien.
Mais je faisais la gueule.

Au bout de plusieurs minutes de silence il m'a dit : "j'ai chaud, et j'aime pas qu'on me colle quand j'ai chaud".
Fair enough.
En plus c'est vrai qu'il faisait excessivement chaud.

Mais quand même je lui ai répondu quelques minutes après que j'avais l'impression que je l'emmerdais.
"qu'est ce que je viens de te dire ?"

Oui, je sais, mais quand même...
moi j'ai envie qu'il me prenne dans ses bras et que quand on s'endort, je sois contre lui. Et pas forcément toujours avec
mes fesses collées contre son sexe.
Ok, moi aussi j'aime bien c'est très agréable et assez excitant.
Mais parfois j'aimerais bien juste être dans ses bras et avoir de la tendresse par des petits gestes tout simple...
Comme il a fait les toutes premières fois où on s'est revu il y a même pas un mois...

Alors tu vois, quand j'ai senti ce matin qu'il s'est mis contre moi j'étais trop contente !
Mais évidemment, c'étaitparti pour du sexe.
Non que ça me déplaise, encore une fois, surtout au réveil c'est toujours agréable...
Mais moi je voudrais juste m'endormir dans ses bras...

Je l'ai déjà dit ?
Oui je sais je l'ai déjà dit.

Mais je m'en fous.
Tu es mon journal intime alors je dis ce que je veux et j'écris ce que je veux ! Peu importe que ça se répète, que ça n'ait pas de sens,
que ça soit choquant ou qu'il y ait des fautes d'orthographe...

Et puis après il est allé prendre une douche et il est parti bosser, me disant qu'il m'enverrait un sms pour me dire
comment on ferait pour ce week end.

Moi j'aimerais aller dormir chez lui demain soir encore, même si je passe pas la soirée avec lui.
Et j'aimerais bien en profiter pour être avec lui jusqu'à la fin d'après-midi, puisque de toute façon je peux pas passer la soirée avec lui.
Et ça serait cool qu'on aille faire du roller à nouveau, ou même qu'on aille se faire un ciné...

Mais bon, j'ai pas trop d'espoir.
Si je vais dormir chez lui, y a des chances que je doive partir à 12h parce qu'il doit aller au boulot, ou parce qu'il
a un truc à faire avec un de ses potes...

D'un autre côté, si je prends tout son temps libre, quand est ce qu'il aura effectivement le temps de me lire ?

Tu sais cher journal, j'ai 23 ans aujourd'hui. 24 bientôt.
La dernière fois que j'avais un journal intime, j'avais quoi, 15 ans ? un peu plus peut être... je parlais déjà de lui.
A côté des milliards de mecs qui me faisaient rêver.
Mais lui avait une place particulière dans ces lignes là. Comme toujours.
Et aujourd'hui, c'est peut-être ridicule de tenir un journal intime, mais là, sincèrement, ça me fait du bien.

Alors merci cher journal !
Et à bientôt sûrement...
par Sarah publié dans : Journal Intime
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Mercredi 11 juillet 2007
Cher Journal,

ce soir j'ai les yeux qui me brûlent tellement j'ai pleuré.

Une légère migraine se propage à l'horizon à cause des larmes que j'ai versées.

Le pot de nutella est à côté de moi, ouvert sur le canapé, une petite cuillère fièrement prête à toute engendrer.

Mon indice de masse corporel ?
Pfff si tu savais comme je m'en fous ! Je pèse 43 kilos, tu crois que c'est trop peut-être ?
L'autre jour mon super-médecin magique a cru que je devenais anorexique. Alors que j'adore manger !
Certes, je déteste me faire à manger. Alors oui, aujourd'hui j'ai mangé un sandwich jambon fromage en vitesse
devant l'ordinateur à midi, et puis j'ai juste fait une salade avec un croque monsieur et un yaourt en dessert ce soir.
C'est pas beaucoup, je sais.
Mais quel plaisir ai-je à manger seule ?

Normalement, demain soir je vais manger avec lui. Je ne sais pas où on ira, probablement à Neuilly, dans un
des multiples restos que nous avons déjà essayé...
je voulais y aller ce soir. Ne serait-ce que pour dormir avec lui. J'ai passé une journée de merde.
Mais faut croire que lui aussi et que malgré l'heure tardive qui annonce qu'on est presque déjà demain, il
est encore au boulot...

Est-ce que je peux lui en vouloir ?
Dis, je peux lui en vouloir tu crois de travailler autant ?

Non...

Mais je peux lui en vouloir de ne pas me dire pourquoi il pense qu'on ne pourra jamais être ensemble ?

Non... parce que tu connais la réponse.

Ah non ! je ne connais plus la réponse à cette question, ça c'est sûr!

J'aimerais fumer une cigarette.
J'aimerais m'allonger sur le parquet, tirer sur une cigarette, respirer tout doucement et regarder la fumée s'envoler.
Ca me calme.

Je sais, c'est pas bien de fumer.
Mais je ne fume pas vraiment.
Je fume peut être une cigarette ou deux par semaine. Et je n'en ressens que rarement le besoin.
Je dois être immunisée contre la nicotine.

Mais je n'ai pas de clopes.
Alors je plonge la cuillère au fond du pot de nutella et je laisse la pâte fondre dans ma bouche...

Pfff, dis moi cher journal, pourquoi c'est si dur la vie ?
Pourquoi il y a plus d'un mois j'étais heureuse ? J'étais avec un mec génial, vraiment. Un mec intelligent et intellectuel,
toujours en train de réfléchir, un mec fier de moi, qui se promenait à Paris avec moi, avec qui j'allais au resto,
au ciné, au Quick ou manger un grec. Un mec qui préparait à manger quand on allait chez moi.
Un mec qui parlait presque toutes les langues de la Terre. Un mec avec un métier formidable.
J'étais avec un mec formidable et je l'aimais et je voulais ses enfants.
Il le savait.
Il est parti.
Je ne l'ai pas vu venir.

Les yeux m'ont brûlé comme ce soir pendant plusieurs jours après ça.
Et pourquoi aujourd'hui je me suis retournée vers lui?
Lui avec qui toutes ces belles promenades ne sont pas possibles ?

Pourquoi la vie n'est pas comme dans les romans cher journal ?

C'est quoi la vie pour toi ?
toi, journal virtuel qui n'existe même pas de papier, qui ne peut même pas boire l'encre de ma plume.
Toi qui me fait penser à Jumping Jack Flash, ce film avec Whoopy Goldberg où elle parlait en instantané via un
ordinateur avec quelqu'un ? Un film qui date des années 1990 quand Internet n'était connu que des bases militaires
et qui était l'ancêtre de msn ?
Comment tu fais pour être heureux toi cher journal ?
Tu te contentes de quoi ?

Moi, pour être vraiment heureuse, je veux un boulot épanouissant, une relation stable. En plus de ce que j'ai déjà :
une famille unie, un appartement et des amis.

Voilà.
Est-ce trop demander dis moi cher journal ?

Est-ce que tu vas t'insurger car justement j'ai déjà une famille, des amis, un toit, un boulot et un semblant de mec?
Alors que d'autres sont beaucoup plus malheureux ?

Je ne suis pas malheureuse cher journal.
Je ne suis juste pas épanouie.
Pas épanouie dans mon travail
Pas épanouie dans ma relation, si je peux appeler ça une relation.

Alors tu vois, puisque tu es mon journal intime, je te livre mes pensées les plus intimes, les plus noires, les plus
méchantes, les plus choquantes.
Et toi, tu es là pour écouter, boire mes paroles et les garder bien au chaud près de ton coeur.

Je reviendrai sûrement bientôt!
Bonne nuit cher journal...
par Sarah publié dans : Journal Intime
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Mardi 10 juillet 2007
Ce soir je te hais.
Je te hais et je te déteste.

Je te hais, tout autant que je t’aime. Je te hais du plus profond de moi.

Je te hais et j’aimerais pouvoir t’asséner de coups pour que tu comprennes la douleur de mes larmes.

Je te hais car tu me fais souffrir.
Et je te hais car tu n’aimes pas me faire souffrir.
Je te hais car tu n’es pas capable de construire.
Je te hais car tu m’aimes mais tu ne peux pas m’offrir ce dont je besoin.

Je te hais parce que tu me fais verser des larmes. Des larmes qui font couler de l’encre, des larmes qui me déchirent le visage, des larmes qui gèlent sur cette feuille blanche.

Je te déteste car tu ne réponds pas à mes attentes, ni à mes questions, ni à mes besoins.
Je te hais car j’aime tant l’odeur de livres qui émane de ton appartement.
Je te hais car j’aime tant m’abandonner dans tes bras.

Ce soir je te hais car je n’ai jamais fait l’amour avec toi en dehors que ton lit.
Ce soir je te hais car on ne sort jamais, on ne va jamais au cinéma, on ne va même plus faire de promenade en roller.
Ce soir je te hais car je sais que jamais tu ne m’assumeras.

J’ai tellement envie de te crier dessus, de te crier tout mon amour, toute ma rage, toute ma colère.
Pourquoi n’as-tu toujours pas lu ce que je t’ai écrit ? Pourquoi tu ne veux pas sortir de Neuilly ? Pourquoi si tu m’aimes comme tu le dis tu ne peux pas être avec moi ? Pourquoi ne peux-tu pas passer outre mes parents ? Pourquoi ne suis-je pas aussi importante pour toi que tu l’es pour moi ?
Moi, oui, j’affronterai mes parents pour toi. J’affronterai monts et vallées. J’affronterai la pluie et le vent. J’affronterai les regards et les tabous. J’affronterai le monde entier et c’est bien pour ça que c’est avec toi que je ferai le tour du monde.
Mais toi, ferais-tu tout ça pour moi ?

La réponse est non et je le sais très bien.
Et pour ça je te hais et je te déteste et je voudrais que tu souffres comme je souffre.
Je voudrais que tu m’aimes comme je t’aime.

Ce soir je te hais comme tous les autres soirs.
par Sarah publié dans : Lettres
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Mardi 10 juillet 2007
Le soir de Noël, Sarah se rendit chez ses parents.
Elle retrouvait toujours avec plaisir cette maison où elle avait passé son adolescence, cette maison pleine de souvenirs et de rires.
Elle savait que ça serait leur dernier Noël sous la véranda, en face du jardin tout blanc, à côté de la cheminée où le feu ne crépite qu’en ce soir merveilleux.
Elle savait qu’ils se retrouveraient en famille pour la dernière fois autour de cette table en verre, avec un sapin gigantesque sous lequel reposaient quelques 50 cadeaux.

Ses parents avaient vendu la maison.
Ils avaient besoin d’argent et les enfants étaient maintenant tous indépendants. Elle, dans son appartement, seule, au milieu de ses livres et de ses écrits. Sa jumelle, dans son appartement bleu et blanc, brillant et impressionnant dans le XVè arrondissement, avec son petit copain. Son frère, depuis toujours, sous les toits, dans un studio, juste à côté de là où Louis XIV avait établi ses quartiers. Sa grande sœur, à 500 kilomètres, entre ses pinceaux et ses crayons, avec ses amis et son petit ami, en colocation.
Les quatre enfants d’une famille heureuse et unie tous indépendants, tous ayant un travail, tous se retrouvant avec plaisir au coin du feu et au milieu de tous ses paquets cadeaux pour boire du champagne, déguster avec délice le repas de Noël, craquer sur les bûches et les truffes en chocolat, s’embrassant pour chaque cadeau ouverts et offerts.

Tout le monde avait des cadeaux pour tout le monde.
C’était comme ça depuis des années.
Les chats noirs se mouvant sous le sapin, jouant avec la guirlande électrique, jouant à cache-chache entre les gros et les petits paquets.

Sarah était heureuse mais ne pouvait s’empêcher d’avoir un pincement au cœur.
Elle était ravie de retrouver ses parents, ravie de retrouver ses frères et sœurs. Ravie de faire plaisir, ravie de recevoir des cadeaux, ravie de savoir qu’elle allait bien manger. Ravie que chacun se soit fait beau. Ravie de savoir qu’elle allait voir le sourire chez son père, sa mère, sa jumelle, son frère, sa grande sœur.
Ravie de pouvoir jouer avec les chats.
Ravie de se réchauffer près du feu.
Ravie d’être dans cette maison, au chaud alors qu’il neige dehors. Ravie de voir cette neige.
Elle était ravie.

Mais elle savait ce qu’elle aurait voulu pour Noël.
Et c’était impossible.
Bien sûr, elle savait que tous les livres, les jeux, les blagues, les photos qu’elle allaient recevoir lui ferait plaisir.
Bien sûr, elle savait qu’elle oublierait sûrement un peu le temps de cette soirée.
Mais ce qu’elle voulait vraiment, personne ne pouvait le lui offrir.

Il était 19h quand son frère arriva.
Il avait les mains vides, une chemise blanche sous une veste noire et ne s’était pas rasé. C’était lui le père Noël de la famille, avec toujours trois cadeaux pour tout le monde. Il avait pris soin de se glisser par la cheminée quelques jours auparavant, avant de devoir rendre la clé, pendant que personne n’était là, pour déposer sa montagne de cadeaux sous le sapin.

La famille réunie, son père armé de son appareil photo, sa mère de ses plus bijoux, sa jumelle de ses meilleures pitreries, sa grande sœur de ses sourires, son frère de son plaisir d’offrir et Sarah de sa bonne humeur, ils s’installèrent dans le salon attenant à la véranda, versèrent le champagne et trinquèrent à un joyeux Noël en famille, le dernier dans cette maison.

Et le rituel de leur Noël commença.
Chez Sarah, pas de Jésus, pas de crèche. Chez Sarah, pas de religion. Chez Sarah, seulement la famille et le bonheur d’être ensemble.
Depuis que tous les enfants étaient partis, il était difficile pour eux de se retrouver juste à six. « A nous six, et joyeux Noël ! »
À vrai dire, pour Sarah, être dans cette maison une dernière fois, juste tous les six, était déjà un superbe cadeau.

Chacun bu sa gorgée de champagne après avoir entendu toutes les coupes se cogner légèrement, sans se croiser et en se regardant dans les yeux, la distribution de cadeaux commença.

Le frère de Sarah et Sarah elle-même étaient les elfes du Père Noël cette année. Le père de Sarah mitraillant de photos, demandant à qui recevait d’attendre avant de déchirer le papier pour qu’il prenne la photo parfaite, parfois simplement prenant les photos au naturel.

La frère de Sarah prenait un paquet sous le sapin, le donnait chaleureusement à son destinataire et on n’ouvrait pas d’autres paquets avant que celui-ci ne soit ouvert et que l’accolade chaleureuse et les baisers de remerciements soient effectués.
Au tour de Sarah de choisir un paquet.
Et ainsi de suite pendant plus d’une heure.

Cette année, ils avaient fait tous fait un pari : combien de paquets y a-t-il sous le sapin ?
Tout le monde avait déposé ces paquets la veille au soir.
Le sol n’avait encore jamais été aussi noir de paquets de toutes les couleurs, plein d’étoiles, de bonshommes de neige, de rouge, de vert, de pères noël rouges et de guirlande dorée.
Papa avait dit : 54.
Mais le frère de Sarah avait surenchéri pour 66.
Maman n’avait pas visé aussi et s’était arrêtée à 50.
Sarah et ses sœurs, elles, étaient toutes d’accord sur 60.

Personne ne gagna.
Il y avait 72 paquets sous le sapin.

Bien sûr, Sarah aimait recevoir des cadeaux comme tout le monde, mais ce qu’elle aimait le plus à Noël, c’était le partage.
Le sourire et l’étonnement de sa jumelle quand elle vit qu’elle avait reçu une nuit gratuite dans un palace parisien, à partager avec son petit ami.
Les yeux de sa mère briller à chaque fois qu’elle voyait un de ses enfants sourire, surtout lorsqu’elle voyait ses quatre enfants s’embrasser et s’aimer sans ne jamais se détester.
Le flash de l’appareil photo de son père.
L’originalité de sa grande sœur qui sans avoir beaucoup d’argent trouvait toujours des cadeaux exceptionnels.
L’excentricité de son frère qui lui, n’hésitait pas à casser sa tirelire pour faire plaisir à tous et plus d’une fois.

Et puis bien sûr, après les cadeaux, le champagne et les cacahuètes, le repas de Noël.
Exceptionnellement, c’était sa grande sœur qui avait tout préparé. Elle était fine cuisinière et artiste. Ce qui se mariait très bien et donnait un goût coloré à la table dressée spécialement avec les plus belles assiettes et les plus beaux couverts.

Au son de leurs rires, à la lumière de la guirlande qui clignote, en compagnie des chats qui leur tournaient autour pour manger un bout de dinde ou de chocolat, la famille de Sarah passait un merveilleux Noël.

Sarah avait oublié le temps de cette soirée qu’elle ne pouvait pas avoir ce dont elle avait le plus envie, et le plus besoin.
Ses frères et sœurs étaient bien sûr au courant.
Ils savaient eux, qu’elle était amoureuse d’un homme avec qui elle ne pouvait pas être.

Mais ils ne comprenaient pas pourquoi, et Sarah était elle aussi incapable de l’expliquer, pourquoi lui refusait de braver cet obstacle.

Leur amour était impossible mais il n’était pas marié, n’avait pas d’enfant, habitait la ville d’à côté. Leur amour était impossible mais elle passait plusieurs nuits chez lui, dans ses bras, à recevoir ses douces caresses et ses baisers tendres.
Leur amour était impossible mais elle allait souvent dîner avec lui, partageait des films, des livres et des grandes discussions avec lui.

Dans les faits, leur amour était là. Et il lui rendait.
Elle ne savait pas pourquoi il ne voulait pas.
Elle le savait mais ne le comprenait pas et ne l’expliquait pas.

« Sarah ? »
Elle sursauta.

Tout le monde s’était levé pour débarrasser la table afin de passer au dessert. Le dessert, le moment préféré de Sarah, même si elle avait déjà le ventre plein.
Elle était plongée dans ses pensées et n’avait même pas remarqué que ce moment précieux à ses papilles arrivait.

Elle se leva pour aider, un petit sourire gêné en direction de sa jumelle qui savait très bien à quoi elle pensait.

Finalement, le dessert lui fit se replonger de plus belles dans les souvenirs des nombreuses fois où elle s’était retrouvée au restaurant avec lui, croquant avec délice dans un dessert, se laissant transporter par son regard plein de tendresse.
Elle savait qu’il aimait la regarder manger ses desserts. Elle savait que c’était ainsi qu’il la trouvait la plus adorable.
Elle savait qu’il avait envie de la croquer quand elle croquait dans ses profiteroles en chocolat.

La jumelle se Sarah lui fit un coup de coude et lui murmura « arrête ! »
Sarah se contenta de répondre par un sourire et effectivement, d’oublier.

Elle croqua dans la bûche en chocolat sans penser à lui.
Elle continua de rire aux blagues de son père et de profiter de ce doux moment en famille.
Elle en profita pour voler une ou deux truffes en chocolat une fois que tous les estomacs étaient remplis, les tasses de thé vidées et que chacun s’était éparpillé aux quatre coins de la maison.
Son père travaillait déjà toutes les photos sur son ordinateur.
Sa mère commençait, elle à ranger.
Ses deux sœurs étaient devant la télé, en train de regarder un film qui avait été offert.
Son frère s’attelait à comprendre comment fonctionnait un des cadeaux qu’il avait reçu.

Sarah décida d’aider sa mère.

Elle était dans la cuisine, au milieu d’un tas d’assiettes, de verres et de couverts.

Elle attrapa une truffe en chocolat et décidé de boire un dernier verre de champagne quand elle vit qu’il en restait encore un peu dans la bouteille.
Elle ne buvait jamais mais adorait le champagne et avait envie de se faire plaisir jusqu’au bout.

Sa grande sœur avait mis de la musique sur la chaîne familiale et même si tout le monde était dans son coin et que le feu s’était éteint il y avait encore une grande sensation de vie et de chaleur dans la maison.

Elle était encore dans la cuisine, debout, dans ses pensées, sa coupe de champagne à la main quand la musique s’arrêta et qu’elle entendit sa mère l’appeler.

Elle reprit ses pensées et se dirigea vers le son de la voix de sa mère.
Elle passa à côté de la table où il ne restait plus que les bougies et les tasses de thé, afin que les chats ne volent pas un bout de dinde ou de foie gras, et dû également marcher au travers d’un cimetière de papier cadeau.

Elle s’arrêta d’un seul coup, senti sa coupe de champagne lui glisser des mains et entendit le bruit du verre se casser à ses pieds.

Que faisait-il là ?
Elle ne savait pas si elle devait se jeter dans ses bras ou avoir peur.

Elle chercha sa jumelle des yeux pour lui demander des explications.
Elle regarda furtivement en direction de ses parents. Etaient-ils fâchés, surpris, souriant ?
Sarah était resté immobile et n’avait pas fait attention aux chats qui avaient rappliqués pour lécher le champagne qui pétillait encore un peu sur le sol.
Elle avait une tonne de questions à poser à tout le monde et elle ne savait pas quoi dire, pas quoi faire.

Elle avait bien vu que ses frères et sœurs étaient tous les trois dans le même coin, un peu reculés et regardaient la scène avec attention.
Elle voyait que ses parents étaient là, à côté de lui.
Mais elle n’arrivait pas à lire sur leurs visages.

Comme elle ne bougeait pas et ne parlait pas, elle le vit se rapprocher d’elle.
Il était là, juste devant elle, dans sa maison familiale, à côté de toute sa famille.
Il lui prit le visage entre les mains et elle se sentit fondre.
Il lui dit « tu es belle » et elle entendait « j’adore te voir en jupe ». Effectivement, pour l’occasion elle s’était faite spécialement belle et avait enfilé une jupe avec des chaussures à talons, ainsi qu’un petit haut noir que sa mère lui avait offert pour le noël précédent.

Elle le regarda avec des yeux interrogateurs.
« Mais… qu’est ce que tu fais là ? » marmonna-t-elle.

Pour simple réponse, il déposa un doux baiser sur ses lèvres.
Elle senti sa langue chercher la sienne discrètement et ses bras la serrer contre lui.

Elle ouvrit les yeux pour regarder ses parents.
Elle crue les voir se serrer l’un contre l’autre, souriant.

Il lui dit « joyeux Noël ».

Est ce que ça voulait dire qu’il avait changé d’avis ? avait-il tout dit lui-même à ses parents ? Les avait-il appelés ? Voulait-il faire de leur amour impossible une réelle relation ?
Etait-il d’accord pour construire avec elle ?
Qui l’avait fait venir jusqu’ici ? Que pensaient ses parents ? Ses frères et sœurs étaient-ils dans le coup ?

Elle ne pouvait cesser de se poser toutes ces questions. Des questions qui fusaient dans sa tête tellement vite qu’elle n’avait pas le temps de les poser.
Elle était resté dans ses bras un instant et senti le chat se frotter doucement contre sa jambe, comme si lui aussi voulait participer à ce doux moment de tendresse, être là pour le plus cadeau de Noël.

Il miaula, de plus en plus fort.
Elle se dit que peut-être le champagne lui avait monté à la tête.

Elle savoura ce moment en fermant les yeux.
Mais le chat continuait de miauler, de plus en plus belle et de se frotter contre sa jambe.

Elle ouvrit les yeux.
Elle était allongée dans son lit d’adolescente, dans la chambre au 3è étage de la maison.
Le chat était sur son lit, réclamant à manger.

par Sarah publié dans : Rêves
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